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Essais de psychanalyse, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, Au-delà du principe de plaisir, Psychologie des foules et analyse du Moi, Le Moi et le Ça

 

Sous le titre Essais de psychanalyse sont regroupés quatre textes de Freud d'une importance centrale dans son oeuvre : « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort» (1915), «Au-delà du principe de plaisir » (1920), « Psychologie des foules et analyse du Moi » (1921), « Le Moi et le Ça » (1923). 

Cet ensemble permet de pénétrer au coeur même de la théorie psychanalytique des organisations sociales et d'appréhender les principes de la « seconde topique » freudienne (moi, ça, surmoi). On y retrouve la réinterprétation de la civilisation engagée par Freud dans Totem et Tabou et les concepts fondamentaux de la nouvelle métapsychologie.

 Ces Essais ont bénéficié d'une nouvelle traduction en 1981 qui, placée sous la responsabilité d'André Bourguignon, réunissait : J. Altounian, A. Bourguignon, O. Bourguignon, A. Cherki, P. Cotet, J. Laplanche, J.-B. Pontalis et A. Rauzy.

  • Sans doute le plus accessible au grand public, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (1915) s’intéresse à la Grande Guerre, alors en cours et au comportement des soldats. Le fondateur de la psychanalyse souligne la fragilité du vernis de civilisation et montre comment la société impose une renonciation aux pulsions qui conduit, dans des situations exceptionnelles comme les affrontements militaires, à se permettre en temps de guerre tout ce qui est interdit en temps de paix. (le texte à étudier est extrait de cet ouvrage)
  • Au-delà du principe de plaisir s’impose comme le texte majeur de l’ouvrage, celui dans lequel Freud définit la pulsion de mort : Freud s'interroge sur le cas des névrosés répétant le traumatisme qu’ils ont subi. Si le principe de plaisir est seul à régler le psychisme humain, pourquoi certains individus sa complaisent-ils dans la répétition d’une souffrance ? D’où l’idée qu’il existe, à côté d'une pulsion de vie (eros) une pulsion contraire  une pulsion de mort (thanatos).
  • Dans Psychologie des foules et analyse du moi, Freud entreprend de relire l’ouvrage de Gustave Le Bon, Psychologie des foules, à la lumière de la psychanalyse. Freud définit le modèle du chef et les notions d’idéal du moi et d’introjection. Un texte important dans la compréhension des phénomènes totalitaires et du fonctionnement de grandes institutions comme l’Armée ou l’Eglise.
  • Enfin, dans Le Moi et le Ca, Freud définit les termes  de sa "deuxième topique" : le moi, le ça et le surmoi. Un texte majeur puisque ces trois instances sont à la base de la psychanalyse.

Sigmund Freud

Médecin et neurologue Autrichien né à Freiberg le 6 mai 1856 (aujourd'hui en république tchèque), il meurt à Londres le 23 septembre 1939. Un des penseurs les plus importants du siècle dernier et l'inventeur de la psychanalyse.

"Les philosophes et les connaisseurs d'hommes nous ont dit depuis longtemps que nous avions tort de considérer notre intelligence comme une force indépendante et de ne pas tenir compte de sa subordination à la vie affective. Notre intellect ne peut travailler efficacement que pour autant qu'il est soustrait à des influences affectives trop intenses ; dans le cas contraire, il se comporte tout simplement comme un instrument au service d'une volonté, et il produit le résultat que celle-ci lui inculque. Les arguments logiques ne peuvent donc rien contre les intérêts affectifs, et c'est pourquoi la lutte à coup de raisons est si stérile dans le monde des intérêts. L'expérience psychanalytique ne fait que confirmer cette vérité. Elle a journellement l'occasion de constater que les hommes les plus intelligents perdent subitement toute faculté de comprendre et se comportent comme des imbéciles, dès que les idées qu'on leur présente se heurtent chez eux à une résistance affective, mais que leur intelligence et leur faculté de comprendre se réveillent, lorsque cette résistance est vaincue." (Sigmund Freud, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915)

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Conseils : 

Lisez attentivement le texte, crayon en main ; notez les premières remarques qui vous viennent à l'esprit, soulignez les articulations logiques : "dans le cas contraire", "donc", "mais"

Dégagez, comme d'habitude, la thèse (l'idée principale), les arguments et l'exemple donné par l'auteur... Freud fait allusion au nationalisme exacerbé qui sévissait dans les deux camps durant la grande guerre (1914-1918)... Mais comme la connaissance de l'oeuvre n'est pas requise vous pouvez donner l'exemple de la passion amoureuse qui, comme chacun sait, "rend aveugle".

