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Baccalauréat de Français

Durées 4 heures

Objet d'étude : Le personnage de roman du XVIIème siècle à nos jours.

Textes :

texte A : Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857

Texte B : Guy de Maupassant, Bel Ami, 1885

Texte C : Marguerite Duras, Moderato Cantabile, 1958

I. Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) : Ces extraits mettent en scène des personnages au cours de repas ou de soirées. Montrez en quoi ces textes sont écrits sur le ton du décalage, voire de l'ironie.

Texte A: Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857

(Emma, jeune fille romanesque, a épousé  un médiocre officier de santé et elle s'ennuie. Un événement vient rompre la monotonie de son existence : les deux époux sont invités à un bal, chez le marquis d'Andervilliers.)

"A sept heures, on servit le dîner. Les hommes, plus nombreux, s'assirent à la première table, dans le vestibule, et les dames à la seconde, dans la salle à manger, avec le marquis et la marquise.  Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélangé du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table ; et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans les corbeilles à jour s'étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumets montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait, d'un coup de sa cuillère, sauter pour vous le morceau qu'on choisissait. Sur le grand poêle de porcelaine à baguettes de cuivre, une statue de femme, drapée jusqu'au menton, regardait immobile la salle pleine de monde. Mme Bovary remarqua que plusieurs dames n'avaient pas mis leurs gants dans leurs verres.
 
Note : Il était de tradition pour les femmes de mettre leurs gants dans les verres pour signifier qu'elles ne voulaient pas boire d'alcool.
 
Cependant, au haut bout de la table, seul, parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie, et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue  enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdière, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil chez le marquis de Conflans, et qui avait été, disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette, entre MM. de Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, pleine de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique, derrière sa chaise, lui nommait tout haut dans l'oreille les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la cour et couché dans le lit des reines !
On versa du vin de Champagne à la glace. Emma frissonna de toute sa peau, en sentant ce froid dans sa bouche. Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. Le sucre en poudre même lui parut plus blanc et plus fin qu'ailleurs.
Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres s'apprêter pour le bal. "
 
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"A Paris, à la fin du XIXe siècle, Georges Duroy, jeune homme ambitieux, est déterminé à se hisser au sommet d’une société qui le fascine. Des mansardes miteuses aux salons les plus luxueux, usant de son charme et de son intelligence pour passer de la pauvreté à la richesse, il quitte les bras d’une prostituée pour ceux des femmes les plus influentes de la capitale. Dans un univers où la politique et les médias mènent une lutte d’influence acharnée, à une époque où le sexe est synonyme de pouvoir et la célébrité une obsession, Georges Duroy ne reculera devant rien pour réussir." (synopsis de l'adaptation cinématographique de 2012)
 
Texte B : Guy de Maupassant, Bel Ami, Livre I
 
(Georges Duroy, jeune officier désargenté de retour d'Algérie, à la recherche d'un emploi, a rencontré à Paris son ami Forestier, journaliste à "La Vie Française". Ce dernier, lors d'un repas à son domicile, lui permet de rencontrer M. Walter, directeur du journal : il compte lui présenter Georges et le faire embaucher en tant que journaliste.)

