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Julian Barnes, Arthur & George, roman traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 2007

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Julian Barnes vit à Londres. Le perroquet de Flaubert, qui l'a rendu célèbre, a été traduit dans plus de quarante langues. Il est l'auteur de seize romans, d'essais et de recueils de nouvelles.

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George Ernest Thomson Edalji (mars 1876 -17 juin 1953) était un avoué parsi anglais, fils du pasteur d'un village du sud du Staffordshire. Inculpé d'avoir mutilé un poney et condamné à sept  ans de travaux forcés, ramenés à trois, mais sans révision du procès, il fut acquitté et rétabli dans ses fonctions, après une campagne  de réhabilitation dans laquelle sir Arthur Conan Doyle joua un rôle déterminant. Le cas Edalji montra la nécessité d'améliorer les mécanismes de la justice anglaise et contribua à la création de la cour d'appel criminelle d'Angleterre (Court of Criminal Appel for England). A l'instar de Conan Doyle lui-même, les commentateurs contemporains voient dans le cas Edalji les effets des préjugés raciaux à l'égard des immigrés chez certains notables conservateurs de l'Angleterre provinciale.

Note : Les Pārsis, Parsis ou Parses (de Pārashika, peuple de Perse, actuel Iran ; gujarātī : પારસી) sont les adeptes du parsisme, confession dérivée du zoroastrisme. Ils constituent l'une des deux communautés zoroastriennes (l'autre étant celle des Iranis) ayant quitté le monde iranien pour s'installer principalement en Inde.

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Arthur Conan Doyle (né Arthur Ignatius Conan Doyle le 22 mai 1859 à Édimbourg, en Écosse, et mort le 7 juillet 1930 à Crowborough dans le Sussex), est un écrivain et médecin (ophtamologiste) britannique. Il doit sa célébrité à ses romans et nouvelles mettant en scène le détective Sherlock Holmes - considérés comme une innovation majeure du roman policier - et le professeur Challenger. Cet écrivain prolifique a également été l'auteur de livres de science-fiction, de romans historiques, de pièces de théâtre, de poésies et d'œuvres historiques. Il fut élevé au rang de Chevalier du Très vénérable ordre de Saint-Jean par le roi Édouard VII le 24 octobre 1902.

Mon avis sur le roman :

Une affaire Dreyfus anglaise

L'auteur du Perroquet de Flaubert nous propose avec Arthur & George un roman construit autour d'une histoire inspirée de faits réels. Barnes évoque en parallèle l'ascension vers la gloire d'Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, Conan Doyle, prototype de l'Anglais idéal : sportif, fair-play, patriote, "Blade straight, steel true" (droit et loyal comme une lame bien trempée)... l'un des hommes les plus célèbres d'Angleterre et la descente aux enfers de George Edalji, un obscur avoué de province effacé et timide, deux hommes à des années-lumières l'un de l'autre, qui n'avaient aucune chance de se rencontrer en dehors de circonstances extraordinaires qui vont permettre à Doyle de mettre ses facultés déductives au service de son esprit chevaleresque : une terrible erreur judiciaire dont Edalji est la victime... Une "affaire Dreyfus anglaise" dans laquelle Conan Doyle va jouer tout à la fois le rôle de Sherlock Holmes et d'Emile Zola. Brossant en arrière-plan un tableau saisissant de la société victorienne, Barnes reconstitue avec une grande vraisemblance psychologique les lacunes de la biographie officielle de Conan Doyle, notamment sa vie sentimentale et son rapport au père  et maintient jusqu'au bout le suspense : qui est à l'origine du complot contre Edalji ? Quels en sont les mobiles ? Doyle réussira-t-il à rétablir la vérité ?

Citations :

"Sir Arthur se lève pour prendre congé. A présent il domine de sa haute taille le petit clerc. Mais il ne l'a pas dominé pendant leur conversation. George est surpris qu'un homme aussi célèbre puisse écouter autant que fulminer, être aussi aimable qu'énergique. Malgré cette dernière déclaration, cependant, il ressent le besoin d'une vérification essentielle.

"Sir Arthur, puis-je demander... pour parler simplement... vous pensez que je suis innocent ?"

Arthur pose sur lui un regard clair et franc. "George, j'ai lu ce que vous avez écrit dans ce journal, et maintenant je vous ai rencontré en personne. Alors ma réponse est, non, je ne pense pas que vous êtes innocent ; non, je ne crois pas que vous êtes innocent ; je sais que vous êtes innocent." Puis il tend une grande et forte main, rendu plus vigoureuse encore par la pratique de nombreux sports auxquels George est tout à fait étranger." (p.341)

"Il rangea les jumelles dans leur étui, et détourna son attention des formes figées et monochromes de la frise sculptée du monument pour la porter sur les formes mouvantes et colorées de la fresque vivante autour de lui. Et à cet instant, il fut frappé par l'idée que tous ces gens allaient mourir. Il lui arrivait de songer à sa propre mort ; il avait pleuré celle de ses parents - son père douze ans plus tôt, sa mère six ; il avait lu des notices nécrologiques dans le journal, était allé à l'enterrement de certains confrères ; et il était ici pour le grand adieu à sir Arthur. Mais jamais encore il n'avait pris vraiment conscience - une conscience plus viscérale d'ailleurs que mentale - du fait que tout le monde allait mourir. Il en avait sûrement été informé quand il était enfant, quoique seulement dans un contexte où chacun (oncle Compson par exemple) était censé continuer à vivre ensuite, soit au Ciel avec Jésus, soit, s'il était méchant, ailleurs. Mais maintenant il regardait autour de lui. Le prince Albert était déjà mort, bien sûr, ainsi que la Veuve de Windsor qui l'avait pleuré ; mais cette femme qui avait une ombrelle à la main allait mourir aussi, et sa mère à côté d'elle allait mourir plus tôt, et ces petits enfants plus tard, quoique s'il y avait une autre guerre les garçons pourraient mourir plus tôt et ces deux chiens eux aussi seraient morts un jour, et les musiciens du kiosque au loin, et le bébé dans le landau, même le bébé dans le landau, même s'il vivait aussi vieux que le plus vieil habitant de la planète, jusqu'à cent cinq, cent dix ans, qu'importe, ce bébé allait mourir aussi." (p.525)



 

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