Thèse : la vie intellectuelle est subordonnée à la vie affective.

Le texte comporte 4 arguments à l'appui de cette thèse :

1. Une vie affective trop intense empêche l'intellect de travailler efficacement.

2. Dominé par des  influences affectives trop intenses, l'intellect n'est qu'un instrument au service d'une volonté qui le dépasse. Le mot important ici est le mot "volonté" ; il faut montrer que Freud ne l'emploie pas dans le sens traditionnel puisqu'il soutient l'idée d'une "volonté inconsciente".

3. Les arguments logiques ne peuvent rien contre les intérêts affectifs : reprise de l'opposition traditionnelle entre la raison et les passions (Descartes, Spinoza...), mais dans une perspective différente, spécifique à la psychanalyse ; il faut montrer en quoi cette perspective débouche sur une "éthique de la conscience et de  la liberté" (intérêt philosophique du texte).

4. Confirmation de la thèse par l'expérience analytique : l'homme "intelligent" victime d'une résistance affective - La résistance vaincue. Attention : le mot "résistance" a un sens bien précis dans la théorie psychanalytique et ne doit pas être pris au sens courant.

Je vous conseille d'organiser votre réflexion en deux temps : 

1. Mettez en lumière la dimension psychanalytique du texte (en évitant toutefois de réciter le cours)

2. Dégagez l'intérêt proprement philosophique du texte en le reliant aux notions de conscience et de liberté.

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Vers le commentaire : 

1. "Les philosophes et les connaisseurs d'hommes" : à qui Freud fait-il allusion ?

2. Quelle relation l'auteur établit-il entre vie affective et intelligence ?

3. Expliquer : "influences affectives"

4. Expliquer "un instrument de la volonté"

5. Expliquer "il produit le résultat que celle-ci lui inculque"

6. Expliquer l'opposition entre "arguments logiques" et "intérêts affectifs".

7."et c'est pourquoi la lutte à coups de raisons est si stérile dans le monde des intérêts" : cherchez des exemples.

8. Expliquer le mot "résistance" (cours sur l'inconscient/vocabulaire de la psychanalyse)

"Les philosophes et les connaisseurs d'hommes" : Freud fait allusion aux écrivains et aux penseurs qui l'ont précédé et qui n'ont ni surestimé le rôle de l'intelligence, ni  sous-estimé le rôle de la vie affective, par exemple Platon, dans la République, à propos du rêve (nous commettons parfois en rêve des actes dont nous rougissons au réveil) ou de la comparaison de l'âme humaine à un attelage composé d'un cheval blanc (la raison) et d'un cheval noir (les désirs, les passions), Spinoza qui fait de l'homme avant tout un être de désir, désireux de persévérer dans son être (le conatus) et d'augmenter sa puissance d'agir ; selon Spinoza, la raison de peut rien contre un désir, mais seulement un désir plus fort, La Rochefoucault qui voit dans l'amour propre (l'amour de soi-même) et non dans la raison la principale motivation de nos actes, Schopenhauer qui parle, comme Freud,  d'une "volonté" aveugle et toute puissante à l'oeuvre aussi bien dans l'univers que dans la psyché individuelle et plus puissante que l'intellect (la représentation), Nietzsche qui voit dans l'instinct ou la volonté de puissance le ressort des actions humaines, y compris les plus désintéressées en apparence...

Selon Freud, l'intelligence est subordonnée à la vie affective ; nous avons le sentiment d'être libres de faire ce que nous voulons, mais nous sommes gouvernés par la part inconsciente de nous-mêmes : nos émotions, nos sentiments, nos affects... L'intelligence, selon Freud n'est pas une instance "indépendante" ; vie intellectuelle et vie affective sont inséparables. "Les philosophes et les connaisseurs d'hommes", dont Freud fait partie, nous mettent en garde contre l'illusion non seulement de l'autonomie de l'intellect, mais de l'illusion plus grave encore de la toute-puissance de l'intelligence par rapport à la vie affective. Pour Freud, c'est le contraire qui est vrai.

