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                                        Les lieux du coeur

Il est des lieux dont le souvenir nous blesse ou nous hante, d’autres ne sont qu’espace pur et nous indiffèrent, d’autres encore, tissés d’amoureuse mémoire, ont un visage qui palpite en nous pour toujours : ce sont les lieux du cœur. J’écris pour ne pas oublier…

Les clairières de l’invisible : Vezelay-la-lumière, chantant sur ta colline, parmi les vendanges et les amandiers en fleurs, Silvacane la bleue, dans tes fraîches pierres de lavande, Le Thoronet, veillant dans la blanche rigueur des aubes provençales…

L’abbaye Notre-Dame de Sylvanès, moutier mystique, romane grange mère, blasonnée d’un lys et d’une tourterelle, plantée depuis plus de huit siècles, en rouge terre de Rouergue et blottie dans le nid de ta combe, sous la colline des Béatitudes…

Innocente clarté des brebis qui ondulent sur le chemin clair… poussière et lumière. Et on ne sait si c’est terre ou mer, tant l’amertume est absente et s’effacent les mots.

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Le champ de blé couché près du cimetière, sous la roue solaire du chevet plat, dans la clarté vibrante de l’été, la prairie musicale des boutons d’or, les giroflées sauvages dans les lézardes, les folles aiguillées du vitrail troué d’hirondelles, la flaque de vitrail infusée de soleil au pied du baptistère, les répons d’ombre et de clarté, l’escalier du dortoir usé par les pas des veilleurs et visité par un rayon de lumière oblique, les palmiers du scriptorium, penchés sur la calligraphie du silence, la salle capitulaire où la mémoire aimante des moines blancs aimait régulièrement se rafraîchir aux sources, les cryptes oubliées, les tombeaux mystérieux que la légende emplissait de trésors, le roucoulement des pierres vivantes au frais parfum de lys…

Au bord du Dourdou, l’ermitage au toit de lauzes, aux pierres de rouille disjointes, dans la clairière abolie des anges et des premiers moines, qui fondèrent avec Pons de Léras, le « brigand converti », le monastère  tout proche, au temps de la  fin amore, des troubadours et des romans de chevalerie…

Ils étaient comme des abeilles entrées par la fenêtre d’une maison étrangère et qui partout se heurtent, affolées, sans but… Il leur fut donné d’habiter un lieu où se tait la rumeur du monde, une ruche où bourdonne le chant des étoiles et d’en faire, pour toujours, leur demeure.

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L’ermitage Saint-François : les primevères dans le verre d’eau, la rosée sur les ronces, le chant de l’eau, les pierres moussues du gué vers le chemin de buis, les sous-bois mystérieux, les caryatides oubliées des derniers rois, la vieille allée solennelle qui menait aux eaux minérales…

Le linteau enneigé de la forge et la fenêtre incandescente comme le désir.

La menorah étoilée d’églantines qui brille dans la pénombre, en mémoire d’Abraham et de sa race, à jamais…

Le fils de saint Dominique, le troubadour de la vieille abbaye, l’éveilleur du Bois dormant, qui vivait comme le lys des « chants » avec les françoisiers de passage…

Celle qui donnait en silence, le profond silence bleu où se tiennent les Invisibles qui intercèdent et consolent. Ils connaissent les trésors cachés et corrigent dans un Livre de Feu les jugements des hommes.

Jean, le fraternel géant qui plongeait le vieux presbytère dans la ferveur frénétique du Saint François de Paul marchant sur les eaux de Liszt.

Jean, qui m’indiqua le clocher du miracle.

 Nuit de Pâques…Le diacre embrase le grand sapin desséché qui veillait sur la crèche de Noël… La flamme crépitante d’étincelles escalade la nuit étoilée ; l’assemblée chante tout doucement d’abord, puis de plus en plus fort, les paroles du Cantique des Cantiques : « J’entends mon Bien-aimé, voici qu’il vient, venez à sa rencontre !

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 « Je suis le Fils de Dieu

Dont les yeux sont une flamme ardente.

Et la flamme de mes yeux ne s’est pas éteinte

Quand les yeux de mon âme se sont fermés,

Dans ma chair sur la Croix.

Je suis venu jeter le feu sur la Terre,

Ma vie, nul ne la prend

Mais c’est moi qui la donne.

Mon corps est le Buisson ardent qui n’est pas consumé.

Ecoute Israël : « Je suis Celui qui est. »

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Matin de Pâques…

La joie des amandiers neige sur la colline.

 

 

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