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Viktor Frankl, Le Dieu inconscient, Psychothérapie et religion (Der unbewuste Gott), Postface de Georges-Elia Sarfati, Inter Editions, 2012

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Professeur de neurologie et psychiatrie à la faculté de médecine de l'université de Vienne, Viktor Frankl dirigea pendant 25 ans la polyclinique de Vienne. Elève de Freud et d'Adler, il créa la logothérapie, ou thérapie par le sens (logos) de la vie, qu'il enseigna dans de nombreuses universités (Harvard, Stanford, Pittsburg, San Diego). Rescapé juif des camps nazis, Viktor Frankl est le fondateur après Freud et Adler, d'une approche psychologique et psychiatrique, la Troisième Ecole Viennoise, qui a révolutionné la psychothérapie. Pour lui, au-delà de la pulsion sexuelle (Freud) et de la volonté de puissance (Adler), la quête de l'homme est avant tout celle du sens.
 
Extrait de la préface de Viktor Frankl à la première édition française :
 
"Un homme qui a trouvé une réponse à la question du sens de la vie est un homme religieux ; c'est le propos d'Albert Einstein que je cite dans l'appendice de ce livre. Ajoutons aussi que Paul Tillich s'est exprimé de façon analogue en proposant cette définition :
 
"Être religieux signifie s'interroger passionnément sur le sens de notre vie et être ouvert aux réponses, même si elles nous ébranlent en profondeur." (Paul Tillich, La Dimension oubliée)
 
En tout cas la logothérapie - qui reste d'abord une psychothérapie, relevant à ce titre de la psychiatrie et donc de la médecine -, peut légitimement se préoccuper non seulement de la "volonté de sens" - selon sa propre expression - mais de la volonté d'un sens dernier, d'un supra-sens, comme je l'appelle volontiers. Or la foi religieuse est, en fin de compte, foi en ce supra-sens, acte de confiance à l'égard de ce supra-sens.
 
Certes, une telle conception de la religion est aux antipodes de toute étroitesse d'esprit confessionnelle et de la myopie religieuse qu'elle entraîne, faisant apparemment de Dieu un être préoccupé d'une seule chose : que le plus grand nombre possible d'hommes croient en lui et que, de plus, ils conforment leur foi aux dogmes de telle confession déterminée. Je ne peux concevoir que Dieu soit aussi mesquin. Je ne puis pas davantage concevoir qu'une Eglise prétende exiger de moi que je croie. Je ne puis vouloir croire - pas plus que je ne puis vouloir aimer (c'est-à-dire me contraindre à aimer), pas plus que je ne puis me contraindre à espérer (c'est-à-dire me forcer contre ma propre évidence). Il est des réalités qui ne relèvent pas de la volonté - et que nous ne pouvons donc pas induire à notre gré, sur un simple ordre de notre volonté. Pour prendre un exemple très simple : je ne peux pas rire sur ordre. Si quelqu'un veut me faire rire, qu'il tâche de me raconter une histoire drôle, capable de me faire rire.
 
Il en va de façon analogue de l'amour et de la foi : ils ne se laissent pas manipuler. Phénomènes intentionnels, ils ne peuvent se manifester que si apparaissent un contenu et un objet adéquats.
 
Dans une interview pour le magazine américain Times, la journaliste chargée du reportage me demanda si, à mon avis, l'état d'esprit actuel éloignait de la religion. Je lui répondis que cet état d'esprit n'éloignait pas de la religion comme telle, mais bien de diverses confessions qui n'avaient apparemment rien d'autre à faire qu'à se combattre les unes les autres et à entretenir chez leurs fidèles une hostilité réciproque. La journaliste me demanda alors si cela signifiait que nous aboutirions tôt ou tard à une religion universelle. Je déniai cette éventualité : au contraire, lui répondis-je, nous n'allons pas vers une religion universelle, mais plutôt vers une religion personnelle - une religion personnalisée, une religiosité qui permette à chacun de trouver son langage propre, son langage personnel, le langage qui n'appartient qu'à lui, quand il s'adresse à Dieu.
 
Ceci n'exclut pas, évidemment, des rituels et des symboles communs. L'humanité ne connaît-elle pas une pluralité de langues - dont beaucoup, pourtant, utilisent le même alphabet ?
 