Notre vie affective influence notre vie intellectuelle. Si les influences affectives sont modérées, notre intellect peut travailler efficacement ; dans le cas contraire, les influences affectives empêchent le sujet de se concentrer. Freud a montré que l'être humain traversait des phases au cours desquelles la vie intellectuelle était plus ou moins sous l'influence de la vie affective. Entre l'âge de 8 et 12 ans les pulsions sexuelles et l'intérêt pour la sexualité sont en sommeil, ce qui permet à l'enfant de se concentrer sur les apprentissages scolaires ; c'est la "période de latence" ; à partir de la puberté surviennent des modifications hormonales et psychosomatiques. Préoccupé par les changements de son corps et perturbé par ses pulsions sexuelles, l'adolescent a du mal à se concentrer sur son travail.

Quand les influences affectives sont trop fortes, l'intelligence devient "un instrument de la volonté". Un instrument est un moyen, un outil au service de la volonté humaine. Un piano est un "instrument de musique", un moyen de produire des notes. Freud emploie le mot "volonté" dans un sens inhabituel. Dans la pensée philosophique traditionnelle, la volonté est une faculté de la conscience, aux côtés de l'entendement et de la raison. Freud, lui,  envisage l'existence d'une "volonté inconsciente", ce qui constitue pour les philosophies de la conscience (Alain, Sartre) une contradiction dans les termes. Freud compare la psyché humaine à un "iceberg" dont la partie visible est proportionnellement beaucoup moins importante que la partie invisible. La partie visible correspond à la conscience, la partie invisible correspond à l'inconscient (première topique) ou au "çà" (deuxième topique) et au "surmoi" (les valeurs morales, les interdits, la "loi du père"). Il y a donc selon Freud deux volontés : une volonté consciente et une volonté inconsciente. Quand les influences affectives sont trop fortes, La volonté consciente et l'intellect deviennent des "instruments" de la volonté inconsciente. Cette dépendance de la volonté consciente (le "moi" conscient) par rapport à la volonté inconsciente se révèle, selon Freud, dans les actes manqués, les lapsus et les rêves.

Dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud donne l'exemple du président d'une assemblée qui ouvre la séance en disant "la séance est close", au lieu de dire "La séance est ouverte." Freud explique que ce lapsus ("close" eu lieu de "ouverte") exprime le désir caché du président qui s'attend à une séance houleuse qu'il voudrait magiquement voir se clore avant même qu'elle ne s'ouvre.

Cet exemple amusant illustre bien la dépendance de la volonté consciente. La volonté consciente du président était de dire "la séance est ouverte." Sa volonté inconsciente était que la séance n'ait pas lieu ou soit déjà terminée et donc de ne pas avoir à l'ouvrir. "La séance est close" est le résultat produit par le désir du président. Le désir s'est emparé de sa volonté pour parler à sa place.

Freud oppose les "arguments logiques" et les "intérêts affectifs" : les arguments logiques, ce sont les raisonnements conformes à la raison, au bon sens ; les intérêts affectifs, ce sont les désirs profonds, les émotions, les sentiments.

Selon Freud, les arguments logiques ne peuvent rien contre les intérêts affectifs. Ce point de vue rejoint celui de Spinoza dans l'Ethique : la raison ne peut rien contre le désir, mais seulement un désir plus fort. La défaite de la raison face aux passions et au désir vient de l'opposition entre le "principe de réalité" et le "principe de plaisir"... Le principe de plaisir a toujours tendance à l'emporter sur le principe de réalité.

On peut vérifier la justesse de ce point de vue dans le domaine de la passion amoureuse et dans celui des passions nationalistes évoquées par Freud dans les Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, paru en 1915, durant la première Guerre mondiale. Comme chacun sait "l'amour rend aveugle" ("le coeur a ses raisons que la raison ignore", dit Pascal) et aucun raisonnement ne peut convaincre quelqu'un "qu'il a fait le mauvais choix" s'il est profondément amoureux, car nos "choix" amoureux -  on a tort de parler de "choix" quand c'est le désir qui choisit et non la raison - dépendent bien souvent d'intérêts inconscients sur lesquels les arguments logiques n'ont pas de prise.

