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André Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude, PUF, collection Quadrige, 1984

Le Traité du désespoir et de la béatitude a d'abord été publié en deux tomes : Le mythe d'Icare (chapitres 1 à 3) et Vivre (chapitres 4 et 5) ; ce sont ces deux volumes qui ne constituent qu'une seule oeuvre qui sont ici réunis.

I. Le mythe d'Icare

avant-propos - Introduction - Le labyrinthe : désespoir et béatitude - 1. Les labyrinthes du moi : Le songe de Narcisse - 2 . Les labyrinthes de la politique : "A l'assaut du ciel..." - 3. Les labyrinthes de l'art : "Un grand ciel immuable et subtil..." - Conclusion provisoire

II. Vivre

Avant-propos - 4. les labyrinthes de la morale : par-delà le bien et le mal ? - 5. Les labyrinthes du sens : d'un silence l'autre - Conclusion. La vie difficile Table analytique

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Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de philosophie et docteur de troisième cycle, il fut longtemps maître de conférence à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du comité consultatif national d'éthique. Il a publié une vingtaines d'ouvrages, dont, aux Presses universitaires de France, Du tragique au matérialisme (et retour), Petit Traité des grandes vertus et un Dictionnaire philosophique.

Quatrième de couverture :

"Nous sommes prisonniers de l'avenir et de nos rêves : à force d'attendre des lendemains qui chantent, nous perdons la seule vie réelle, qui est d'aujourd'hui. "Ainsi nous ne vivons jamais, disait Pascal, nous espérons de vivre..." C'est le piège des religions avec ou sans Dieu : l'espoir est l'opium du peuple.

Pourtant il faut vivre et lutter : monter "à l'assaut du ciel", même si ce ciel n'existe pas. Tel est le défi d'aujourd'hui du matérialisme philosophique, tel qu'Icare a paru pouvoir le symboliser. Matérialisme ascendant, donc. Il s'agit d'être athée sans être indigne. Il nous faut pour cela inventer - ou réinventer - une sagesse sans mystification ni lâcheté : une sagesse du désespoir, ici, maintenant : une sagesse pour notre temps."

Mon avis sur le livre :

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Baruch Spinoza, Baruch Spinoza, également connu sous les noms de Bento de Espinosa ou Benedictus de Spinoza, né le 24 novembre 1632 à Amsterdam et mort le 21 février 1677 à La Haye, est un philosophe néerlandais d'origine ibérique dont la pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de penseurs postérieurs.

De deux choses l'une : ou bien les religions révélées disent vrai (il y a un principe spirituel transcendant), ou bien elles nous mentent ou encore pour parler comme Freud, elles nous bercent d'illusions.

André Comte-Sponville a opté pour le deuxième terme de l'alternative, qui est pour lui davantage une certitude qu'une hypothèse : il y a en effet, selon lui, plus de raisons de ne pas croire en l'existence d'un Dieu personnel que de raisons d'y croire.

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Demeure la question du "comment vivre", dès lors qu'il n'y a plus de panneaux indicateurs pour se diriger à l'intérieur du "labyrinthe" (une métaphore qui parcourt toute la première partie du livre)... Et même pour en sortir, car il ne s'agit pas de tourner en rond en restant prisonniers des illusions, celles du "moi" (le narcissisme), de la politique, de l'art, de la morale et du sens, mais d'en sortir, comme Icare, "par le haut" et si possible sans se brûler les ailes : "ce livre voudrait essayer de penser, sous l'invocation d'Icare, une ascension d'une autre sorte (celle de Sisyphe), sans rocher ni montagne (...) dont il me semble, pour ne parler que de l'occident, qu'Epicure et Spinoza - puis d'autres - ont fait plus que d'indiquer le chemin. Ma folie, si c'en est une, est d'y croire encore." (p.38)

Contrairement à Sartre qui affirme que c'est à chaque homme de choisir dans la liberté absolue et sans guide sa propre voie, André Comte-Sponville estime que les athées ne sont pas des orphelins sans repères et qu'il existe une sagesse humaine à leur mesure : "On devine alors que l'unique objet de ce livre est de savoir si une philosophie matérialiste est possible aujourd'hui, qui serait fidèle à sa définition ancienne d'amour de la sagesse." (p.39)

