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Baccalauréat général session 2016 - Vendredi 17 Juin - Français, épreuve anticipée série ES et S

Durée de l'épreuve : 4 heures - coefficient 2

La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVIème siècle à nos jours

Le sujet comprend :

TEXTE A : Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac (29 août 1850)

TEXTE B: Emile Zola, Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant (7 juillet 1893)

TEXTE C : Anatole France, Eloge funèbre d'Emile Zola (5 octobre 1902)

TEXTE D : Paul Eluard, Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l'occasion du retour des cendres de Robert Desnos (15 octobre 1945)

Quelles sont les qualités des écrivains célébrées dans les textes du corpus ?

Proposition de corrigé (ce corrigé va au-delà de ce qui est demandé) :

Ces textes où des écrivains évoquent d'autres écrivains ont pour point commun d'être des hommages funèbres : Victor Hugo, Émile Zola, Anatole France et Paul Eluard y célèbrent respectivement la mémoire de Balzac, de Maupassant, d’Émile Zola et de Robert Desnos.

Ils portent tous une appréciation élogieuse, comme le veut la loi du genre, aussi bien sur l'oeuvre que sur la personnalité des écrivains disparus.

Hugo extrait en une dizaine de lignes la "substantifique moelle" de La Comédie humaine dans laquelle il voit un seul livre "vivant, lumineux, profond", alors qu’Émile Zola préfère extraire de l'oeuvre de Maupassant un "chef-d’œuvre" : Boule de Suif et un "joyau rare" : Pierre et Jean.

Victor Hugo souligne les qualités d'écrivain de Balzac qu'il compare aux plus grands : à Tacite, à Suétone, à Beaumarchais et à Rabelais. Il insiste particulièrement sur deux qualités : l'observation et l'imagination.

Alors que Balzac est connu pour ses idées légitimistes, Hugo n'hésite pas à l'assimiler à la race des "écrivains révolutionnaires". Il justifie ce jugement en montrant le souci de l'auteur de La Comédie humaine "d'aller droit au but et de saisir corps à corps la société moderne".

Hugo insiste également sur la "libre et vigoureuse nature" de Balzac, caractéristique qu'il partage, selon Zola, avec Maupassant ("sa belle odeur de santé").

Victor Hugo insiste sur la gloire posthume de Balzac : "Il entre, le même jour dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais (...) parmi les étoiles de la patrie !" et compare son œuvre à un "robuste édifice d'assises de granit". Anatole France utilise lui aussi une métaphore architecturale en parlant de l’œuvre de Zola : "lorsqu'on la voyait s'élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise."

Anatole France ne cite aucun titre d’Émile Zola et préfère procéder par allusion (à L’assommoir, à Germinal et à la Bête humaine). Son discours s'apparente à un plaidoyer : France éprouve le besoin de défendre Zola contre ses détracteurs et insiste sur sa bonté, sa candeur, sa simplicité, son sens moral, sa haine du vice, son optimisme réel derrière son pessimisme apparent, sa foi dans les progrès de l'intelligence et de la justice. Il défend également Zola d'avoir cherché à flatter le peuple et d'avoir encouragé chez lui l'ignorance et l'alcoolisme.

Il suggère que les inimitiés qu'il a subies proviennent de son combat contre l'oisiveté des aristocrates et la puissance de l'argent. Cette absence de référence à des titres précis apparente son discours à celui de Paul Eluard qui met lui aussi l'accent sur la personnalité de celui qu'il célèbre.

Alors que Victor Hugo mêle les considérations sur l’œuvre et sur l'homme, Zola commence par évoquer la personnalité de Maupassant qu'il a beaucoup fréquenté et dont il parle comme d'un ami. Il brosse le portrait familier d'un jeune homme attachant, aux "yeux clairs et rieurs", "à la physionomie ouverte et franche" et insiste sur sa modestie, sa gaieté, sa gentillesse et sa vigueur physique.

Zola reconnaît que ces belles qualités ne suffisent pas à faire de Maupassant un grand écrivain, mais il a préféré présenter l'homme et l'ami avant d'évoquer l’œuvre, comme lui-même et ses amis l'ont reçue au fil des années, suscitant tour à tour en eux l'émerveillement, le rire, les pleurs, la réflexion et l'admiration. Il évoque pour finir le Maupassant auteur de romans, "répondant à ceux qui le spécialisaient en l'enfermant dans la nouvelle".

 

Il évoque pour finir le Maupassant auteur de romans, "répondant à ceux qui le spécialisaient en l'enfermant dans la nouvelle".

A l'instar de Victor Hugo dans son éloge funèbre de Balzac, Paul Eluard parle de la mort prématurée et, en l'occurrence tragique, de celui dont il évoque la mémoire. Contrairement aux autres orateurs, il ne cite ni ne fait allusion à aucune œuvre de Desnos qui fut son compagnon au sein du mouvement surréaliste, mais il réussit à faire sentir que celui qui, selon André Breton, "parlait surréaliste à volonté" incarne totalement l'idéal de "fusion de la poésie et de la vie".

Il insiste sur les qualités humaines de Desnos : l'amour de la liberté, le courage, l'honnêteté, la force, la fidélité, la sensibilité, l'empathie. Il explique dans sa péroraison  que Desnos est l'incarnation même de ce que la poésie devrait toujours être : "ce ferment de révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l'esclavage et de la mort."

Ces discours sur des personnalités très diverses dépeignent les écrivains que nous aimons comme des êtres de chair et de sang, engagés corps et âme dans la création littéraire et dont l'existence apparaît comme un modèle d'authenticité. Au-delà de l'évocation de leur personnalité et de leurs ouvrages nous ne pouvons qu'être émus par la ferveur et la sincérité tangibles de ces paroles pleines d'affection et d'admiration adressés, par-delà la mort, à des écrivains par d'autres écrivains.

 

 

 

 

 

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