"Et on passa dans la salle à manger.
Duroy se trouvait placé entre Mme de Marelle et sa fille. Il se sentait de nouveau gêné, ayant peur de commettre quelque erreur dans le maniement conventionnel de la fourchette, de la cuiller ou des verres. Il y en avait quatre, dont un légèrement teinté de bleu. Que pouvait-on boire dans celui-là ?
On ne dit rien pendant qu'on mangeait le potage, puis Norbert de Varenne demanda : " Avez-vous lu ce procès Gauthier ? Quelle drôle de chose ! "
Et on discuta sur le cas d'adultère compliqué de chantage. On n'en parlait point comme on parle, au sein des familles, des événements racontés dans les feuilles publiques, mais comme on parle d'une maladie entre médecins ou de légumes entre fruitiers. On ne s'indignait pas, on ne s'étonnait pas des faits ; on en cherchait les causes profondes, secrètes, avec une curiosité professionnelle et une indifférence absolue pour le crime lui-même. On tâchait d'expliquer nettement les origines des actions, de déterminer tous les phénomènes cérébraux dont était né le drame, résultat scientifique d'un état d'esprit particulier. Les femmes aussi se passionnaient à cette poursuite, à ce travail. Et d'autres événements récents furent examinés, commentés, tournés sous toutes leurs faces, pesés à leur valeur, avec ce coup d'oeil pratique et cette manière de voir spéciale des marchands de nouvelles, des débitants de comédie humaine à la ligne, comme on examine, comme on retourne et comme on pèse, chez les commerçants, les objets qu'on va livrer au public.
Puis il fut question d'un duel, et Jacques Rival prit la parole. Cela lui appartenait : personne autre ne pouvait traiter cette affaire,
Duroy n'osait point placer un mot. Il regardait parfois sa voisine, dont la gorge ronde le séduisait. Un diamant tenu par un fil d'or pendait au bas de l'oreille, comme une goutte d'eau qui aurait glissé sur la chair. De temps en temps, elle faisait une remarque qui éveillait toujours un sourire sur les lèvres. Elle avait un esprit drôle, gentil, inattendu, un esprit de gamine expérimentée qui voit les choses avec insouciance et les juge avec un scepticisme léger et bienveillant.
Duroy cherchait en vain quelque compliment à lui faire, et, ne trouvant rien, il s'occupait de sa fille, lui versait à boire, lui tenait ses plats, la servait. L'enfant, plus sévère que sa mère, remerciait avec une voix grave, faisait de courts saluts de la tête : " Vous êtes bien aimable, monsieur ", et elle écoutait les grandes personnes d'un petit air réfléchi.
Le dîner était fort bon, et chacun s'extasiait. M. Walter mangeait comme un ogre, ne parlait presque pas, et considérait d'un regard oblique, glissé sous ses lunettes, les mets qu'on lui présentait. Norbert de Varenne lui tenait tête et laissait tomber parfois des gouttes de sauce sur son plastron de chemise.
Forestier, souriant et sérieux, surveillait, échangeait avec sa femme des regards d'intelligence, à la façon de compères accomplissant ensemble une besogne difficile et qui marche à souhait.
Les visages devenaient rouges, les voix s'enflaient. De moment en moment, le domestique murmurait à l'oreille des convives : " Corton -- Château-Laroze ? "
Duroy avait trouvé le corton de son goût et il laissait chaque fois emplir son verre. Une gaieté délicieuse entrait en lui ; une gaieté chaude, qui lui montait du ventre à la tête, lui courait dans les membres, le pénétrait tout entier. Il se sentait envahi par un bien-être complet, un bien-être de vie et de pensée, de corps et d'âme.
Et une envie de parler lui venait, de se faire remarquer, d'être écouté, apprécié comme ces hommes dont on savourait les moindres expressions.
Mais la causerie qui allait sans cesse, accrochant les idées les unes aux autres, sautant d'un sujet à l'autre sur un mot, un rien, après avoir fait le tour des événements du jour et avoir effleuré, en passant, mille questions, revint à la grande interpellation de M. Morel sur la colonisation de l'Algérie.
M. Walter, entre deux services, fit quelques plaisanteries, car il avait l'esprit sceptique et gras. Forestier raconta son article du lendemain. Jacques Rival réclama un gouvernement militaire avec des concessions de terre accordées à tous les officiers après trente années de service colonial."

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Texte C : Marguerite Duras, Moderato Cantabile, 1958

Le titre de l’œuvre provient d'une indication musicale sur le rythme, modéré (moderato) et chantant (cantabile), sur lequel doit être jouée la sonatine de Diabelli que travaille l'enfant d'Anne Desbaresdes. Un meurtre a lieu dans un café au-dessus duquel Anne Desbaresdes accompagne son fils à sa leçon de piano – il rechigne à jouer la sonatine de Diabelli et s'obstine à ignorer la signification de moderato cantabile. Dans ce café, elle rencontre un homme – il lui dira s'appeler Chauvin – qu'elle interroge chaque jour, lors de fins d'après-midi qui s'étirent, à propos du crime passionnel, dont ils ne savent rien ni l'un ni l'autre. Le dialogue entre la jeune bourgeoise et l'ancien employé de son mari, répétitif et rythmé de verres de vin, les rapproche dans leur ennui.

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Image du film Moderato Cantabile, de Peter Brook, avec Jeanne Moreau, Jean-Paul Belmondo, Didier Haudepin, d'après le roman éponyme de Marguerite Duras.