D'une façon ou d'une autre les religions, dans leur diversité, ressemblent aux différentes langues : nul de saurait prétendre sa langue supérieure aux autres - toute langue, quelle qu'elle soit, permet à l'homme d'accéder à la vérité, à l'unique vérité, comme elle lui permet aussi de se tromper, voire de mentir. Toute religion peut, de même, lui permettre de trouver le chemin de Dieu - de l'unique Dieu. (1975, Viktor E. Frankl)
 
Introduction à la lecture du Dieu inconscient par Georges Elia Sarfati
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Georges E. Sarfati est professeur des Universités, directeur de recherche associé à l'université de la Sorbonne Paris IV, chargé de cours (logothérapie) à la Faculté de médecine de Paris V, président de l'association française d'analyse existentielle et de logothérapie Vicktor Frankel, directeur scientifique de l'association France-Israël de victimologie de l'enfant et de sa famille
 
Notes de lecture

"Dans la préface qu'il a donnée, en 1974, à la troisième édition du Dieu inconscient, Viktor Frankl (1905-1997) rapporte de quelles circonstances exactes cet ouvrage tire son origine : le jeune psychiatre viennois avait répondu à l'invitation d'un petit cercle d'intellectuels qui l'avaient sollicité pour donner quelques conférences sur l'analyse existentielle et la logothérapie naissantes.

Vu sous ce rapport, l'ouvrage qu'on va lire a toute son importance, quand on considère - il est ici utile de le rappeler - que les idées-forces de la pensée de V. Frankel ont été conçues entre les deux guerres, mais que le conflit de 1939-1945, ainsi que les épreuves personnelles que l'auteur dût traverser, l'empêchèrent de s'exprimer avant les années qui ont suivi la Libération. Dans cette préface, V. Frankl fait également observer que Le Dieu inconscient est à son sens, de tous ses livres, le mieux composé au point de vue de sa structure fondamentale. Il est certain que ce texte est sans aucun doute, parmi tous les autres ouvrages de Frankl, celui dans lequel il exprime avec le plus de netteté les présupposés de sa pensée, celui où s'expose avec la plus grande force tout ce que les vues qui y sont formulées doivent aussi à la phénoménologie.

Le Dieu inconscient comporte onze chapitres. Les sept premiers constituent la version originale du livre paru pour la première fois en 1947 - il s'agissait de la version éditoriale d'une thèse de philosophie. Les sept chapitres suivants ont été rédigés après coup, en bénéficiant des développements plus tardifs de la pensée de leur auteur.

Qu'est-ce que l'analyse existentielle ?

Dans le premier chapitre, "Qu'est-ce que l'analyse existentielle ?", V. Frankl prend pour point de départ un jugement du dramaturge A. Schnitzler, selon lequel les grandes vertus se ramènent à trois qualités principales : l'objectivité, le courage et le sens des responsabilités. Frankl qualifie les trois écoles de psychothérapie qui ont vu le jour à Vienne, à partir de cette typologie tripartite : la psychanalyse de Freud vérifie la vertu d'objectivité, tandis que la psychologie individuelle d'Adler traduit la vertu de courage, quant à la logothérapie de Frankl lui-même, elle se distingue par le fait d'avoir placé au centre de ses conceptions le sens des responsabilités. V. Frankl fait ici preuve d'une véritable modestie. Reconnaissant avec une sincérité non feinte ce que la psychologie doit aussi bien à Freud qu'à Adler, il montre l'exemple de la meilleure ouverture d'esprit qui fait tant défaut aujourd'hui chez tant de théoriciens, lesquels voudraient que la discipline dans laquelle ils exercent commence et finisse avec eux.

 
L'inconscient spirituel
 
Le chapitre 2, "L'inconscient spirituel", développe l'idée nouvelle de la double nature de l'inconscient. Domaine des pulsions, pour Freud, l'inconscient est également le domaine des plus grandes aspirations spirituelles, selon Frankl qui n'hésite pas à parler d'une "vie spirituelle inconsciente". Au regard de cette particularité jusqu'alors négligée, l'auteur assigne à la logothérapie de prendre en compte cette dimension cachée, après que l'analyse existentielle l'a circonscrite au terme d'une analyse phénoménologique.
 
Analyse existentielle de la conscience morale
 
Le chapitre 3, "Analyse existentielle de la conscience morale", aborde justement, par un autre biais, la théorie personnaliste de l'inconscient spirituel. Pour achever d'en circonscrire le caractère autonome, V. Frankl centre à présent sa réflexion sur ce qui distingue en propre le phénomène de la conscience morale. Pour ce faire, il esquisse un parallèle, toujours à partir de la perspective phénoménologique. Ainsi, de même, écrit Frankl, qu'il est possible d'avoir une compréhension pré-scientifique de l'être, de même, il est possible d'appréhender la conscience morale, en tant que vécu, c'est-à-dire "perception pré-morale des valeurs".
 
