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L'homme est un être biologique, un animal comme les autres, mais il est aussi un être de culture. Beaucoup de penseurs modernes (Lucien Malson, Claude Lévi-Strauss, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty...) ont contesté la notion de "nature humaine" : il n'y a d'être humain que par accumulation d'éléments culturels, la nature en l'homme se réduisant à son anatomie et à son fonctionnement biologique ; des comportements aussi "naturels" en apparence que boire, dormir, manger (ou même respirer) portent la marque d'une culture particulière. L'homme acquiert sa véritable nature au sein d'un groupe social. Laissé à l'état de nature, l'homme serait moins qu'un animal, il n'aurait rien d'humain, comme le montre l'exemple des "enfants sauvages". L'humanité n'existe qu'à l'état de culture ; la culture est l'essence de l'homme. L'homme ne devient vraiment homme que par l'éducation (cf. le texte de Kant) ; à sa naissance, l'homme n'a presque rien d'humain, son devenir dépendra du milieu où il grandit. La culture, contrairement à la nature varie d'une société à l'autre : "le biologique ignore le culturel." (Jean Rostand)

Texte d' Emmanuel Kant sur le rôle de l'éducation :

"Un animal est par son instinct même tout ce qu'il peut être ; une raison étrangère a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instincts, et il faut qu'il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas immédiatement capable, et qu'il arrive dans le monde à l'état sauvage, il a besoin du secours des autres. L'espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d'elle même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l'humanité. Une génération fait l'éducation de l'autre."

Emmanuel Kant, Traité de pédagogie (1803), éd. Hachette, trad. J. Barni et J.-P. About, 1981

On appelle "enfants sauvages" de jeunes êtres que le sort a condamnés à vivre seuls et qui ont été longuement privés d'éducation. Lucien Malson expose les cas les plus connus : Gaspar Hauser, Amala et Kamala, Victor de l'Aveyron... les envisage d'un point de vue critique et en tire la leçon. Deux textes font suite à l'analyse de Lucien Malson, les études de Jean Itard sur le "sauvage de l'Aveyron" qui ont inspiré le film de et avec François Truffaut.

Aux terminales ST2S :

 Ce livre illustre les notions de nature et de culture que nous étudions en classe ; la préface et le chapitre I posent parfois des problèmes de compréhension. Les chapitres II et III, ainsi que le Mémoire et le Rapport du docteur Itard sont très abordables.

 L'exemple des "enfants sauvages" comme Gaspar Hauser, Amala et Kamala, Victor de l'Aveyron, tranche la question de savoir s'il existe une "nature humaine" : un enfant élevé en dehors de tout contact  avec la société ne deviendra jamais un être humain (stature verticale, langage, etc.).

 Il n'est ni vraiment un être humain, ni vraiment une bête (ses chances de survie sont très faibles), mais un monstre. On peut dire que les "tropis" (voir l'article précédent : Les animaux dénaturés de Vercors) sont plus "humains" que Victor de l'Aveyron quand on l'a découvert. L'humanité de l'homme ne se réduit pas à des critères biologiques et anatomiques (souvenez-vous de la discussion entre les experts dans Les animaux dénaturés), les caractères biologiques et anatomiques sont nécessaires, mais non suffisants : Victor possède les organes phonatoires en bon état, mais ne peut pas parler.

Contrairement à ce que pensait le docteur Pinel auquel il avait été confié tout d'abord, Victor n'était pas un arriéré profond et ne présentait pas de lésions cérébrales ; son comportement "bestial" venait de son absence d'éducation et de son isolement, la preuve en est que le docteur Itard parvint à lui faire faire des progrès significatifs (souvenez-vous du film que vous avez vu l'année dernière).  On ne naît pas homme, on le devient.

