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Café Philo à Bourges : "La politique est l'affaire de tous"

Le premier Café Philo de l'année a eu lieu hier, Lundi 20 Février, dans les locaux de l'association Pégase et l'Odyssée du Savoir, 19, avenue Jean-Jaurès, 18000, Bourges et a réuni une dizaine de personnes autour du thème : "La Politique est l'affaire de tous", avec les animateurs habituels : Guy Colrat, directeur de la Librairie La Procure à Bourges et animateur de l'émission "La morale de l'histoire" sur RCF en Berry, Jean-Claude Martin, pédopsychiatre et Robin Guilloux (l'auteur de ce blog), formateur à l'association Pégase.

Le thème a été choisi en fonction d'une émission diffusée sur RCF en Berry autour d'un document émanant du conseil permanent de la conférence des évêques de France (Bayard, Editions du Cerf, Mame) "Dans un monde qui change retrouver le sens du politique"

Le contexte : la perspective des élection présidentielles en avril-mai 2017.

Verbatim :

"Nous ne sommes pas les porte-paroles des évêques ou d'une quelconque pensée religieuse, mais on peut s'appuyer sur la spiritualité. Les religions nous séparent parce que nous ne partageons pas la même et certains n'en ont aucune, mais nous partageons la même raison (logos) dont Aristote disait qu'elle était "le propre de l'homme". Comme le dit Matthieu Rougé : "la politique n'est pas l'avènement du royaume de Dieu, mais l'organisation du royaume des hommes"... Nous devons passer d'une culture d'opposition à une culture de dialogue."

"La société française est à vif."...  "La question de l'identité nationale revient constamment sur le tapis."... "La situation est inquiétante. Nous vivons sous la menace constante du terrorisme."

"Né en 1950, j'ai connu la France du général de Gaulle et de Georges Pompidou. Je me souviens d'une conférence de presse à la télévision (il n'y avait à l'époque qu'une seule chaîne en noir et blanc) au cours de laquelle le président Pompidou affirmait : "Si par malheur il devait y avoir plus de 500 000 chômeurs dans ce pays, je démissionnerai." Nous en avons actuellement plus de  6 000 000. Je me souviens également d'une époque où le fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen représentait à peine 2% des électeurs. Le Front national est devenu l'un des premiers Partis de France et la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles (30% des intentions de vote) est donnée comme quasiment certaine. Que s'est-il passé dans ce pays pour que nous en soyons arrivés là ?"

"La France va mal parce que les mesures qui ont été prises dans d'autres pays, notamment l'Allemagne, il y a une vingtaine d'années, ont été constamment différées. On a l'impression d'un "quinquennat pour rien".

"Il y a des problèmes structurels auxquels on ne s'est pas vraiment attaqués : la disparition de notre agriculture et de notre industrie, l'accroissement de la pauvreté, le déficit chronique de notre commerce extérieur, les charges qui pèsent sur les Entreprises et sur les ménages (TVA, impôts), la dette exponentielle dont nous ne payons que les intérêts et que nous léguons à nos enfants et à nos petits-enfants, une Europe en panne de projet et en déficit  de légitimité."

"Il y a trop d'inégalités, de laissés pour compte : "La France périphérique" comme dit Christophe Guilly, orpheline de la mondialisation ; ça explique en partie le vote pour le FN."

"On observe partout dans le monde une montée du "populisme" et de l'extrême-droite : aux Etats-Unis avec l'élection de Donald Trump, en Hongrie (Victor Orban), en Russie (Vladimir Poutine) et la France n'échappe pas à cette tendance... "

"Il y a un discrédit des politiques."...  "Les Français ont l'impression d'être revenus à une société de privilèges, comme sous l'Ancien Régime. Ils se demandent à quoi bon avoir fait la Révolution en 1789."

"Il y a des actions très humbles et très concrètes dans lesquelles chacun d'entre nous peut s'investir et qui ont une dimension "politique" (politique vient du grec "polis" = Cité ; la politique est la gestion des affaires de la Cité)... par exemple le respect de l'environnement, le tri ménager... Il faut intéresser les gens à des choses simples touchant la prévention, la solidarité."

"Il faut se méfier du fameux "tous pourris". Il y a un désintérêt inquiétant pour la politique. Des gens pourtant instruits et intelligents, notamment des jeunes, annoncent qu'ils ne se déplaceront pas pour aller voter. Il faut donner envie aux gens de s'intéresser à nouveau à la politique."

Une intervenante  déplore l'existence d'un déséquilibre entre la protection et l'initiative. La protection, c'est bien, mais elle a tendance en France à étouffer l'initiative.

"Le vote devrait être obligatoire ; il devrait y avoir un "devoir électoral" effectif avec des sanctions pécuniaires à la clé. Le vote blanc est un vote comme un autre. Les gens ont pris la peine de se déplacer et leur vote doit être comptabilisé au même titre que les autres."

"On ne devrait pas s'enrichir en faisant de la politique. La politique devrait être considérée comme un service, à l'instar des pays scandinaves."

On devrait s'inspirer de ce qui marche bien ailleurs : les réformes qui ont été faites en Allemagne il y a 20 ans, la promotion effective de la voiture électrique en Israël..."