Analyse existentielle et interprétation des rêves
 
Le chapitre 4, "Analyse existentielle et interprétation des rêves", aborde un thème que le lecteur curieux pouvait attendre. Comment V. Frankl envisage-t-il l'analyse des rêves ? Telle que Freud l'a conçue, à partir de la méthode associative, elle peut aussi servir de moyen d'accès privilégié à la découverte de l'inconscient spirituel. Pour Frankl, le règle qu'il sied alors d'observer est la suivante : dans le rêve, la conscience morale révèle les manifestations de l'inconscient spirituel.
 
La transcendance de la conscience morale
 
Le chapitre 5, "La transcendance de la conscience morale", entreprend d'approfondir la démonstration engagée dans le chapitre précédent. Ce qui a été établi dans le cadre de l'interprétation des rêves, selon l'analyse existentielle, V. Frankl cherche à présent à le confirmer au point de vue de l'ontologie : la conscience morale est transcendante au sens exact où elle est liberté pour la responsabilité. Pour que la conscience morale oblige l'existant, il ne suffit pas que le sujet soit enjoint par son "surmoi" de faire tel ou tel choix. Tandis que le surmoi freudien participe de la facticité psychique, la conscience morale procède pour sa part du plan spirituel. Voilà pourquoi l'intentionnalité éthique répond à un appel émané d'un autre plan de la réalité, qui dépasse d'emblée la dimension humaine.
 
La religiosité inconsciente
 
Le chapitre 6, "La religiosité inconsciente", approfondit les acquis des développements précédents, et tâche de statuer sur la nature de la religiosité. Mais cette fois, ce n'est pas uniquement aux conceptions de Freud, mais également à celles de Carl Gustav Jung que Frankl compare et mesure ses propres conceptions en matière de religion. Il tirera argument de ce développement pour indiquer avec quel profit, à partir de l'analyse existentielle, la logothérapie, en tant que méthode thérapeutique, pourra porter un regard différent sur la maladie.
 
Psychothérapie et religion
 
Le chapitre 7, "Psychothérapie et religion", est l'occasion d'une mise au point décisive. Frankl y affirme que médecine et religion sont deux domaines distincts. Face au phénomène religieux, tout comme face aux croyances - ou à l'incroyance - du patient, le médecin ne doit pas prendre position. Mais si le médecin est lui-même accessible au sentiment, il doit se montrer attentif aux expressions de celle-ci chez son patient. Par égard pour la religiosité de ce dernier, le médecin doit s'abstenir d'en contraindre la manifestation, mais doit, le cas échéant, en respecter la spontanéité. Loin d'être le symptôme d'une conscience aliénée, le sentiment religieux est un signe d'ouverture à la transcendance dont la forme et les contenus doivent être questionnés et sollicités pour amener le sujet à mieux définir la nature de ses aspirations supérieures. Nous sommes loin de l'appréciation freudienne, teintée d'ironie à l'égard de que Romain Rolland appelle le "sentiment océanique".
 
Logothérapie et théologie
 
Le chapitre 8, "Logothérapie et théologie", situe la perspective de la dimension thérapeutique de l'analyse existentielle par rapport aux promesses de la théologie. La logothérapie, qui a dégagé la spécificité autant que l'importance du phénomène religieux, doit cependant conserver une attitude de neutralité vis-à-vis de la disposition intellectuelle et spirituelle des patients religieux.
 
Le médecin et l'assistance spirituelle
 
Le chapitre 9, "Le médecin et l'assistance spirituelle", aborde la question des rapports pratiques de la logothérapie et du questionnement religieux. Après avoir statué sur les liens qu'entretiennent les deux disciplines (logothérapie vs théologie) au chapitre précédent, V. Frankl se demande ce qu'il convient de faire avec le patient irreligieux que tourmente ou travaille, malgré tout, une interrogation d'ordre métaphysique.
 
Le caractère pré-réflexif et ontologique de l'auto-compréhension humaine
 
Le chapitre 11, "Le caractère pré-réflexif et ontologique de l'auto-compréhension humaine", revient à l'analyse phénoménologique du vécu. Cette fois l'analyse sera centrée sur le vécu naturel - c'est-à-dire antérieur à toute connaissance - de l'homme du commun. L'enquête permettra d'établir que le principe de sens oriente toute existence ; mais la quête qui lui est inhérente se donne avant tout sous le rapport de deux traits invariants : elle est pré-réflexive et ontologique. Chaque sujet porte un sens qui fait question et son existence même lui enjoint d'identifier ce sens, pour l'accomplir. A cet endroit V. Frankl expose la philosophie des orientations de sens. Ce concept fait tout l'intérêt de l'analyse existentielle et confère à la logothérapie ses principales assises thérapeutiques.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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