Organisation de l'ouvrage :

Introduction : les enfants sauvages et le problème de la nature humaine

Chapitre I : L'hérédité de l'individu et l'hérédité de l'espèce

Chapitre II : Les compositions légendaires et les relations historiques

Répertoire des cas

Chapitre III : Les trois espèces d'homines feri (hommes bêtes ou hommes sauvages) et leurs plus célèbres exemples : les enfants séquestrés comme Gaspar Hauser qui ont été en contact avec des êtres humains, les enfants élevés par des animaux comme Amala et Kamala et qui n'ont pas été en contact avec des êtres humains, les enfants élevés dans la nature comme Victor de l'Aveyron.

Bibliographie

Annexe : Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron par Jean Itard (1801 et 1806)

Citations :

"C'est une idée désormais conquise que l'homme n'a point de nature, mais qu'il a - ou plutôt qu'il est - une histoire. Ce que l'existentialisme affirmait, et qui fit scandale, on ne sait trop pourquoi, naguère, apparaît comme une vérité qu'on peut voir annoncée en tous les grands courants de pensée contemporains..." (p.7)

 "On a dépensé des trésors d'imagination pour persuader, jadis, de l'action du donné biologique dans les faits ethiques. Que reste-t-il aujourd'hui de tout cela ? Absolument rien. A l'inverse, on avait affirmé l'existence d'une "nature" unissant, en dépit des différences, tous les hommes de la terre. Que reste-t-il, là encore, de cette hasardeuse notion ? Peut-être pas grand chose." (p. 31)

 "L'homme s'évade de la prison du "maintenant" et, s'ouvrant à l'idée d'un temps sans limites, a pu former le concept de Dieu, fabriquer des outils destinés à en fabriquer d'autres, et disposer du langage, qui implique la conscience du possible et l'installation dans le virtuel." (p. 36)

 "Même isolées dès la naissance, les bêtes - quelque grave dommage qu'elles subissent en la circonstance - conservent des instincts très nettement déterminés. D'autres instincts en elles se réveillent du reste si, après domestication, le hasard les rejette à l'existence sauvage. Rien de tel, dit Lévi-Strauss, ne peut se produire pour l'homme car dans ce cas il n'existe pas de comportement naturel de l'espèce.

 "L'homme sans la société des hommes ne peut être qu'un monstre parce qu'il n'est pas d'état préculturel qui puisse apparaître alors par régression. Les enfants "sauvages", ceux qui ont été privés trop tôt par hasard ou par dessein de l'atmosphère éducative humaine, ceux que l'on a abandonnés et qui ont survécu à l'écart par leurs propres moyens, sont des phénomènes de simple difformité.

 On se tromperait, dit encore Lévi-Strauss, si l'on voulait voir en eux "les témoins fidèles d'un état antérieur", soit voir en eux la nature avant toute culture. Les enfants sauvages, ceux que Ruyer appelle plaisamment les "enfants Tarzan" - qui n'ont d'ailleurs, nous le montrerons, aucune parenté psychologique avec le héros mythique et rousseauiste - nous donneraient la preuve ultime, s'il en était besoin, que l'expression "nature humaine" est absolument vide de sens." (p. 40)

 "Paul Sivadon, évoquant "l'histoire de Kamala", rappelait "que l'on ne peut dissocier les problèmes organiques des problèmes psychologiques." Il concluait : "L'homme se distingue de l'animal par le fait qu'il naît prématuré. Sa personnalité s'élabore, après la naissance, dans une série de matrices culturelles qui sont aussi importantes pour son développement que la matrice maternelle. Ce sont les relations émotionnelles qu'il entretient au cours des deux premières années avec sa mère qui conditionnent toute sa vie affective. C'est l'apprentissage du langage en temps voulu qui conditionne toute sa vie intellectuelle

Ceci pour dire qu'un enfant, normal à la naissance, peut devenir pratiquement idiot si les conditions de son éducation sont défavorables. Cette notion est essentielle: la personnalité se développe dans la mesure où le milieu, par sa valeur éducative, offre à l'enfant les apports culturels convenables au moment opportun." (p. 89)

 

 

 

 

 

 

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