Cette prépondérance de la vie affective sur l'intellect, le fait, comme le dit Freud que la vie intellectuelle est entièrement sous la dépendance de la vie affective justifie selon lui la pratique psychanalytique au niveau individuel pour dénouer les conflits entre le "moi" et le "ça" en aidant le patient à prendre conscience de ses motivations inconscientes. Mais Freud est également préoccupé par les "névroses collectives" comme les passions nationalistes qui sévissent autour de lui et dont il constate les effets destructeurs. A l'instar d'Emmanuel Kant dans son Projet de paix perpétuelle, Freud se demande s'il est possible d'éviter la guerre et d'empêcher les hommes de sombrer dans la barbarie.

Au cours de la cure psychanalytique, on donne le nom de résistance à tout ce qui, dans les actions et les paroles de l’analysé, s’oppose à l’accès de celui-ci à son inconscient. Par extension, Freud a parlé de résistance à la psychanalyse pour désigner une attitude d’opposition à ses découvertes en tant qu’elles révélaient les désirs inconscients et infligeaient à l’homme une « vexation psychologique » (vocabulaire de la psychanalyse).

Jacques Lacan, disciple de Freud et principal représentant de la psychanalyse en France, insiste sur la résistance de l'analyste et parle de la résistance comme d'un refus de jouer le jeu de l'analyse. La notion de "résistance" est fondamentale dans le processus psychanalytique, avec la notion de "transfert".

La résistance et le transfert ont d'abord été perçus de manière négative par Freud lui-même car ils semblaient empêcher la cure d'avancer ; Freud a compris par la suite que ces deux phénomènes étaient inévitables car liés au fonctionnement-même de la psyché et aux rapports entre le moi et le ça et pouvaient contribuer au processus de guérison, l'obstacle pouvant se muer en instrument thérapeutique : la résistance, ainsi que la dénégation (Verneinung) ou le déni qui est une forme de résistance particulière,  permet de cerner le complexe dont elle est le symptôme, au même titre que les rêves, les actes manqués et les lapsus.

Freud donne l'exemple d'un "homme intelligent" qui est sous l'emprise de la passion amoureuse ou nationaliste. L'amour est une force positive, un puissant auxiliaire au service de la vie, mais il peut aussi obscurcir notre jugement et se muer en passion destructrice. Il est bon  d'aimer son pays, mais non de détester les autres. Lors du déroulement de la cure psychanalytique, l'analyste va se heurter à la "résistance" de l'inconscient (les désirs refoulés) d'un homme intelligent qui souffre d'une passion de ce genre car il ne veut pas que soit mis au jour les "vraies raisons" qu'il a d'agir et de penser comme il le fait. En effet, notre inconscient est foncièrement conservateur et n'a pas envie de changer.

Cependant, le sujet peut réussir, avec l'aide de l'analyste, à lever la résistance, au bénéfice de son intelligence et de sa faculté de comprendre, en laissant parler l'inconscient par la méthode des "associations libres", par exemple en évoquant un souvenir d'enfance ou un rêve.

La dimension éthique de la psychanalyse

Freud n'a pas fait l'apologie de l'irrationnel, et des "forces obscures" de la libido et de l'instinct de mort dont il se méfiait comme de la peste et dont il avait prédit les ravages présents et à venir.

Héritière de la "Haskala" (judaïsme des Lumières), la psychanalyse est une volonté de faire émerger le sujet, ce n'est pas une descente à la cave, mais une montée vers la lumière : "Wo Es war, soll Ich werden." ("Là où c'était, je dois advenir") : "Partout où/ Chaque fois qu'/ il était inconscient, un élément doit parvenir à la conscience du Moi. "Es ist Kulturarbeit wie die Trockenlegung der Zuydersee."... "C'est un travail de civilisation, comme l'assèchement du Zuydersee.", ajoute Freud. La connaissance de soi-même, des souvenirs refoulés dans l'inconscient, la reconnaissance des pulsions inavouables du "ça" (l'inconscient) doivent nous aider en les nommant à exorciser nos désirs en éclairant leur provenance et à nous libérer des "monstres" qui sommeillent en nous.

