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Jean-Claude Guillebaud, Le tourment de la guerre, Editions de l'Iconoclaste, Paris, 2016

Table des matières : 1. J'avais trois ans -  2. Comme la guerre est jolie ! - 3. Un "trémoussement hideux" - 4. Dieu le veut-il ? - 5. Les métamorphoses du courage - 6. Comment la guerre devint sauvage - 7. Partisans ou "terroristes" ? - 8. En avant la musique ! - 9. Les cicatrices du monde - 10. Quand les armées pillent - 11. Quitter la guerre - 12. L'ingratitude des peuples - 13. le nu de la guerre - Remerciements

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Jean-Claude Guillebaud est journaliste - prix Albert Londres en 1972 pour sa couverture de la guerre du Vietnam - et essayiste. Il est l'auteur aux éditions de l'Iconoclaste de Je n'ai plus peur (2014) et Une autre vie est possible (2012)

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"Une époque, d'une brutalité dont nous ne pouvons nous faire aucune idée, est en marche." (Ernst Jünger)

"J'ai vu sur nos écrans parader des meurtriers qui soignaient la mise en scène de l'horreur : bourreaux cagoulés de noir, futures victimes en tenue orange...

Face à ces torrents de violence, saurons-nous rester droits, sans devenir nous-mêmes barbares ? Aurons-nous assez de cran et de calme pour regarder en face les monstres qui nous habitent ? La guerre est une prodigieuse énigme dont le feu, une fois encore, revient nous tourmener."

Mêlant sa propre histoire de fils d'officier et d'ancien reporter de guerre à son talent d'analyste, Jean-Claude Guillebaud se penche sur cettte vérité encombrante, brutalement ressurgie du fond des ténèbres : l'homme a toujours fait et aimé la guerre. Convoquant ses souvenirs et ses lectures, retournant sur les lieux des grandes batailles, scrutant toutes les époques, il enquête sur cette effroyable passion qui nous fascine et nous répugne tout à la fois. ce voyage au bout de la violence, comme un miroir qu'il nous tend, apporte un éclairage engagé et précieux sur les événements contemporains." (quatrième de couverure)

"Écrit début 2015, cet essai prémonitoire répond à la question que chacun se pose : « Comment se peut-il que des jeunes gens nés dans nos sociétés d'opulence aillent tuer ou se faire tuer en Syrie ou au Bataclan ? ".

L'auteur, fils et petit-fils d'officiers, ancien reporter de guerre, par ailleurs essayiste brillant, nous propose de réfléchir sur la guerre et les moyens de la contenir.

Pétri d'humanité et adossé à une solide érudition, Le tourment de la guerre est écrit d'une plume alerte, propre à captiver tous les lecteurs curieux de comprendre leur époque." (Hérodote.net)

Citations :

"A entendre Marc Trevidic égrener les motifs de départ des jeunes Français pour le jihad, on retrouve à peu près tous les ingrédients du bellicisme que j'ai tenté d'examiner dans ce livre : rompre avec l'ennui, se mesurer à la mort, éprouver les limites de son courage, récolter une forme de "gloire", arborer une tenue de combat valorisante, partager avec des gens de son âge des expériences de vie ou de mort, etc. On retombe, en somme, sur une obligation que les occidentaux ont du mal à mettre en oeuvre : il faut réapprendre à penser la guerre et la violence, pour reprendre la main.

Maintenant que la guerre fait retour, on ne peut plus se contenter d'y voir un acte "immoral", voire une "activité bestiale" en voie de disparition. Bien au contraire, l'arrivée aux extrêmes de la violence belliqueuse contemporaine nous rappelle que "les facteurs traditionnels de la guerre sont toujours présents" (Henri Bentégeat).

J'ai entrepris d'écrire ces pages dans ce seul but ; réexaminer les ressorts, anciens ou nouveaux, de la guerre ; regarder en face ce que j'appelle depuis mon enfance le tourment de la guerre." (Jean-Claude Guillebaud, Le Tourment de la guerre, p. 371)

"Ce n'est pas la guerre qui est notre instrument, c'est nous qui sommes les instruments de la guerre ; épisode inéluctable d'un cycle, elle se saisit de nous, elle se fait à travers nous. Elle est comme une épidémie psychique, un délire collectif. La guerre n'est pas un moyen mais une fin en soi, ou plutôt elle est une fin qui se déguise en moyen. La plupart des guerres, si on les analyse, paraissent tout aussi absurdes mais aussi peu volontaires qu'une épidémie ou qu'un délire. Vouloir la réglementer ou l'interdire par des mesures juridiques paraît aussi vain que de punir par une loi le fait de contracter la peste ou la fièvre typhoïde (...) Le rôle pratique de la sociologie doit être de permettre à l'homme de dominer les impulsions sociales, de détourner et de canaliser les forces aveugles de la fatalité. Mais encore faut-il d'abord les connaître." (Gaston Bouthoul)

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"Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire."

René Girard, de l'académie française, entretiens avec Benoît Chantre, Achever Clausewitz (éditions carnetsnord)

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Professeur émérite à l'université de Stanford aux Etats-Unis, élu à l'académie française en 2005, René Girard poursuit, depuis les années 60, une réflexion d'une portée considérable sur les comportements humains et en particulier sur les notions de violence et d'imitation.

Après Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), La Violence et le sacré (1972), Des choses cachées depuis la fondation du monde (1972), pour ne citer que trois de ses oeuvres les plus connues, voici Achever Clausewitz, paru en 2007 aux éditions carnetsnord. Un livre écrit sous forme de dialogue avec Benoît Chantre, directeur éditorial des éditions carnetsnord.

