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Jacques Neirynck, Un pape suisse, tome III, La prophétie du Vatican, Presses de la Renaissance.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck, né le 17 août 1931 à Uccle, est un professeur de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, défenseur des consommateurs, écrivain et personnalité politique, d'origine belge, naturalisé suisse. Après avoir obtenu en 1954 son diplôme d'ingénieur électricien à l'Université catholique de Louvain, il travaille jusqu'en 1957 dans un charbonnage en Belgique. En 1958, il obtient son doctorat en sciences appliquées également à l'université de Louvain. Il part alors au Zaïre où il enseigne l'électronique à l'Université Lovanium de Kinshasa jusqu'en 1963 où il retourne à Bruxelles comme chef du groupe mathématiques appliquées, puis comme adjoint du directeur du laboratoire de recherches, puis enfin (en 1970), comme directeur technique du groupe chargé de la recherche et du développement en simulation des circuits de Philips. En 1972, il est nommé professeur à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, section électricité, chaire des Circuits et Systèmes. Il participe alors régulièrement à l'émission de la Télévision suisse romande, "À bon entendeur" de Catherine Wahli. En 1982, il est élu "Fellow of the Institute of Electrical and Electronics Engineers" à New York.

Quatrième de couverture :

"Sous les traits de cet homme au béret noir et aux lunettes fumées, voyageant avec un vagabond dans le train de Milan, qui reconnaîtrait le vicaire du Christ en personne ? Que fuit Emmanuel de Fully, devenu Jean XXIV, ce pape suisse dont les idées évangéliques se heurtent aux clans les plus conservateurs du Vatican ? Son combat contre son prédécesseurà la congrégation pour la défense de la Foi, le cardinal Bertini, est-il perdu d'avance ?

Car cet apôtre des origines ne peut renoncer à son rêve de tolérance et d'égalité. Pour le réaliser, il peut compter sur son frère Théo, physicien utopiste qui tente de réconcilier la science et la foi. Mais il lui faut à tout prix soustraire de précieux manuscrits à la convoitise de ses poursuivants."

Je reproduis ici le discours que Jacques Neirynck prête, à la fin du roman, au père abbé de Sylvanès auprès duquel Emmanuel (ex Jean XXIV) s'est réfugié :

"Emmanuel, je crois que Colombe a raison, même si ce qu'elle propose semble tout à fait déraisonable. Elle dit quelque chose de très fort. Elle tranche le noeud de contradictions dans lesquelles tu te débattais.

Avec la meilleure intention du monde, tu perpétuais une institution mourante en essayant de la réformer. Tu continuais à te situer par rapport au pouvoir, même et surtout en refusant de l'exercer. Tu définissais une papauté en creux, un non-pape qui restait néanmoins pape, un pape en état d'abdication larvée pour empêcher qu'un pape traditionnel revienne au pouvoir. La question posée par Colombe est simple : peut-on se passer de pape ? Un magistère central est-il indispensable pour l'Eglise catholique ? Ou bien peut-on lui substituer l'institution scientifique sous le couvert des facultés de théologie ? Ma réponse est deux fois négative. La foi n'est ni une question de pouvoir ni une question d'intelligence.

Les pauvres Eglises des hommes ne peuvent être que les superstructures d'une religion alors que la foi, qui seule compte, doit être une infrastructure de la vie. Notre Eglise n'est pas pire que les autres dans ce domaine. Toutes les religions gèrent le pouvoir au plus mal, parce que ce n'est pas leur véritable fonction. Les religions n'ont pas à apporter d'autres vérités que des vérités existentielles. A la fois une révélation et sa mise en oeuvre. Si tu veux, une praxis révélatrice. Dans l'agir s'expose l'être. Plus une religion dévoile une qualité d'être, plus elle est véridique.

A ce point de vue toutes les religions ne se valent pas, mais toutes elles se rejoignent dans ce qu'elles ont de meilleur et de moins superficiel. Une pratique révélatrice des mystères cachés depuis le début du monde plutôt que dogmatique. Le Christ demande que nous soyons fidèles. Il ne nous sollicite pas d'adhérer intellectuellement à des vérités, mais de les vivre. Les évangiles sont un récit, pas un traité de théologie ou de morale. Le cathéchisme est une invention des clercs.

Le drame propre à l'Eglise catholique, c'est qu'elle promeut avec obstination des vérités transhistoriques, sans mains et sans pieds, purement conceptuelles. Seule l'histoire philosophique de l'Occident pouvait fabriquer une Eglise aussi crispée sur une vérité prétendument immuable. En revanche, on a découvert en sciences naturelles qu'il n'existe pas de lois éternelles de la nature, qui attendraient que les savants les découvre comme autant de réponses à des devinettes. Il n'y a que des approximations successives imaginées par les hommes, qui permettent de décrire de plus en plus finement la réalité expérimentale. C'est seulement dans la mesure où un savant dit quelque chose qui risque d'être faux, qu'il court une chance de découvrir un nouveau morceau de la vérité sans jamais l'épuiser. La recherche scientifique est une entreprise à risques. La répétition perpétuelle des mêmes enseignements stérilise : c'est ce qui s'est passé dans le monde hellénistique ou dans l'univers communiste. Interroge Théo, il te renseignera.

