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Bernard Maris, L'avenir du capitalisme, préface de Dominique Lecourt, éditions Les liens qui libèrent, 2016

Cet ouvrage est la transcription d'une conférence prononcée par Bernard Maris le 11 janvier 2010 à Paris à l'institut Diderot.

Table des matières :

Préface - Introduction -

I. Le capitalisme est-il moderne ? : le travail, La génération du crédit et des grands marchés, la machine, la linéarité du temps

II. L'avenir du capitalisme - La Chine et l'ubiquité capitaliste - Les sorties

Conclusion : Homo hierarchicus, homo, oeconomicus, homo benignus

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Bernard Maris est un économiste et écrivain français. Il fait partie des victimes de Charlie Hebdo, dans lequel il publiait ses textes sous le pseudonyme d'Oncle Bernard. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont L'Antimanuel d'économie (Bréal) et Et si on aimait la France (Grasset)

Quatrième de couverture :

"Dans ce petit ouvrage, issu d'une conférence donnée par l'auteur à l'Institut Diderot, Bernard Maris analyse les fondements et l'esprit du capitalisme : rationalisation du monde, emprise du calcul et de la technique, accumulation infinie, substitution du temps linéaire au temps cyclique... Et pose la question : sommes-nous irrémédiablement condamnés à "l'homo oeconomicus ou bien capables d'autres formes de vie... bref dépasser le capitalisme !

Citation :

"Le refus de la consommation de la vie comme le désir d'accumuler sans trève de l'argent, sont au coeur de l'esprit du capitalisme. Le bourgeois n'est pas un jouisseur. Il est l'homme qui remet le plaisir à demain, et ce perpétuellement. D'où la frustration permanente des consommateurs, la servitude volontaire des salariés, et le sadisme (ou la perversion) d'un système qui fonctionne sur la frustration."

Notes de lecture :

I. Le capitalisme est-il moderne ?

"L'économie, explique Bernard Maris "est un système de production et d'échange de marchandises et de services entre les humains. Elle commence lorsque l'homme cesse d'être un simple parasite de la nature et invente la domestication des plantes et des bêtes. Autrement dit, l'économie commence avec la rareté qui va de pair avec l'invention du territoire privé et de la propriété. L'enclos, le mur, la barrière vont de pair avec une privatisation de l'échange..." (p.17)

Bernard Maris commence par montrer la spécificité du capitalisme par rapport aux autres économies ou à l'économie en général. Le capitalisme est une "invention tardive". Il a été préparé par un certain nombre de facteurs :

  • La propriété privée
  • La grande division tripartite mise en évidence par Georges Dumézil (Mythe et Epopée) : guerriers, prêtres, travailleurs
  • L'apparition des esclaves, des artisans et des commerçants
  • L'épargne et l'accumulation
  • La constitution de surplus par le "détour de production" (par exemple le moulin, le four).

"Avec le surplus, le temps entre dans l'économie. Le capital c'est du temps, du temps cristallisé dirait Marx ; les grands théoriciens autrichiens du capitalisme Bohm-Bawerk, Von Mises et Schumpeter diraient que le capital est du temps détourné de la production, du temps économisé pour gagner du temps." (p.18-19)

Bernard Maris montre que la capitalisme ne s'est pas constitué d'emblée, mais par étapes, d'abord avec "le grand commerce" (Phéniciens, Babyloniens, Egyptiens), puis avec l'invention plus tardive du "marché national".

Avec le commerce inter-cités naissent les notions d'assurance, de prêt à intérêt, de sociétés par action (à Toulouse au XIIIème siècle), de comptabilité en partie double (recettes/dépenses).

Bernard Maris montre que la finance est bien antérieure au capitalisme, avec les figures du banquier, de l'assureur et du prêteur.

