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Henry David Thoreau, De la simplicité
Henry David Thoreau, De la simplicité

Henry David Thoreau, De la simplicité, traduit de l'américain par Louis Fabulet, Gallimard, 1922 et 2017, Morceaux choisis de Walden ou La vie dans les bois, collection l'Imaginaire, n°239, Editions Gallimard, collection Folio sagesses.

Né le 12 juillet 1817 dans le Massachusetts, Henry David Thoreau est le fils d'un marchand de crayons et le petit-fils d'un corsaire normand. Grâce à une bourse de la paroisse, il étudie à Harvard dont il sort diplômé en 1837, puis revient dans sa ville natale de Concord comme maître d'école. Il est renvoyé - ou démissionne -  au bout d'une semaine pour avoir refusé d'appliquer des châtiments corporels. Il se lie d'amitié avec Nathaniel Hawthorne et Ralph Waldo Emerson, qui l'initie au transcendantalisme, un mouvement littéraire, spirituel, culturel et religieux qui repose sur l'essence spirituelle et mentale de l'être. Après avoir été pendant quelques mois le précepteur des neveux d'Emerson, il rejoint l'entreprise familiale de crayons. En 1845, à la recherche de solitude pour écrire, il s'installe à vingt-huit ans dans une cabane en pin qu'il a construite au bord de l'étang de Walden, dans le Massachusetts. Son expérience de la solitude durera plus de deux ans et lui inspirera Walden ou La vie dans les bois, qui paraît en 1854 et rencontre un grand succès. A la même époque, il aide des esclaves noirs à s'enfuir au Canada et soutient avec ferveur les idées abolitionnistes. dès 1849, dans un texte intitulé La Désobéissance civile, il proclame son hostilité au gouvernement américain qui accepte l'esclavage et mène une guerre de conquête au Mexique. des années plus tard, Gandhi et Martin Luther King s'en réclameront... Après une vie partagée entre écriture, vagabondage et l'entreprise familiale, il meurt de tuberculose, le 6 mai 1862, en pleine guerre de Sécession. Il est aujourd'hui enterré à Concord. Outre Walden, considéré dans le monde entier comme un classique de la littérature américaine, Thoreau laisse plusieurs textes et un Journal, document exceptionnel sur les Etats-Unis du XIXème siècle, publiés après sa mort.

Note : 

Le transcendantalisme est un mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXème siècle. Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté des êtres humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions politiques et religieuses corrompaient la pureté de la nature humaine, et qu'une véritable communauté ne pouvait être formée qu'à partir d'individus autonomes et indépendants à travers des relations d'amitié épistolaire.

Le mouvement transcendantaliste trouve ses racines dans la doctrine transcendantale d'Emmanuel Kant (Critique de la Raison Pure), et plus généralement dans l'idéalisme allemand, qui furent adoptés comme alternatives à l'empirisme et au sensualisme, de Locke particulièrement, prônés par les pères des fondateurs du mouvement et par l'église unitarienne.

Les transcendantalistes voulaient fonder leur religion et leur philosophie sur des principes transcendantaux, qui reposent sur l'essence spirituelle et mentale de l'être, sans dépendre des sens ni se modifier par l'expérience des sensations. Selon Kant, tout savoir est transcendantal (ou "a priori") s'il dépend non des objets mais de notre manière d'appréhender les objets (le temps et l'espace, les catégories de l'entendement).

Les transcendantalistes ignoraient à peu près tout de la philosophie allemande et s'appuyaient sur cette question, en deuxième main, sur les travaux et écrits de Thomas Carlyle, Samuel Taylor Coleridge, Victor Cousin, ou de Madame de Staël. Ils étaient en revanche très familiers des romantiques anglais et on peut considérer à ce titre le mouvement transcendantaliste comme un romantisme tardif et américain. Il faut enfin mentionner l'influence du spiritualisme mystique d'Emmanuel Swedenborg.

La publication en 1836 de l'essai d'Emerson, Nature, est habituellement considérée comme un tournant à partir duquel le mouvement transcendantaliste devient un mouvement culturel majeur, à la hauteur de l'ambition de l'écrivain : « C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui inspire aussi tous les hommes ». L'essai se termine par un appel à une révolution de la conscience humaine à partir de la nouvelle philosophie idéaliste.

Henry David Thoreau, Margaret Fuller, Orestes Brownson, Bronson Alcott et Theodore Parker sont les autres grandes figures du transcendentalisme américain. L'essai d'Emerson intitulé Friendship (L'Amitié), qui est le sixième essai de la First Series, publié en 1841, donne la conception emersonienne de l'amitié, telle qu'il voulait qu'elle structure le cercle transcendantaliste. Dans cet essai, il souligne notamment la nécessité de ne pas trop voir en personne ses amis, mais d'entretenir des relations épistolaires avec eux, de manière à permettre à la meilleure partie de leur personne (leur intelligence) de s'exprimer, et à la partie accidentelle de leur personne (leurs faiblesses humaines) de s'estomper.