 

"Sur un plat d'argent à l'achat duquel trois générations ont contribué, le saumon arrive, glacé dans sa forme native. Habillé de noir, ganté de blanc, un homme le porte, tel un enfant de roi, et le présente à chacun dans le silence du dîner commençant. Il est bien séant de ne pas en parler.
De l'extrémité nord du parc, les magnolias versent leur odeur qui va de dune en dune jusqu'à rien. Le vent, ce soir, est du sud. Un homme rôde, boulevard de la Mer. Une femme le sait.
Le saumon passe de l'un à l'autre suivant un rituel que rien ne trouble, sinon la peur cachée de chacun que tant de perfection tout à coup ne se brise ou ne s'entache d'une trop évidente absurdité. Dehors, dans le parc, les magnolias élaborent leur floraison funèbre dans la nuit noire du printemps naissant.
Avec le ressac du vent qui va, vient, se cogne aux obstacle de la ville, et repart, le parfum atteint l'homme et le lâche, alternativement.
Des femmes, à  la cuisine, achèvent de parfaire la suite, la sueur au front, l'honneur à vif, elles écorchent un canard mort dans son linceul d'orange. Cependant que rose, mielleux, mais déjà déformé par le temps très court qui vient de se passer, le saumon des eaux libres de l'océan continue sa marche inéluctable vers sa totale disparition et que la crainte d'un manquement quelconque au cérémonial qui accompagne celle-ci se dissipe peu à peu.
Un homme, face à une femme, regarde cette inconnue. Ses seins sont de nouveau à moitié nus. Elle ajusta hâtivement sa robe. Entre eux se fane une fleur. Dans ses yeux élargis, immodérés, des lueurs de lucidité passent encore, suffisante pour qu'elle arrive à se servir à son tour du saumon des autres gens.
A la cuisine, on ose enfin le dire, le canard étant prêt, et au chaud, dans le répit qui s'ensuit, qu'elle exagère.
Elle entra dans cet univers étincelant, se dirigea vers le grand piano, s'y accouda, ne s'excusa nullement. On le fit à sa place.
- Anne est en retard, excusez Anne.
Depuis dix ans, elle n'a pas fait parler d'elle. Si son incongruité la dévore, elle ne peut s'imaginer. Un sourire fixe rend son visage acceptable.
- Anne n'a pas entendu.
Elle pose sa fourchette, regarde alentour, cherche, essaye de remonter le cours de la conversation, n'y arrive pas.
- Il est vrai, dit-elle.
On répète. Elle passe légèrement la main dans le désordre blond de ses cheveux, comme elle le fit tout à l'heure, ailleurs. Ses lèvres sont pâles. Elle oublia de les farder. (...)
Lentement, la digestion commence de ce qui fut un saumon. Son osmose à cette espèce qui la mangea fut rituellement parfaite. Rien n'en troubla la gravité. L'autre attend, dans une chaleur humaine, sur son linceul d'oranges. Voici la lune qui se lève sur la mer et sur l'homme allongé. Avec difficulté on pourrait, à la rigueur, maintenant, apercevoir les masses et les formes de la nuit à travers les rideaux blancs. Madame Desbaresdes n'a pas de conversation.
- Mademoiselle Giraud, qui donne également, comme vous le savez, des leçons à mon petit garçon, me l'a racontée hier, cette histoire.
- Ah oui.
On rit. Quelque part autour de la table, une femme. Le choeur des conversations augmente peu à peu de volume et, dans une surenchère d'efforts et d'inventivités progressive, émerge une société quelconque. des repères sont trouvés, des failles s'ouvrent où s'essayent des familiarités. Et on débouche peu à peu sur une conversation généralement partisane et particulièrement neutre. La soirée réussira. Les femmes sont au plus sûr de leur éclat. Les hommes les couvrirent de bijoux au prorata de leurs bilans. L'un d'eux, ce soir, doute qu'il eût raison. Dans le parc correctement clos, les oiseaux dorment d'un sommeil paisible et réconfortant, car le temps est beau. Ainsi qu'un enfant, dans une même conjugaison. Le saumon repasse dans une forme encore amoindrie. Les femmes le dévoreront jusqu'au bout. Leurs épaules nues ont la nuisance et la fermeté d'une société fondée, dans ses assises, sur la certitude de son droit, et elles furent choisies à la convenance de celle-ci. La rigueur de leur éducation exige que leurs excès soient tempérés par le souci majeur de leur entretien. De celui-ci on leur en inculqua jadis, la conscience. Elles se pourlèchent de mayonnaise, verte, comme il se doit, s'y retrouvent, y trouvent leur compte. des hommes les regardent et se rappellent qu'elles font leur bonheur.
L'une d'entre elles contrevient ce soir à l'appétit général.
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Bel-Ami (2012) de Declan Donellan et Nick Ormerod, avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Kristin Scott Thomas, Christina Ricci.

Eléments de réponse :

Phrase d'accroche : La nourriture et les repas sont des éléments importants de la vie sociale à toutes les époques.

Présentation des documents : Ces trois textes, écrits au XIXème et au XXème siècle : le premier extrait de Madame Bovary de Gustave Flaubert, le second de Bel Ami de Guy de Maupassant et le troisième de Moderato Cantabile de Marguerite Duras mettent en scène des personnages réunis autour d'un repas. Outre la thématique du repas, ils ont pour point commun l'adoption par le narrateur d'un point de vue plus ou moins critique.

