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Afficher l'image d'origine Synopsis :

"Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l'aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au "job center", Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450 km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d'accueil. Pris tous les deux dans les filets des aberrations administratives, Daniel et Katie vont tenter de s'entraider.."

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Mon avis sur le film :

Ken Loach, le cinéaste des ouvriers, des pauvres et des laissés pour compte,  nous offre, avec Moi, Daniel Blake, un film d'une humanité bouleversante, justement récompensé par une palme d'or au festival de Cannes. Le réalisateur de Ken, de Family Life  et de Raining Stones qui a eu 80 ans au mois de juin et n'a rien perdu de sa vitalité,  y dénonce l' absurdité administrative et la déshumanisation du monde, mettant en lumière la lutte pour la survie dans la dignité des sans-voix (ou des "sans dents"), de ceux que les "décideurs" de gauche comme de droite tiennent pour quantité négligeable et dont ils s'emploient à bâillonner la révolte à travers le "traitement social du chômage".

Dans le film, l'absurdité kafkaïenne réside dans le fait que ses médecins interdisent au héros du film, atteint d'une maladie cardiaque, de continuer à travailler et que les services sociaux veulent l'obliger à chercher activement du travail pour pouvoir toucher des allocations et ne pas se retrouver à la rue.

Afficher l'image d'origine Je ne pense pas être le seul à avoir jubilé quand Daniel Blake tague sa révolte sur le mur du "job center" et  - je l'avoue sans honte - à avoir avoir versé des larmes, notamment au moment de la scène d'une violence émotionnelle inouïe au cours de laquelle Kate, qui n'a pas mangé depuis plusieurs jours, se jette sur une boîte de haricots à l'épicerie sociale et, à la fin du film, quand la jeune femme lit le "curriculum vitae" de Daniel Blake au crematorium : "je ne suis pas un numéro, je ne suis pas une donnée statistique, je ne suis pas un "problème social", je suis un être humain, je suis un citoyen comme vous, je suis Daniel Blake..."

On est toujours un peu trop lent, un peu trop vieux, un peu trop sensible pour ne pas se sentir un peu de trop dans la société actuelle... Les gens comme moi qui n'ont pas été biberonnés aux jeux vidéos et aux ordinateurs, qui ont connu le père Le Pen à 2%, qui se souviennent qu'il y avait jadis une "classe ouvrière" et qui croient, contrairement à la ministre de l'Education nationale actuelle, à l'émancipation des enfants du peuple par le savoir ne sont plus dans la course...

Car, enfonçons-nous bien ça dans la tête : le libéralisme est, comme le disait Sartre à son époque du communisme, "l'horizon indépassable de notre temps", la coïncidence indiscutable entre le réel et le rationnel, le tribunal de l'histoire et les gens comme Daniel Blake, comme Kate, comme vous et moi, à moins que vous soyez dans la course - mais faites bien attention : il suffit d'un moment de faiblesse ou de doute - sont tout juste bons à mettre à la poubelle.

Je ne crois plus à la révolution, mais je comprends la révolte et je regrette qu'au-delà de toute considération politique sur les bienfaits - ou les méfaits - respectifs du capitalisme et du collectivisme, nous ayons perdu, aussi bien en France qu'en Angleterre, ce que George Orwell appelait la "common decency" (la tendresse, la poésie, le souci des autres, le respect de soi-même, le sens de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas...). Et j'ai l'intime conviction, à l'instar de Ken Loach, que nous sommes tous en train d'en crever.

 

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