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Michel Onfray, Penser l'islam, avec la collaboration d'Asma Kouar pour l'entretien, Bernard Grasset et Fasquelle,  Paris, 2016

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Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien.

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Asma Kouar est une philosophe et journaliste algérienne.

Table des matières :

Penser en post-République - Préface - Introduction : Ni rire ni pleurer mais comprendre - Entretien (avec Asma Kouar) - Conclusion : Pour ne pas conclure

Quatrième de couverture :

"Il est difficile, ces temps-ci, de penser librement et encore plus de penser en athée. Affirmer que les idéaux de la philosophie des Lumières sont toujours d'actualité fait paradoxalement passer pour un réactionnaire, un islamophobe, voire un compagnon de route du Front national assimilé au fascisme. Dans un pays qui clame haut et fort "Je suis Charlie", Voltaire revenu passerait pour un défenseur du fanatisme ! C'est le monde à l'envers.

Dans ce livre, je me propose de réactiver la pensée des Lumières. Non pas en faveur ou en défaveur, ça n'est pas le propos, mais en philosophe. Je lis le Coran, j'examine les hadiths et croise le tout avec des biographies du Prophète pour montrer qu'il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur : le pire, ce que les minorités agissantes activent par la violence ; le meilleur, ce que les majorités silencieuses pratiquent de manière privée. Comment la République doit-elle considérer ces deux façons d'être musulman ? Y a-t-il des relations et des points de passage entre minorités agissantes et majorités silencieuses, sachant que l'Histoire est souvent faite par les premières, pas par les secondes ?

Citations :

"L'indéniable retour du religieux a pris la forme de l'islam en Occident. ce retour est à penser dans l'esprit de Spinoza : hors passion, sans haine et sans vénération, sans mépris et sans aveuglement, sans condamnation préalable et sans amour a priori, juste pour comprendre. Ces pages ne sont rien d'autre qu'une conversation sur ce sujet. J'ai tâché d'inscrire ma réflexion dans l'esprit des Lumières dont la flamme semble vaciller jour après jour." (p.49)

Ce livre examine également ce qu'il est convenu d'appeler le terrorisme, avec la politique étrangère islamophobe menée par la France derrière l'OTAN depuis 1991. Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. L'islam terroriste a été partiellement crée par l'Occident belliqueux. Les choses ne sont pas aussi simples que ce que, de part et d'autre, on voudrait nous faire croire. D'où la nécessité de se remettre à penser. Sur ce sujet comme sur d'autres."

Notes de lecture :

Selon Michel Onfray, il faut commencer par désigner les choses par leur nom. Que cela plaise ou non, les attentats qui ont ensanglanté notre pays depuis le 7 janvier ont été commis au nom de l'islam ; le 7 janvier, les terroristes ont bien crié : "Allahou Akbar !" (Allah est grand !) et : "On a vengé le prophète !"

Lorsque Marine Le Pen a parlé d'un "attentat terroriste commis par des fondamentalistes islamiste", elle a fait preuve de "clarté sémantique" ; il serait souhaitable que les autres en fassent autant, notamment la gauche.

Onfray récuse l'idée que les terroristes seraient des éléments isolés ou  des psychopathes qui n'auraient jamais lu le Coran et n'auraient rien à voir avec l'islam.

Il fait cependant remarquer que la responsabilité de la France est engagée par ceux qui la dirigent dans la mesure où ils s'en prennent à des pays musulmans (Afghanistan, Libye, Mali, califat de l'Etat islamique) ; on ne peut pas prétendre qu'ils nous attaquent alors que nous ne leur avons rien fait. "Tant que la loi du talion primera, il n'y aura ni droit, ni paix. Augmenter les frappes, c'est augmenter le risque terroriste en retour - car nul personne sensée ne niera la liaison." (p.166)

Le gouvernement affirme que "notre pays est en guerre", mais se garde bien de faire le lien entre les attaques terroristes sur le sol français et les guerres dans lesquelles les gouvernements français successifs ont engagé la France depuis 1991 (la première guerre du Golfe) ; la décision de François Hollande d'envoyer un sous-marin en direction de  la Syrie après l'attentat du 7 janvier contre les journalistes de Charlie Hebdo est une manoeuvre médiatique sans pertinence stratégique.