Problématique : En quoi ces textes sont-ils écrits sur le ton du décalage, voire de l'ironie ?

Axes d'étude : Nous étudierons leurs ressemblances et leurs différences selon deux axes : la table et la conversation.

I. La  table :

Dans les trois textes, le narrateur adopte le point de vue d'un seul personnage (focalisation interne) : Emma Bovary dans l'extrait de Madame Bovary, Georges Duroy dans l'extrait de Bel Ami et Anne Desbaresdes dans celui de Moderato Cantabile.

Dans le texte de Flaubert, la table et les mets sont magnifiés comme dans un tableau. L'ironie réside dans le regard naïvement extasié d'Emma Bovary sur le décorum qui entoure les plats et dans sa fascination pour un vieillard sénile parce qu'il est duc, qu'il a mené une vie aventureuse et qu'il a "couché dans le lit des reines".

Dans l'extrait de Bel Ami, le narrateur n'évoque ni les plats, ni l'ordonnance de la table ; il insiste surtout sur la crainte de Georges Duroy de ne pas savoir se servir à bon escient des verres et des couverts. Le narrateur note non sans malice  l'appétit d'ogre de M. Walter, ses manières de table peu élégantes et les effets de l'ivresse sur George Duroy.

Dans l'extrait de Moderato Cantabile, la nourriture et sa présentation, un saumon mayonnaise entier sur un plateau d'argent "à l'achat duquel trois générations ont contribué" et un "canard mort dans son linceul d'oranges" reviennent comme un leitmotiv. Mais contrairement à Emma Bovary qui admire le menu en le revêtant d'une aura "aristocratique", Anne Desbaresdes en exècre le conformisme bourgeois

L'extrait de Moderato Cantabile souligne par ailleurs l'absurdité d'un "rituel" où des hommes regardent, "en se rappelant qu'elles font leur bonheur",  des femmes couvertes de bijoux "dévorer jusqu'au bout en se pourléchant comme il se doit de mayonnaise verte", des animaux sauvages qu'on aurait mieux fait de laisser en vie.

II. La conversation

L'extrait de Madame Bovary fait état de propos entendus par Emma sur la jeunesse aventureuse du vieux duc de Laverdière, mais n'évoque pas les conversations entre les convives.

Au contraire, dans l'extrait de Bel Ami, la conversation tient une place centrale. L'ironie réside dans le fait que les convives parlent superficiellement, mais  "en spécialistes" de sujets qu'ils ne connaissent que de seconde main, Maupassant suggérant que ce travers est typique du milieu journalistique.

Georges Duroy suit la conversation, mais ne parvient pas vraiment à y participer, alors qu'Anne Desbaresdes qui à la tête ailleurs, ne parvient pas "à en remonter le cours" et ne répond que par des monosyllabes. La conversation de Madame de Marelle est dépeinte comme brillante et amusante ; l'extrait de Moderato Cantabile insiste au contraire sur le manque d'intérêt des  conversations "généralement partisanes et particulièrement neutres".

Le regard critique et distancié d'Anne Desbaresdes est celui d'une femme dont la vie a été bouleversée par une passion plus authentique que l'existence qu'on l'a obligée à mener jusque là. De même qu'elle a oublié de se maquiller, elle ne songe ni à s'excuser d'un retard dont elle ne peut donner la raison - elle était auprès de l'homme qu'elle aime - , ni à jouer son rôle de "maîtresse de maison".

Conclusion :

Les trois extraits proposés ont pour point commun les thèmes du repas, de la nourriture, de la conversation et des manières de table. Le premier insiste sur la fascination passive d'Emma à l'égard du milieu aristocratique qu'elle ne connaît pas et dont elle ne fait pas partie, le second sur les tentatives de Georges Duroy pour s'adapter activement  à un cercle qu'il ne connaît pas, mais dont il veut se donner les moyens de faire partie et le troisième sur le refus radical des codes sociaux d'un milieu qu'Anne Desbaresdes connaît au contraire trop bien et qu'elle rejette.

L'ironie est présente dans ces trois textes ; le narrateur de l'extrait de Madame Bovary s'amuse de la naïveté d'Emma, celui de l'extrait de Bel Ami de la perplexité de Georges Duroy, de ses laborieux efforts d'adaptation, de son ivresse, de son attirance pour la femme du maître de maison, ainsi que des petits travers des autres convives. Le troisième texte franchit une étape dans l'ironie pour dresser un portrait satirique d'une certaine bourgeoisie de province, dont il fustige le conformisme en caricaturant ses rituels de table.

 

 

 

 

 

 

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