Selon Bernard Maris, quatre éléments manquent aux économie précapitalistes :

  • Le travail libre et le marché du travail
  • La généralisation du crédit, du marché (ainsi que l'extension de la taille de marchés), du contrat et la production de masse
  • L'utilisation systématique de la machine, l'explosion du progrès technique et la soumission de la science à la technique (la techno-science)
  • Une conception linéaire du temps (profane), succédant à une conception cyclique (sacrée, religieuse), "le temps des surplus et de l'accumulation rationnelle succédant au temps de la reproduction" (p.24)

"Ainsi le capitalisme a posé quatre grandes questions : le rapport de l'homme au travail, de l'homme à la technique, de l'homme au temps, de l'homme à la nature. Comment s'en sortira-t-il, s'il s'en sort ?" (p.47)

II. L'avenir du capitalisme

"Le capitalisme n'est ni moral, ni immoral ; il serait plutôt laïque, se contentant de mettre en branle des énergies pour aller de l'avant sans savoir où il va. Il est le grand canalisateur de l'énergie humaine (et de celle aimablement fournie par dame Nature)." (p.49)

Selon Bernard Maris, on peut envisager pour le capitalisme plusieurs avenirs possibles :

a) l'ubiquité : "Pas besoin d'être grand devin pour voir que la Chine et l'Amérique vont à grande vitesse vers ce monde "apolitique" où les puissants décident de la consommation des masses. Le nouveau capitalisme s'accompagne d'un despotisme bienveillant." (p.53)

b) Les sorties par le haut :

  • Marx : "La fin du travail subi et de l'exploitation des hommes, la fraternité et l'art généralisés, l'homme réconcilié avec la nature." (p.54)
  • Keynes : "le refus de l'accumulation, la civilisation des loisirs, de l'amitié et des arts..." (ibidem)
  • Schumpeter : "la social-démocratie à tous les étages : l'Etat-providence tutélaire et protecteur d'une foule d'individus apeurés. La 4ème contradiction, celle de l'accumulation et de la nature est oubliée." (ibidem)
  • Jean-Baptiste Say : "la croissance de la productivité, le progrès technique, permettront toujours de dépasser les contraintes de la rareté dès qu'elles surgissent, les ressources naturelles étant "inépuisables". Beaucoup de modernes, par exemple Alain Minc,  reprennent ce thème du progrès infini." (ibidem)
  • Fukuyama : "la fin de l'histoire est le capitalisme et le marché généralisés et la disparition de la démocratie, à l'image du modèle chinois." (ibidem)

c) Les sorties "par le bas" :

  • Malthus : "la terre transformée en bidonville, une majorité d'humains n'ayant pas accès à l'eau et vivant dans la misère, une population régulée par les épidémies et les guerres." (p.56)... Et à côté de ces êtres ensauvagés et complètement séparés d'eux, ajoute Bernard Maris, grand lecteur de Michel Houellebecq, une élite de privilégiés comme dans le roman de Houellebecq, La possibilité d'une île.
  •  Lévi-Strauss : l'implosion démographique, la disparition de la diversité culturelle, mais aussi biologique, la disparition d'une énorme quantité d'espèces animales et végétales. "L'humanité ne supporterait plus de ne plus pouvoir jouir librement de ces biens essentiels que sont l'espace libre, l'eau pure, l'air non pollué." (p.58)
  • Freud : "Dans la dialectique Eros/Thanatos qui définit le progrès  de la civilisation et le capitalisme, la pulsion de mort finit par l'emporter." (ibidem)

Conclusion :

"Si le capitalisme est le triomphe d'homo oeconomicus sur homo hierarchicus, une sortie paisible du capitalisme, son au-delà pacifié, pourrait être le triomphe d'homo benignus...

"De même que le marchand existait dans les interstices de l'ancienne société, homo benignus existe dans le système capitaliste. Il est l'homme de l'altruisme et de la gratuité, du don parfois intéressé, parfois désintéressé. L'homme des ONG, des partis, des syndicats, des associations, etc. qui représentent déjà 10% du PIB d'un pays comme la France ; l'homme de la solidarité, du travail bien fait, du logiciel libre (...) L'homme qui protège au lieu de détruire, le capteur d'images plutôt que le prédateur. Il est le chercheur, l'homme qui ne perd rien en donnant aux autres, contrairement à homo oeconomicus qui perd ce qu'il vend, ou qui perd l'argent qui lui permet d'acheter (jeu à somme nulle). L'homme de la connaissance, notre nouvelle abondance, plus intéressé par la beauté que par l'utilité. L'homme de la fin de la rareté. Il peut aussi cohabiter pacifiquement avec homo hierarchicus et homo oeconomicus, si ces deux derniers sont minoritaires. Il a triomphé de la pulsion de mort qui reste au coeur du capitalisme." (p.67)

 

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