"Je l'avoue naïvement : j'aime la philosophie pour le bonheur - même fugace -  qu'elle me procure. On me demandera alors ce que c'est que la philosophie (...) L'important est de se mettre d'accord sur les définitions. la mienne a plus de deux mille ans, et il me plaît de l'emprunter à Epicure, sans y changer un mot ni trouver quoi que ce soit à y redire, l'indépassable formulation : "La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse." (ibidem)

L'idée centrale de ce livre est un paradoxe  exprimé dans le titre sous la forme de l'antinomie "désespoir/béatitude". Le désespoir n'est pas, pour l'auteur la déréliction, la tristesse, mais la suppression pour ainsi dire thérapeutique de l'espoir car l'espoir consiste à désirer quelque chose que l'on n'a pas, à préférer le bonheur futur au bonheur présent. Comme le dit Pascal : "Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais."

L'accès à la béatitude - notion qu'il emprunte à Spinoza -  suppose, pour l'auteur, de renoncer à l'espoir (qu'il ne distingue pas de l'Espérance) car nous pouvons connaître la béatitude ici-bas et dans l'instant présent.

Note : La béatitude reste le suprême état de joie, que doit procurer l'union avec ce qu'il y a de plus parfait , c'est-à-dire Dieu (la Nature immanente et éternelle et non le Dieu transcendant de la Bible) et qu'aucun autre bien ne peut procurer. Cet état de joie est l'effet de "la satisfaction même de l'âme, qui naît de la connaissance intuitive de Dieu" (Ethique IV, Appendice, chap. 4)

Comte-Sponville se rattache aux matérialistes anciens, à  Démocrite, à Lucrèce, à Epicure et, plus près de nous, nous l'avons dit, à Spinoza auquel il consacre des pages superbes sur le désir et sur la joie, à Montaigne,  à Schopenhauer, à Nietzsche, à Marx (mais en critiquant son "idéalisme inversé"), à Feuerbach, à Freud ainsi que, du côté de l'orient au Bouddha et à Lao Tseu.

Tout en rendant au Platon du Banquet l'hommage qui lui est dû, Comte-Sponville ne pense pas que la vérité se trouve dans la fuite hors du monde préconisée par Socrate dans le Phédon ("D'ici-bas vers là-haut s'évader au plus vite"), pas plus que du côté des religions monothéistes.

Il ne pense pas toutefois, comme Dostoïevski que "Si Dieu n'existe pas tout est permis", mais croit en la possibilité d'une morale (ou plutôt d'une éthique) sans religion et sans Dieu.

Selon lui, toutes les religions sans exception, sauf le bouddhisme (mais le bouddhisme est-il une religion ?), engendrent la tristesse, la crainte, l'ascétisme, le ressentiment, la fuite dans les arrières-mondes, la haine du corps et de la vie. Un jugement très marqué par la critique nietzschéenne et qu'il conviendrait sans doute de nuancer

"Je croirai en leur Dieu quand ils auront l'air ressuscités." disait Nietzsche. Les croyants doivent en effet s'interroger sur leur foi et sur le témoignage qu'ils en donnent, en tenant compte des critiques et des objections d'où qu'elles viennent et en particulier d'incroyants honnêtes comme André Comte-Sponville.

Car l'ouvrage d'André Comte-Sponville est plus inspirant que clivant. Les lecteurs de Jean de la Croix ou de la Kabbale ne pourront qu'acquiescer à son éloge du vide, les amis de François d'Assise à son émerveillement devant de la nature et le citoyen qu'est aussi le croyant à l'analyse de la politique comme rapport de forces et au refus de sacraliser l'Etat et d'attendre - comme le Messie -  une "société parfaite"... Et quel croyant un tant soit peu sensible ne souscrirait à son apologie de la beauté, du silence et de la contemplation ?

 

 

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