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Jean-Denis Bredin, Trop bien élevé (ARTP, Lycée Pierre-Emile Martin)

 

 

 

 

Bienvenue sur le site ARTP (Action de Remobilisation à Temps Plein) du Lycée Pierre-Emile MARTIN, à BOURGES !

Lecture - L'autobiographie

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« Je vais tenter, dans ce bref récit, de parler de mon enfance. Au fil des ans me sont souvent revenus des visages, des gestes, des scènes, parfois même des mots que je souhaiterais avoir assemblés avant que vienne la nuit. Ce n’est pas que mon aventure humaine, ma personne de petit bonhomme dans les immenses fourmilières de tous les temps me semble mériter intérêt ; j’ai l’impression de me divertir d’un sujet secondaire : nulle modestie dans cette indifférence, peut-être de l’orgueil d’abord déçu puis dispersé. Mais cet enfant triste, ce figurant pétri de bonnes manières, cet adolescent tourmenté, cet éternel patient sous toutes ses identités, ils ne me quittent guère. Peut-être les ai-je trop remués ? Peut-être m’a-t-on trop longtemps laissé seul avec moi ? Ce que je voudrais ici, c’est décrire les premières années d’un enfant trop éduqué, et, à travers lui, si je le puis, les sentiments, les mentalités, les rites qui dominaient encore une part de la bourgeoisie quand vint la guerre de 1939. Je voudrais tâcher de retrouver ceux que j’ai connus, aimés, et chez eux, toute la peine qu’ils se donnaient pour fabriquer des enfants très solitaires et parfaitement bien élevés […]. Excusez-moi, oui, excusez-moi, si je suis là, car je vous gêne. Si vous m’avez bousculé, c’est que je n’aurais pas dû me trouver sur votre chemin. Si vous êtes de mauvaise humeur, je dois y être pour quelque chose. Comment vivre, marcher, respirer, sans déranger ? Frapper avant d’entrer, s’effacer dans les portes, sourire, toujours sourire … Il ne suffira pas d’une vie entière pour se faire pardonner d’exister. » J-D. Bredin

Nous avons étudié ce matin un texte extrait d'un roman de Jean-Denis BREDIN, Trop bien élevé. (Français, Hachette Technique)

"Vite divorcés, mes parents m'avaient confié en partage au père. Ils s'étaient réparti mes deux sœurs : une à chacun. Jusqu'à la mort de papa ma vie fut donc d'attendre le jeudi, ce jour merveilleux qu'une décision de justice me permettait de passer avec ma mère, de 11 heures à 18 heures. Par précaution, mon père me faisait mettre un thermomètre dans le derrière avant que je fusse conduit, par ma gouvernante, au domicile de maman. Dès mon retour chez papa, on vérifiait ma température. Ne risquais-je pas d'avoir contracté, là-bas, quelque funeste maladie ? Maman, et près d'elle ma petite sœur étaient tout pour moi : la beauté, la tendresse, l'évasion. Quand venaient mes larmes, chaque jeudi soir ou presque, mon devoir était bien sûr de les dissimuler.

De mon père, je n'ai plus aujourd'hui qu'un souvenir presque imaginaire, accroché à quelques photos. J'allais avoir dix ans quand il est mort, ce 10 mai 1939, et je garde toujours de lui ce visage grave, encombré de soucis, ce regard myope le plus souvent enfoui sous les lunettes, ses lèvres figées. Je ne vois aucun geste, je n'entends aucun mot. ce polytechnicien austère et bûcheur est mort à trente-sept ans, peut-être d'avoir trop travaillé, d'avoir trop souffert, de ne savoir ou de ne vouloir vivre (...) Ce père m'a sans doute aimé, en se taisant. Il a étouffé, par pudeur et par devoir, tous les mouvements de son cœur." (Jean-Denis Bredin, Trop bien élevé, éditions Grasset et Fasquelle, 2007)

Notes : 1. Autrefois, les élèves n'allaient pas en classe le jeudi - 2. Contracté : attrapé - 3. Funeste : mauvaise - 4. Dissimuler : cacher - 5. Polytechnique : grande école où la sélection est très dure - 6. Austère : sévère, triste, sans fantaisie

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1. Le texte évoque un souvenir d'enfance de l'auteur, à l'âge de six ou sept ans.

2. Il est écrit à la première personne du singulier. L'auteur (la personne qui a écrit le livre) et le narrateur (le personnage qui raconte l'histoire) ne font qu'un (l'auteur = le narrateur).

3. Les éléments du  paratexte qui permettent de savoir que les événements racontés sont vrais sont : "Dans son livre intitulé Trop bien élevé (2007), l'auteur fait le récit de son enfance privilégiée, de l'éducation rigide qu'il a reçue..."... ainsi que la date de naissance de l'auteur (1929).

4. Il s'agit d'un roman autobiographique (du grec auto = soi-même, bios = vie et graphein = écrire).

5. "Vite divorcés, mes parents m'avaient confié en partage au père." (l.1). "De mon père, je n'ai plus aujourd'hui qu'un souvenir presque imaginaire, accroché à quelques photos." (l.11-12)

"m'avaient confié" : plus-que-parfait de l'indicatif ; le plus-que-parfait exprime une action passée qui s'est produite avant une autre, exprimée au passé composé ou au passé simple ("ma vie fut donc d'attendre le jeudi").