"De la guerre de Clausewitz a théorisé les conflits qui relevaient de ce qu'il appelait la grande guerre : celle qui oppose deux Etats, deux nations, deux peuples. Il a également parlé, mais beaucoup moins, de la petite guerre : celle qu'on peut appeler la guérilla." (p.37)

"Ce qui a eu lieu le mercredi 7 janvier illustre parfaitement que notre Etat s'évertue à penser contre vents de guerrilla et marées terroristes en termes de grande guerre." (ibidem)

Ce ne sont pas les philosophes (Michel Onfray, Alain Finkielkraut), les écrivains (Michel Houellebecq) ou les essayistes (Eric Zemour, Renaud Camus) qui sont responsables des attentats, pas plus que le médecin qui vous annonce que vous avez une tumeur.

L'islam n'est pas vraiment "une religion de paix et d'amour".

Michel Onfray relève des textes islamiques (sourates du Coran, extraits de la Sîra ou des hadith) qui vont dans le sens de la paix et de la tolérance et d'autres qui vont dans le sens contraire ; le Coran est un texte contradictoire qui contient le meilleur et le pire. "Il y a au moins deux façons d'être musulman suivant qu'on construit son islam sur ces sourates : "Exterminez les incrédules jusqu'au dernier" (VIII.7), ou sur ces propos extraits de la Sîra : "Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le." (II.58-60), "Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez" (XVII.58) ou suivant qu'on s'appuie sur celles-ci : "Pas de contrainte en matière de religion" (II.256) ou encore "Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s'il avait sauvé tous les hommes (V.32) (...) Les seconds peuvent en effet dire de l'islam qu'il est une religion de paix, de tolérance et d'amour, mais au détriment des sourates des premiers qui, elles, rendent possible un islam de guerre, d'intolérance et de haine." (p.63)

"Oui ou non, ces sourates se trouvent-elles dans le Coran ? Si oui, que faut-il en faire ? (...) Est-ce être islamophobe que de dire ce qu'on trouve dans le Coran quand on le lit ? (p.83)

Notes :

Une sourate ou surate (en arabe : sūraʰ, سورة, pl. sūwār, سور, « sourate, rangée de pierres, mur » ; en araméen : śirţâ/śûrat : « ligne, écrit ») est une unité du Coran formée d'un ensemble de versets.

La sîra ou sîrah (arabe : سيرة, litt. « biographie »), ou au pluriel siyar (سير), est, dans le contexte de l'islam, la biographie de Mahomet, son dernier prophète.

Un hadith ou hadîth (en arabe : حديث / ḥadīṯ, prononcé : ħadí:θ, pluriel ʾaḥādīṯ أحاديث) est une communication orale du prophète de l'islam Mahomet et, par extension, un recueil qui comprend l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, précédées chacune d'une chaîne de transmetteurs remontant jusqu'à Mahomet. Considérées comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour les musulmans, on les désigne généralement sous le nom de « la tradition du Prophète ».

Onfray examine les spécificités de l'islam : le primat de l"oummat" (la communauté musulmane) et sa dimension juridico-politique (la charia) : "Les musulmans ? Ils sont très hétérogènes. de plus, ils sont dispersés, mal représentés et ne parlent pas d'une seule et même voix. La question du primat de l'oummat, la communauté musulmane déterritorialisée, sur toute autre communauté est à examiner : la République est-elle possible quand on relève d'une autre communauté, spirituelle et religieuse ? (...) La meilleure façon de lutter contre l'islamophobie est de construire un islam républicain." (p.72)

Note : L'oummat, ou ummat (arabe : أمّة [ummat], communauté ; nation —- même étymologie que أمّ [umm], mère est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent. Le terme est synonyme de ummat islamiyya, « la Nation Islamique  » . Elle naît avec l'hégire en 622, quand les premiers fidèles renoncent à l'organisation clanique qui prévaut jusque-là, pour une communauté de foi, et fut définie dans la Constitution de Médine. De l'oumma découle une notion de solidarité entre les musulmans.