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Le texte ci-dessous est de Ilmi Manuka, psychanalyste et médecin généraliste, détenteur des droits d'auteur © 2005. 
Cité par Michelle Tilman, psychanalyste, sur son site Internet : 
http://www.psychanalyse-psychanalyste.be[…]nalyste.be. Je les remercie de m’avoir autorisé à emprunter ici leur définition de la résistance durant la cure psychanalytique. Cette définition me semble avoir le mérite d’être simple et illustrative de cette importante notion. La résistance tant du psychanalyste que de l’analysant (le client de l’analyste) est en effet selon moi constamment présente durant le travail analytique ou psychothérapeutique. (Francis Bismuth)

"Qu'appelle-t-on les résistances ?
Même si c’est en toute bonne foi que le sujet vient demander une analyse, il est malgré tout mené par le bout du nez de son inconscient, qui lui, n’aime pas trop les changements. Même si cela peut paraître choquant, tous ces symptômes qui le font tant souffrir, ont été mis en place par son inconscient comme étant « la meilleure solution pour éviter un plus grand malheur »… Mais le problème, c’est que tout cela a été mis en place en grande partie durant les premières années de notre vie, c'est-à-dire à un moment où nous savions si peu de choses de la vie, où nous avions peur d’être abandonnés à notre sort, où nous savions à peine marcher et balbutier quelques mots... Le malheur, c’est que toute cette construction (appelée le Fantasme) reste d’application… à vie ! C’est un peu comme si nous étions contraint d’habiter une maison dont l’architecte était un enfant de 4 ans ! Évidemment, on peut s’attendre à ce que certains éléments, avec le temps, ne résistent pas bien à l’usure. Mais on ne déménage pas si facilement, car cette maison, on s’est habitué à « faire avec », même s’il ne fait pas si agréable que cela y vivre, c’est toujours mieux que de se retrouver sans toit. On peut comprendre alors que pendant la psychanalyse, on ait peur qu’on touche à cette maison ; on craint l’effondrement, on craint en fin de compte le changement. Alors, quand on s’aperçoit que des choses commencent à changer, que notre comportement n’est plus le même qu’avant, qu’on perd certains symptômes, il s’en suit en général une forme ou l’autre de résistances, qui s’expriment ainsi: 
- "Oublier" de venir aux séances, ou tomber malade comme justification de cette absence.
- Arriver en retard (pour écourter l’épreuve de la séance). 
- Partir en vacances pour «souffler un peu» (et essayer d’oublier ce qu’on vient de découvrir). 
- Interrompre l’analyse sans chercher à comprendre pourquoi on réagit ainsi. Cette dernière résistance est la plus grave, car en reculant devant l’épreuve, on renforce encore plus ses résistances, et encourage une répétition future. 
- Parler théorie psychanalytique plutôt que de parler de soi-même. 
- Oublier ses rêves… ou bien le contraire, venir avec un rêve à chaque séance.
- Critiquer la personne même de l’analyste, ou la psychanalyse en soi : 
«c’est parce que je sens que vous n’êtes pas assez compétent que je vais rater mon analyse», ou bien «je perds mon temps ici, comment voulez-vous que simplement en parlant je guérisse de mon ulcère?» 
- Ou bien, pour reprendre un exemple de Freud: "Le tic-tac de l'horloge de l'appartement d'à côté m'empêche de me concentrer…" etc. 

Toutes ces tactiques ont le même but : éviter le changement. On préfère un malheur bien connu à une autre chose, mais inconnue. Peur de devenir quelqu’un d’autre … «d’ailleurs les gens autour de moi disent qu’ils ne me reconnaissent plus.» 
Mais gardons bien ceci à l’esprit : si on vient en analyse c’est pour changer quelque chose qui nous était lourd à porter. On change, c’est vrai, mais en fin de compte c’est pour se retrouver soi-même quelque part, pour se réconcilier avec soi-même, mais jamais on ne se perd."

 

 

 

 

 

 

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