"Il faut se méfier de la notion d'identité nationale ; on ne peut pas demander aux gens de renoncer à ce qui les a construits. On peut se sentir à la fois Breton et Français. Les étrangers ont participé à la construction de la France, notamment après la guerre. Il ne faut pas confondre la patriotisme avec le nationalisme. Le patriotisme consiste à aimer son pays, le nationalisme consiste à haïr les autres, ce n'est pas la même chose."

"Il faut défendre la langue française, en tant que facteur d'unité."

"Il y a un manque de culture... La télévision, les jeux vidéos contribuent à abêtir les gens. Une partie de la population se moque de la politique. Il faut redéfinir ce que doit être la politique."... Il y a un problème d'éducation et de rapport entre les parents et l'école. Ce n'est pas à l'école d'éduquer les enfants, mais aux parents. L'école a pour mission l'instruction, la transmission de connaissances qui permettent de comprendre le monde. On a le sentiments que l'école remplit de moins en moins cette mission. Des enfants incultes, incapables de parler et d'écrire correctement le français ne peuvent pas devenir des citoyens éclairés."

Une discussion s'engage à propos des programmes des différents candidats :

- François Fillon : la réduction des dépenses de l'Etat est une bonne chose ; l'Etat doit montrer l'exemple, mais les candidats aussi. A propos de l'affaire Pénélope Fillon : "Il n'y a rien dans le dossier"... "C'est un coup monté"... "Médiapart n'a pas suivi le Canard enchaîné... Oui, mais tout ce qui est légal n'est pas forcément légitime (éthique)... Employer des membres de sa famille, c'est peut-être légal, mais ça n'est pas "moral"... "Sa femme a-t-elle vraiment travaillé ou a-t-elle été payée pour ne rien faire ?"... "On en apprend tous les jours... Apparemment, François Fillon n'est pas le seul dans ce cas, ils sont, paraît-il, des centaines... Cela donne une mauvaise impression aux gens... Ils font attention à ce genre de "détails" quand ça va mal... "Il faut faire la clarté sur l'utilisation de la "réserve parlementaire" (9 300 euros à la disposition des députés pour leurs frais de représentation, leur secrétariat, la rémunération de leur assistant parlementaire...)"

- "Benoît Hamon préconise le "revenu universel"... N'est-ce pas admettre que le chômage est un invariant structural du capitalisme ?"... "Le revenu universel, c'est l'organisation scientifique du chômage". La solution est-elle de payer les gens à ne rien faire ?... La chômage n'est pas seulement une réalité économique, c'est aussi un fléau psychologique et moral. Le travail contribue à la dignité de la personne...  Le chômeur est exclu de l'entreprise, de l'usine, de la vie sociale, il y a des millions d'exclus... "Une profession, disait Nietzsche, est la colonne vertébrale d'un homme."

- "François Bayrou : on ne sait pas s'il va se présenter ; il est donné à 5%... Est-ce qu'il veut vraiment "faire le job de président" ou un poste de ministre dans le futur gouvernement ?"... "Il a de bonnes idées qu'il vient de développer dans un livre (Résolution française), notamment sur la libération des initiatives et l'allégement de la réglementation."...

Note : J'apprends aujourd'hui 23 février  que François Bayrou a renoncé à se présenter et s'est rallié à Emmanuel Macron.

- "Emmanuel Macron : "Il n'a pas de programme."... "Il représente la finance"... C'est un gourou"..." Il a été fabriqué par les médias"...  "C'est lui qui a inspiré la loi El-Khomri" (on devrait dire la "loi Macron")... C'est ce que Hollande a fait de mieux, mais il l'a fait trop tard."... A-t-il l'envergure et les moyens politiques de gouverner ? A propos de la loi El-Khomeri : "une minorité de blocage a pris le pays en otage."... "Ceux qui ont du travail ne sont pas solidaires avec les chômeurs"... Les réformes sont bloquées par des gens qui ne pensent pas à l'avenir du pays, mais à leurs privilèges... Les syndicats n'étaient pas d'accord. La CGT était contre, mais la CFDT était plutôt pour." ... "Il y avait de bonnes choses dans la loi El-Khomeri, notamment pour les travailleurs indépendants"

- "Marine Le Pen : son programme tient en trois points : Sortir de l'Europe, sortir de l'euro, rétablir les frontières... Quelles seront les conséquences concrètes du retrait de la France de l'Union européenne ? Est-ce possible, est-ce raisonnable ?

Conclusion :

Les gens ne votent plus, ils se méfient des politiques et se désintéressent de la politique parce qu'on ne les écoute pas. Ils ne voient pas de changement, c'est de pire en pire. Les promesses non tenues, la corruption font beaucoup de mal. On ne peut pas demander aux Français de faire des efforts ("travailler plus pour gagner moins") sans montrer l'exemple. C'est désastreux. Les gens ont le sentiment que d'autres décident pour eux, alors que les résultats qu'ils obtiennent sont mauvais... Certains sont tentés de "renverser la table". Quand la raison n'a plus voix au chapitre, c'est la colère et le désespoir qui parlent. "Il faut remettre de la liberté et favoriser les initiatives au lieu de les étouffer sous des montagnes de règlements et de lois."

 

 

 

 

 

 

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