Dans le poème de l'Américain Walt Whitman intitulé Song of Myself (1881), la théorie du transcendantalisme est évoquée dans la toute première section.

Les transcendantalistes ont été fortement influencés par les philosophies orientales (bouddhisme, hindouisme, taoïsme) et grecques (notamment Pythagore et les néoplatoniciens). Henry David Thoreau avait la Bhagavad-Gîtâ comme livre de chevet et Ralph Waldo Emerson considérait le transcendentalisme comme lié, entre autres, au bouddhisme. Leurs utopies (nature, pacifisme, végétarisme…) influenceront la beat generation dans les années 50, puis les hippies dans les années 60.

Le philosophe américain Stanley Cavell redonne vigueur aux thèmes transcendantalistes, non seulement dans sa lecture de Thoreau et d'Emerson, dont il restitue la pertinence philosophique, mais aussi dans toute une dimension de la vie morale et politique qu'il appelle le perfectionnisme et qu'il voit à l'œuvre également dans la philosophie continentale. Le transcendantalisme issu d'une interprétation du romantisme allemand et anglais s'accompagnerait-il dans cette version d'un retour de la philosophie à ses sources littéraires ?

Dans son roman Valjoie (The Blithedale Romance), Nathaniel Hawthorne offre une satire du mouvement transcendantaliste, fondée sur sa courte expérience d'une communauté utopiste, à Brook Farm, appliquant les principes transcendantaux.

Ce transcendantalisme, qui embrassait tous les aspects de la vie culturelle, visait un nouvel humanisme mais était peu critique. Selon Nietzsche (1844-1900), Emerson est l'un « de ceux qui ne se nourrissent instinctivement que d'ambroisie et qui laissent de côté ce qu'il y a d'indigeste dans les choses » (Le Crépuscule des idoles, 1888). (sources : encyclopédie wikipedia et encyclopedia universalis)

Note sur la note (!) : 

Le transcendantalisme commet une erreur de compréhension de la doctrine de Kant, exposée dans La Critique de La Raison Pure. Kant remercie les sensualistes anglais, notamment John Locke et David Hume de l'avoir "réveillé de son sommeil dogmatique" et explique que la connaissance humaine dépend de trois facteurs inséparables : les formes a priori de l'aperception transcendantale (le temps et l'espace), les catégories de l'entendement (notamment la qualité et la quantité) qui sont également a priori et l'intuition sensible (les phénomènes) : "Les concepts sans intuitions sont aveugles, les intuitions sans concepts son vides." ; il se moque par ailleurs les "élucubrations mystiques"  de Swedenborg qui le fascine comme on peut l'être par son contraire (Les rêves d'un visionnaire, Vrin 1977). En fait, le transcendantalisme semble plus proche de la philosophie de Platon que de celle de Kant en ce qu'elle affirme "un monde vrai", celui  des Idées pures, au-delà du monde sensible.

Quatrième de couverture :

"Tournant le dos à la civilisation (argent, travail, réussite sociale), Thoreau s'installe seul près de l'étang de Walden. Il livre alors une réflexion à rebours de l'opinion commune : se contenter du strict nécessaire et prendre le temps de profiter de la vie et de la beauté de la nature.

Extraits :

"Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seul, dans les bois, à un mille de tout voisinage, en une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'Etang de Walden, à Concord, Massachusetts, et je ne devais ma vie qu'au travail de mes mains. J'habitai là deux ans et deux mois. A présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé.

Je n'imposerai pas de la sorte mes affaires à l'attention du lecteur si mon genre de vie n'avait été de la part des concitoyens l'objet d'enquêtes fort minutieuses, que d'aucuns diraient impertinentes, mais que prendre pour telles je juge, vu les circonstances, très naturelles et tout aussi pertinentes. Les uns ont demandé ce que j'avais à manger ; si je ne me sentais pas solitaire ; si je n'avais pas peur, etc., etc. D'autres se sont montrés curieux d'apprendre quelle part de mon revenu je consacrais aux oeuvres charitables ; et certains, chargés de famille, combien d'enfants pauvres, je soutenais. Je prierai donc ceux de mes lecteurs qui ne s'intéressent point à moi particulièrement de me pardonner si j'entreprends de répondre dans ce livre, à quelques une de ces questions..."

"Je gagnai les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n'affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu'elle avait à enseigner, non pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n'avais pas vécu."

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