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Les derniers jours de René Girard

Benoît Chantre, Les derniers jours de René Girard, Editions Grasset, 2016

Table des matières : Les cendres dans la bibliothèque - Dies irae - Le chevalier à la triste figure - Les anges aux ailes déployées - Comme l'enfer de Dante - Basculer dans le Royaume - Pray for Paris - Le suicide de Don Giovanni - La tête coupée de Saint Denis - La fumée du Stromboli - Tirer au hasard dans la foule - L'ermite  du mont Ventoux - Une prophétesse du néolithique - La poudrière de Delft - Le reflet du ciel et du nuages - La mort d'Empédocle 

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Benoît Chantre est éditeur, membre de la fondation Imitatio et président de l’Association Recherches Mimétiques (www.rene-girard.fr). Auteur de livres d’entretiens (Achever Clausewitz avec René Girard, Le Choix de Pascal avec Jacques Julliard, La Divine Comédie avec Philippe Sollers), et d’un essai sur Charles Péguy (Péguy point final), il a collaboré à plusieurs revues (Art Press, Esprit, L’Infini, La Revue des deux mondes) et travaillé pour le théâtre et l’opéra. Il rédige actuellement la biographie de René Girard.
 
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René Girard avait écrit en 1972 : « La violence essentielle revient sur nous de façon spectaculaire, non seulement sur le plan de l’histoire, mais sur le plan du savoir. » Il s’est éteint dans la semaine qui a précédé les attentats du 13 novembre 2015. Il n’avait rien d’un prophète de malheur. Sa pensée donne forme et sens à notre avenir. Nous devons réentendre sa voix.

Il m’a fallu répondre au choc de deux événements conjoints : la mort d’un maître et d’un ami, et les horreurs parisiennes. Ces réalités constituent une énigme où se confrontent l’invisible et le monstrueux, la violence et le secret, l’élégance et l’obscénité. Elles m’ont forcé à évoquer les « derniers jours » : ceux de René Girard et la fin des temps qu’il pensa dans son œuvre.
 
Mais beaucoup se sont mépris sur son pessimisme. L’annonce d’un démembrement du monde révélait moins la mélancolie d’un romantique que la joie du Royaume entrevu un soir d’été en Avignon ou dans le silence parfumé de Stanford. J’ai voulu rendre présent ce penseur apocalyptique qui fut drôle et discret, dont l’espérance était profonde.
  
Ce livre raconte une amitié. Il présente l’œuvre de Girard dans la lumière rétrospective que constitue sa fin. C’est au « jour de colère » que se fait entendre la parole. La sienne et celle des textes qu’il sut génialement interpréter : les Evangiles, Shakespeare, Stendhal ou Proust garderont longtemps pour moi l’accent du Midi."
 
Citation : 
 
"Il me faut quitter cette ombre de ce qu'il fut. Nous nous embrassons une dernière fois. Il s'affaisse. Cette lutte l'a épuisé. Nous savons qu'il est proche de sa fin. Sa mort ne sera pas héroïque, et il l'a voulu telle, ne détestant rien tant que les disciples. Je vois donc disparaître avec lui "l'esprit magicien", comme dit Pausanias de son maître Empédocle, "l'esprit de ma jeunesse heureuse". Sa longue agonie nous libère. Il a fait mourir avec lui les éclats du mage qu'il fut pour beaucoup. La résurrection viendra. Telle sera notre renaissance. Quand nous aurons cessé de ronger le crâne de nos ennemis. Quand nous aurons atteint l'allégresse et la vie vivante du Royaume. René Girard a rejoint sa bibliothèque, nous forçant à relire son mémorial dissimulé dans les dernières pages de Mensonge romantique et vérité romanesque :
 
Triompher de l'amour-propre c'est s'éloigner de soi-même et se rapprocher des autres, mais, en un autre sens, c'est se rapprocher de soi-même et s'éloigner des autres. L'amour-propre croit se choisir lui-même, mais il se ferme aussi bien à lui-même qu'à autrui. Une victoire sur l'amour-propre nous permet de descendre profondément dans le Moi et nous livre, d'un même mouvement, la connaissance de l'Autre. A une certaine profondeur le secret de l'Autre ne diffère pas de notre propre secret. Tout est donné au romancier lorsqu'il parvient à ce Moi plus vrai que celui dont chacun fait parade."
 
Saint-Francisco, 18 janvier 2016
 

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