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François Hollande à Bourges

Les hommes politiques ne font rien par hasard. La visite de François Hollande aujourd'hui jeudi 27 avril 2017 à Bourges chez le missilier MBDA doit être décryptée à la lumière des résultats du premier tour des présidentielles qui ont donné un net avantage à Marine Le Pen dans le département du Cher.

Tous les habitants du Cher n'ont pas voté pour Marine Le Pen (les voix se sont aussi réparties entre Macron, Mélenchon, Fillon et les autres), mais Marine Le Pen est arrivée nettement en tête.

Les habitants du Cher ne sont certainement pas tous des "fascistes" et des nostalgiques du pétainisme ; leurs parents, leurs grands-parents ou eux-mêmes ont assez souffert de l'occupation pour rejeter le fascisme. Parisien d'origine, je vis à Bourges depuis 17 ans et on m'a raconté des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête.

Mais voilà, il y a les idées et les principes d'un côté et les souvenirs des uns et des autres, et il y a le vécu quotidien qui ne fait pas voir la vie à travers les lunettes roses de la gauche caviar parisienne et comme personne à Paris ne semble les écouter, comme les politiciens semblent se moquer de leur sort, ils font ce qu'ils peuvent.

Ils ont demandé poliment un TGV à Bourges, un rééquilibrage de l'aménagement du territoire et un peu de "justice géographique" - puisque tous les Français sont égaux et que la République est "indivisible", pourquoi on est-on condamné à vivre moins bien à Bourges qu'à Bordeaux ou à Strasbourg, à Nérondes ou à Sancoins qu'à Bourges ? - et ils n'ont rien obtenu, alors ils se sont saisis de la dernière possibilité d'attirer l'attention sur leur sort : le bulletin de vote de dimanche dernier.

Je ne sais pas s'ils ont été vraiment entendus, je ne sais pas si Emmanuel Macron, donné vainqueur du deuxième tour grâce à l'éternel chantage au fascisme les entendra davantage, ou bien, l'alerte passée, chacun retournera-t-il à ses petites affaires, "à cuire dans son petit coin sa petite soupe sur son petit feu" (Charles de Gaulle), à ses petits ou grands privilèges et à la bonne conscience inaltérable de ceux qui se sont dressés contre le "retour des heures les plus sombres de notre histoire".

Car enfin, comme je l'ai écrit dans un précédent billet, si le Front National n'existait pas, il faudrait l'inventer et c'est bien ce qu'a fait la gauche actuelle économiquement et socialement parlant, dans les pas de François Mitterrand, le Machiavel de Jarnac, lors de son second septennat, puisque nous voilà sommés de choisir entre faire passer le "fascisme" ou voter contre nos propres intérêts.

MBDA est l'une des rares boîtes qui marchent bien dans ce département en perte de vitesse qui connaît un fort taux de chômage, un vieillissement de sa population et une récession économique inéluctable ou plutôt contre laquelle on ne fait rien. Mais MBDA est une exception dans le Cher et le "ruissellement" ne fonctionne pas. MBDA profite à quelques-uns... et à MBDA.

Le département du Cher est tout à fait représentatif de ce que le sociologue Christophe Guilluy appelle "la France périphérique", celle qui perd face à la France des grandes métropoles mondialisées (Paris, Bordeaux, Lille, Strasbourg...). Les gens ici parlent du "triangle de la mort" : Bourges, Nevers, Châteauroux (la patrie de Gérard Depardieu s'en sort un peu mieux) et en ont assez de voir leurs enfants partir, de se retrouver au chômage et de vivre dans le "triangle de la mort".

François Hollande, aiguillonné par les résultats du premier tour semble se réveiller, comme un bœuf piqué par un taon (mieux vaut tard que jamais, mais c'est vraiment tard) et se rendre compte (peut-être a-t-il été informé par un député du coin, comme ces animaux préhistoriques qui disposaient d'un cerveau-relai au niveau de la queue) que la maison commençait à sentir sérieusement le brûlé.

Il est possible que le chantage au fascisme fonctionne comme d'habitude, et aussi bien que "l'assassinat politique" de François Fillon, mais je n'en suis pas absolument certain (et d'autant moins sûr que les "républicains" n'ont pas l'intention de suivre les consignes et attendent la revanche au "troisième tour", avec Marine Le Pen présidente et une cohabitation)... Et apparemment François Hollande ne l'est pas non plus.

               

 

 

 

 

 

 

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