La charia ou charî'a (arabe : الشَّرِيعَة) représente dans l'islam diverses normes et règles doctrinales, sociales, cultuelles, et relationnelles édictées par la « Révélation ». Le terme utilisé en arabe dans le contexte religieux signifie : « chemin pour respecter la loi [de Dieu] ». Il est d’usage de désigner en Occident la charia par le terme de loi islamique qui est une traduction très approximative puisque n'englobant que partiellement le véritable sens du mot (ce terme est d’ailleurs utilisé en place de droit musulman). La charia codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu (Shar'). Le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques. En Occident, certaines de ces normes sont considérées incompatibles avec les droits de l'homme.

"Il n'y a pas d'erreur à dire ce qui se trouve dans le Coran. Et le Coran ne sépare jamais l'islam et la politique, la religion et l'Etat. La charia est d'ailleurs logiquement la loi coranique qui s'impose quand on veut vivre intégralement selon le Coran (p.73)

Il propose de prélever dans les textes fondateurs ce qui va dans le sens de la paix, de la tolérance, du respect. Cette démarche implique, selon lui,  une nouvelle approche herméneutique quant à l'historicité des textes (la prise en compte des conditions historiques de leur production) et à leur rapport à la vérité (le dialogue, l'ouverture à l'interprétation). Autrement dit, admettre le fait que la vérité n'a pas été révélée d'un seul coup, dans une seule langue, à un seul homme, à un seul endroit.

Selon Michel Onfray, on doit s'entendre sur les conditions historiques de production du Coran et sur ce qui s'y trouve sans contestation possible et on doit pouvoir lire le Coran  avec un oeil d'historien, ainsi que les textes sacrés de toutes les religions, comme n'importe quel texte (p.86-87)

Onfray examine la question cruciale en raison des conséquences psychologiques, éthiques et politiques qui en découlent, du statut du Coran : le Coran a-t-il été crée (thèse mutazilite) ou est-il incrée (thèse asharite). Dans la premier cas, "l'histoire et l'usage de la raison sont possibles", dans l'autre ni l'histoire ni la raison ne sont défendables : il faut juste croire (p.112)

Onfray consacre plusieurs pages aux rapports de la gauche à l'islam : "La question des rapports entre la gauche et l'islam s'avère inséparable de la question juive" (p.101)... "Par anticapitalisme et anticolonialisme, la gauche islamophile s'est faite antisémite et antisioniste." (p.109)

"Etrange époque où la gauche islamophile se fait liberticide en défendant tout ce contre quoi la gauche historique a lutté. Une gauche antisémite, misogyne, phallocrate, homophobe, antilaïque, théocratique : qui aurait pu croire un jour que pareille série d'oxymores fût en passe de devenir crédible dans quelques cerveaux malades ? (p.111)

Onfray refuse de souscrire aussi bien au laïcisme qu'à l'islamolâtrie, "ces deux religions qui toutes deux ignorent le réel" (p.125), "car d'une part, il existe une communauté musulmane qui, c'est légitime, revendique le droit de pratiquer dignement sa religion. D'autre part, il existe dans l'islam une fraction minoritaire mais active qui, certes, veut en finir avec le capitalisme (encore que...), mais qui veut aussi en finir avec les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme. (ibidem)

Il propose donc une révision de la Loi de 1905, qu'il juge inadaptée à la situation actuelle et un "contrat social avec l'islam en France pour qu'il y ait un islam de France" : l'islam de France doit prélever ce qui dans les textes se montre compatible avec les valeurs de la République ; en échange, la République fournirait une formation aux imams, elle les salarierait, elles surveillerait leurs prêches, elle financerait les lieux de prières ("le réel est celui-ci : l'islam en France est financé par des pays qui n'ont aucune raison d'aimer la France.") et assurerait la protection des musulmans. (p.126)

 

 

 

 

 

 

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