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Carl von Clausewitz (1780-1831)

Né à Avignon en 1924, René Girard a découvert Clausewitz aux Etats-Unis dans une traduction américaine annotée par un aviateur américain.

Mais qui est Clausewitz (1780-1831) et pourquoi René Girard s'est-il intéressé à cet officier prussien contemporain de Napoléon au point d'en faire un livre, un livre essentiel, peut-être son livre le plus grave et le plus important, une sorte de testament philosophique ?

Carl von Clausewitz est un stratège prussien, auteur d'un traité qui eut un grand retentissement : De la Guerre ; ce traité, resté inachevé, a été étudié par de nombreux militaires, hommes politiques ou philosophes qui en ont retenu un axiome essentiel : "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens."

Autrement dit, la guerre éclate quand les solutions pacifiques ont échoué, mais demeure constamment sous le contrôle des gouvernements qui restent maîtres des buts qu'ils  poursuivent, jusqu'au  retour de la paix.

Cette conception, valable jusqu'à la fin du XVIIIème siècle (la fameuse "guerre en dentelles") est en réalité très en-deçà de la nouveauté radicale de ce traité. Tout se passe comme si Clausewitz avait fini par reculer devant les conséquences de ses intuitions et avait édulcoré par cette formule les conclusions radicales et, il faut bien le dire, effrayantes, auxquelles il était arrivé. "Achever Clausewitz", c'est donc penser les intuitions de Clausewitz jusqu'au bout.

Observateur des campagnes napoléoniennes - l'admiration de Clausewitz pour Napoléon n'a d'égal que sa haine pour l'empereur des Français et René Girard analyse cette ambivalence à la lumière des concepts de "modèle obstacle" et de "rivalité mimétique" - Clausewitz est le premier à avoir compris la nature de la guerre moderne : "en un mot, même les nations les plus civilisées peuvent être emportées par une haine féroce (...) Nous répétons donc notre déclaration : la guerre est un acte de violence et il n'y a pas de limites à la manifestation de cette violence. Chacun des adversaires  fait la loi de l'autre, d'où résulte une action réciproque et la première extrémité que nous rencontrons (pg. 32 et 53 dans le traité de Clausewitz)

La guerre moderne est un duel, une action réciproque entre deux adversaires pris dans un mécanisme implacable de "montée aux extrêmes". Ce mécanisme s'est imposé peu à peu comme la loi unique de l'Histoire. "Loin de contenir la violence, écrit René Girard, la politique court derrière la guerre."

Pour René Girard, Clausewitz est le témoin et le prophète fasciné d'une accélération de l'Histoire, des guerres napoléoniennes, jusqu'à la possibilité nullement théorique de la destruction totale de l'Humanité préfigurée par le lancement de la bombe atomique sur les villes d'Hiroshima et de Nagasaki en août 1945, en passant par la mobilisation totale de 1914-1918 et la seconde guerre mondiale.

La thèse centrale de René Girard se situe dans la ligne des prophéties apocalyptiques des Evangiles de Marc et Matthieu : la révélation judéo-chrétienne a détraqué les vieilles religions sacrificielles et permis le formidable développement scientifique, technique, économique de l'Europe, puis du monde, à partir de l'Europe, mais, privé de substituts sacrificiels, l'humanité tend à ce que Clausewitz appelle dans son traité la "montée aux extrêmes", c'est-à-dire au déchaînement absolu de la violence : nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Cette "montée aux extrêmes" se traduit aujourd'hui par le phénomène du terrorisme et du contre-terrorisme qui remet totalement en cause les données de la guerre classique par son caractère insaisissable, radical et suicidaire, par la guerre économique dans le cadre d'une économie ultra concurrentielle et mondialisée (Girard analyse en particulier la concurrence entre la Chine et les Etats-Unis en termes de "rivalité mimétique") et par le spectre d'une catastrophe écologique de grande ampleur qui est une conséquence de la violence exercée par l'homme sur la nature, devenue un substitut sacrificiel.

La conclusion de René Girard ne plaira évidemment pas à tout le monde. Le seul moyen, selon lui, de mettre un terme à la violence, au conflit des doubles, à l'escalade mimétique des ennemis qui s'imitent l'un l'autre dans un processus de montée aux extrêmes, c'est de prendre au sérieux les textes apocalyptiques (Jean), de renoncer pour de bon à la violence et de se mettre à l'école de l'Evangile en comprenant le sens profond de la parole de Jésus : "Si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite." comme une mise en garde contre le mécanisme implacable de la montée aux extrêmes et le cycle infernal de la vengeance et des représailles, mais aussi contre une conception purement concurrentielle de l'économie, porteuse de conflits menaçants et de menaces écologiques.

Une mise en garde qui concerne les individus, mais aussi les peuples et qui a réellement porté des fruits dans les rares moments où l'humanité en a tenu compte, par exemple au moment de la réconciliation franco-allemande.

La conclusion de René Girard est que l'humanité est à la croisée des chemins : "Du divin est apparu, plus fiable que toutes les théophanies précédentes, et les hommes ne veulent pas le voir. Ils sont plus que jamais les artisans de leur chute, puiqu'ils sont devenus capables de détruire leur univers. Il ne s'agit pas seulement, de la part du christianisme d'une condamnation morale exemplaire, mais d'un constat anthropologique inéluctable. Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire." (p. 364)

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