"Je n'ai plus aujourd'hui qu'un souvenir presque imaginaire..." : présent de l'indicatif (présent d'énonciation) ; l'énoncé est dit "ancré dans la situation d'énonciation" : il évoque des événements passés (la figure du père),  à partir du moment présent, en l'occurrence le moment de l'écriture.

L'auteur emploie le plus-que-parfait pour évoquer une action qui s'est déroulée dans le passé avant une autre action passée qu'elle explique : les parents de l'auteur étaient divorcés et s'étaient partagés la garde de leurs trois enfants (l'auteur et ses deux sœurs), ce qui explique la raison pour laquelle l'auteur, lorsqu'il était enfant allait chez sa mère une fois par semaine, le jeudi. Le présent d'énonciation ("Je n'ai plus aujourd'hui qu'un souvenir presque imaginaire") établit un pont entre le présent et le passé, entre les souvenirs d'enfance de l'auteur et le moment où il écrit.

6. Le livre a été publié en 2007. A ce moment-là, l'auteur avait 80 ans. L'extrait évoque des événements qui se situent aux alentours de 1935, quand l'auteur avait six ou sept ans.

7. Le père n'aime pas son ex-femme ; on a l'impression qu'elle lui fait peur, qu'il s'en méfie, qu'il ne lui fait pas confiance ; elle semble représenter pour lui une mauvaise mère, un être imprévisible  et dangereux qui ne sait pas tenir sa maison et ne respecte pas les règles de l'hygiène   : "Par précaution, mon père me faisait mettre un thermomètre dans le derrière avant que je ne fusse conduit, par ma gouvernante, au domicile de maman. Dès mon retour chez papa, on vérifiait ma température . Ne risquais-je pas d'avoir contracté, là-bas quelque funeste (mauvaise) maladie ?"

Je vous ai fait remarquer ce matin que la dernière phrase était au style indirect libre : elles traduisent les paroles (ou les pensées) du père de l'auteur au retour de son fils.

8. Le narrateur  ne semble pas se plaire beaucoup en compagnie de son père, personnage "au visage grave encombré de soucis". En revanche, il parle de la journée du jeudi qu'il passe chez sa mère comme d'une jour "merveilleux". Il exprime son amour inconditionnel pour sa mère et pour sa petite sœur : "Maman, et près d'elle ma petite sœur étaient tout pour moi : la beauté, la tendresse, l'évasion." (l.8-10)

10.11.12.13 : On vous demande de comparer l'extrait du roman de Jean-Denis Bredin avec l'affiche du film Kramer contre Kramer en repérant le titre de l'affiche et les deux images qui la composent.

Résumé de Kramer contre Kramer :

"Ted Kramer rentre chez lui après la meilleure journée de sa vie : il vient d'obtenir une promotion qui représente le couronnement de sa carrière de publicitaire. Mais c'est pour entendre Joanna, sa femme, lui annoncer qu'elle le quitte et lui laisse leur fils Billy dont il ne s'est jamais vraiment occupé. D'abord débordé, Ted se révèle au fil du temps un excellent père, attentionné, dévoué au point même que son travail en souffre. Un jour, Joanna réapparaît pour réclamer la garde de l'enfant. Le couple se lance dans un long et douloureux procès..."
 
Travail pour le Lundi 17 octobre 2016 :

Lecture expliquée : Répondre aux questions 9 et 10

Grammaire : Terminer les exercices sur le présent de l'indicatif.

Bon courage !

Corrigé :

9. le narrateur a gardé de son père l'image d'un homme soucieux ("je garde toujours de lui ce visage grave, encombré de soucis"), sévère, triste, sans fantaisie ("austère"), peu démonstratif ("je ne vois aucun geste") et taciturne ("je n'entends aucun mot")

10. "Ce père m'a sans doute aimé, en se taisant. Il a étouffé, par pudeur et par devoir, tous les bruits de son cœur."

"m' " : pronom personnel (=moi) représente le narrateur

"Il" : pronom personnel, représente le père du narrateur

Rappel : il faut bien distinguer la nature d'un mot (la catégorie grammaticale à laquelle il appartient) et sa fonction (le rôle qu'il joue dans la phrase).

Ainsi, "m' " est un pronom personnel et sa fonction est complément d'objet direct du verbe aimer (= a sans doute aimé moi) ; "il" est également un pronom personnel et sa fonction est sujet du verbe étouffer (qui est-ce qui a étouffé ? = "il").

Comparaison entre l'affiche du film Kramer contre Kramer et l'extrait du roman de Jean-Denis Bredin Trop bien élevé :

Kramer contre Kramer : Monsieur Kramer contre Madame Kramer. Le film évoque le divorce de M. et Mme. Kramer, ainsi que le long et douloureux procès intenté par M. Kramer contre sa femme pour obtenir la garde de leur enfant.

L'affiche est divisée en deux parties ; la photo de gauche a été prise au moment où le père de l'enfant le retient par les épaules avant qu'il ne s'élance pour retrouver sa mère. La photo de gauche représente les retrouvailles de l'enfant et de sa mère.

Le film évoque un divorce, tout comme le roman ; comme dans le roman, l'enfant est confié à la garde du père et l'enfant est heureux de retrouver sa mère.

 

 

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