Il serait temps que cette conception de la vérité informe l'enseignement du christianisme. La vérité spirituelle résulte d'un travail spirituel. Seule la sainteté permet d'avoir un discernement qui serait infaillible. la seule vérité de la foi est interne à l'homme et impossible à transmettre dans sa plénitude avec des mots. Tout en prétendant demeurer imperturbablement fidèle à une Tradition, de fait l'Eglise proclame aujourd'hui des vérités qui étaient des erreurs hier et inversement.

D'ailleurs est-il bien nécessaire de proclamer aujourd'hui des vérités ? Et n'est-il pas plus dangereux encore de se prétendre infaillible, en laissant aux successeurs la pénible tâche de gérer le contentieux et de persévérer dans les erreurs commises. L'angoisse de Paul VI obligé de publier Humanae vitae pour ne pas contredire ses prédécesseurs ! Cette hantise d'une vérité intangible provient de la connivence avec le pouvoir politique, qui est grand utilisateur de vérités. Vraies ou fausses, cela n'a pas d'importance pourvu qu'elles s'imposent ou qu'elles soient imposées au peuple. Même les laïcs, au sens français du terme, sont des religieux de l'Etat.

La langue de bois, qu'ils affectionnent tellement, n'est que la version moderne de la bigoterie. Falsifier l'histoire du monde, comme le faisaient grossièrement les communistes ou les nazis, comme continuent de le faire à la petite semaine les énarques de la République, une et indivisible, c'est attribuer le caractère de vérité incontournable à des opinions, des préjugés, des idées toutes faites.

Les religions, elles, visent la sainteté quand elles font vraiment leur métier. Pendant les premiers siècles du christianisme, discuter interminablement de la Trinité sur base de distinctions abstraites entre la nature et la personne a mené à des guerres entre princes luthériens et catholiques sur fond de dispute théologique entre la grâce et le mérite. La religion servait de facteur d'unanimité, de ciment social rêvé pour les empires. Il fallait donc comprimer la foi dans un corset philosophique, car celui-ci vise précisément la vérité.

Dans ce christianisme sociologique, on reste à un baptême de surface, sans atteindre ces profondeurs où tous les croyants se rejoignent en évitant de s'arc-bouter sur leurs différences. L'Occident dit chrétien n'a jamais été vraiment chrétien. Par nature le christianisme est une religion de la personne et pas de l'Etat. On a donc ritualisé les sacrements, enseigné des dogmes mais pas éduqué à la foi. On a bâti l'empire des clercs et pas le royaume de Dieu, qui est le cercle enchanté des béatitudes. Même un agnostique, disciple de Jésus, est plus chrétien que celui qui adhère à tous les dogmes proclamés, mais dont la vie n'est pas en accord avec sa foi prétendue.

Pour ma part, je professe une confession très sobre sur la personne du Christ. Je ne me permets pas d'essayer de comprendre la composition chimique de Jésus, la part divine et la part humaine. Je veux simplement me laisser habiter par la vie de Dieu. la prédication de Jésus n'est pas une théorie sur Dieu, il n'est pas venu pour faire de nous des correligionnaires. Le sommet de la théologie consiste à ne rien dire de Dieu, sinon son mystère et sa présence.

Le Christ est venu annoncer le royaume où chaque homme peut être reconnu comme enfant de Dieu et où tous les hommes peuvent vivre ce mystère de filiation. est-ce que le Christ est venu apporter une nouvelle religion ? C'est loin d'être évident car il pratique la religion de ses ancêtres. Le baptême chrétien n'est pas le rite d'entrée dans une institution, mais la révélation d'une filiation unique. Dieu ne s'est révélé que pour nous apprendre que nous sommes fils de Dieu. La seule preuve de Dieu est la vie du Christ. Notre accès à Dieu est le plus humble possible : la vie d'un homme. L'Eglise débute là où commence la Parole et elle cesse là où elle s'arrête.

Cette Parole n'est la propriété de personne. Surtout pas des universitaires qui l'ont dépecée selon la démarche rationaliste, qui s'occupe du contenant et pas du sens. Quand tout est pillé, il ne reste qu'une carcasse, qui est un déchet et que l'on jette. Telle est l'ambition des exégètes modernes, plus pontifes que le pontife, qui prétendent détenir les ultimes clés de compréhension d'une texte.

Maintenant il faut que l'Eglise renaisse, ici et maintenant avec toi, invisible et présente. Peut-être aurait-on dû en rester là. Les trente-deux premiers papes, tous morts martyrs de la persécution romaine, étaient inconnus des Romains et connus des chrétiens des catacombes (...)

Le petit reste des chrétiens doit s'arc-bouter. Au risque de susciter la haine, il faut ne pas être d'accord avec cette société dite d'abondance. Les chrétiens doivent entrer en rébellion et refuser l'aliénation économique. Etre résistant dans la manière de vivre. Pratiquer la dissidence au quotidien pour être prêt à l'affirmer à une échelle plus importante, comme le proposent certains leaders paysans qui sentent bien comment une certaine façon de produire et de consommer de la nourriture est indigne parce qu'elle nie le sens de la vie. Une économie de sagesse. Eviter les principes généraux. recourir au conseil fraternel. Ne pas écouter des guides ou des gourous, mais des frères avec lesquels on peut travailler la vérité, chercher la lumière dans l'obscurité.

Je ne suis pas à ta place, je ne peux décider pour toi. Chaque histoire est unique. L'existence se vit dans l'opacité et la crainte. Il faut refonder un christianisme qui recrée l'enchantement de la vie." (Jacques Neyrinck, La prophétie du Vatican, )

 

 

 

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