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Michel Gribinski, Qu'est-ce qu'une place ?
Michel Gribinski, Qu'est-ce qu'une place ?

Michel Gribinski, Qu'est-ce qu'une place ? Editions de l'Olivier, penser/rêver, 2013

Michel Gribinski est membre de l'association psychanalytique de France. Il a notamment publié Le trouble de la réalité, Les séparations imparfaites, Dialogue sur la nature du transfert (avec Josef Ludin), Où est le passé (avec Pierre Bergounioux), Les scènes indésirables. Il dirige la revue penser/rêver et la collection d'essais du même nom aux Editions de l'Olivier.

Table des matières :

Qu'est ce qu'une place ? - Dépaysement - Anatomie animique - La place dispersée - Tâtonnements - Histoire du jeune homme pauvre - Défaite - Courir le temps - La place qu'on a eue, qu'on n'a pas eue - Deux semaines de porosité

"On occupe la place où un acte vous pousse comme ça, de droite ou de gauche, de bric ou de broc. Il s'est trouvé des circonstances qui étaient telles que ce à quoi, à vrai dire, je ne me croyais pas du tout destiné, eh bien, il a fallu que j'en prenne la corde en main (...) Il y a des places dont j'ai parlé tout d'abord, les places topologiques, les places dans l'ordre de l'essence, et puis il y a les places dans le monde. Ca s'acquiert en général du fait de la bousculade. Ca laisse de l'espoir, en somme. Tous autant que vous êtes, avec un peu de chance, vous finirez toujours par occuper une certaine place. Ca ne va pas plus loin." (Jacques Lacan, "Place, origine et fin de mon enseignement", in Mon enseignement, Le Seuil, 1967)

"Qu'est-ce qu'une place ? est une tentative d'illustrer et d'ouvrir la question que l'on se pose, plus particulièrement aujourd'hui, quand on vient demander l'aide du psychanalyste, mais aussi dans d'autres situations de la vie : l'impression de ne pas vraiment avoir sa place, de n'être « à sa place » nulle part, le sentiment d'être toujours plus ou moins à côté de soi, déplacé. La vie que l'on s'est construite pouvait même sembler réussie -  mais on n'y est pas : le désir est ailleurs. Où ? À quel endroit que l'on ne voit pas, à quelle place qu'il serait peut-être simple de prendre ?

Mais qu'est-ce qu'une place ? Cet essai, plutôt que d'apporter des réponses didactiques, met le lecteur au contact de la question, la lui fait éprouver au moyen de récits où l'on entend l'auteur en personne, et qui répondent à un ordre discret mais précis. Différentes occurrences se succèdent et se font écho en effet, de la place de l'analysant pour l'analyste à celle du transfert pour les deux, mais aussi de la place très concrète d'un jeune homme anonyme dans les bras d'une prostituée à celle plus littéraire que des auteurs célèbres ont désiré occuper près de leur mère, et à d'autres situations encore où la question titre est là aussi mise au travail.

L'étrange fêlure qui fragilise toujours le sentiment d'être à sa propre place est finalement déplacée, et l'essai traite alors de l'étonnement qu'il y a d'être au contraire chez soi ailleurs, dans la nuit et le rêve, dans le souvenir, le passage du temps. Et du trouble qu'il y a de trouver sa place dans le seul temps réel qu'est le présent."

Citations :

"Aujourd'hui la tendance des nouvelles théorisations analytiques est de proposer que, si le thérapeute y met un peu du sien, ça se ressoudera. Or le clivage est structure, et si l'on tente de le souder, on crée des tensions qui se manifesteront vivement où et quand elles le pourront." (p.18)

"Psyché est étendue." (Freud, dans une note manuscrite non publiée citée par l'auteur).

Remarque personnelle : cette remarque sibylline a fait l'objet de multiples interprétations ; certains y voient un critique du dualisme cartésien (la distinction entre la pensée et l'étendue, l'âme et le corps), d'autres une allusion au divan sur lequel s'étend le patient durant la séance psychanalytique, d'autres encore une allusion au symptôme hystérique. Ces interprétations ne s'excluent pas les unes les autres.

"La claire contrée du silence." (p.24)

"L'induction, la déduction, l'abduction (deviner)" (p.25)

"La vie est musicale, on le sait, elle n'aime pas s'appesantir sur ses thèmes principaux, sur ses phrases les plus intenses. Elle se contente de les dérober." (p.26)

'Moi jamais content rester même chose." (Jean Tardieu, cité p. 28)

"Le moi est avant tout un moi corporel, il n'est pas seulement un être de surface, mais il est lui-même la projection d'une surface." (p.32)

"On a découvert des choses inouïes. On sait désormais que le centre est situé à la périphérie, et que le moi a une structure d'enveloppe, que le cerveau est un être de surface, que la pensée est une affaire de relation entre des surfaces changeantes, des nuages disait Lyotard..." (p.36)

"Il n'y  a pas de synagogue, pas d'ecclesia, pas de polis, pas de communauté ethnique qui ne vaille d'être quittée (...) Une nation est un endroit qu'il vaut toujours la peine de quitter, parce qu'elle se conduira toujours de façons qui peuvent ou doivent finir par nous paraître inacceptables." (George Steiner, cité p.39)

"Il n'y a pas de vie de l'esprit sans dissidence." (p.39)

"Le monothéisme juif est une forme d'athéisme." (p.41)

"Le purgatoire est le compromis par excellence." (p.47)

"Le souvenir est la vie même, mais d'une autre qualité (Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, cité p.49)

"Lorsque mon "autre moi" devient mon compagnon, je sais que je suis à ma place. (p.52)

"La couleur brune est la couleur de la désindividualisation dans le cauchemar. (ibidem, à propos de Robert Louis Stevenson)

"Que serait-ce qu'une place, si un rêve ne pouvait l'occuper ?" (p.56)

"Que deviennent les projets empêchés ? demandait Freud avant l'invention de l'inconscient. Et il répondait : "Ils mènent dans une sorte d'empire des ombres une existence précaire et insoupçonnée, jusqu'au moment où ils s'avancent au premier plan comme un fantôme et s'emparent du corps." (p.65)

"Une question est une gêne." (p.67)

"Il est clair que les enfants savent dire avant de parler. L'arrivée de la parole va tout compliquer. C'est que parler, c'est aimer..." (p.73)

"Je suis stupéfait de découvrir le vide qui peut exister entre deux générations alors que chacun de nous tient, par ses gènes, sinon par son éducation, une ressemblance avec ses parents." (Georges Simenon, cité p.82)

"Chercher une place empêche qu'on la discerne." (p.84)

"Pour accepter de percevoir et de comprendre les problèmes spécifiques de la fille par rapport à la mère, il ne suffit pas d'être une femme : encore faut-il ne pas idéaliser la féminité." (p.86)

"(...) il en va autrement pour un fils, car l'idéalisation de la féminité tient tant bien que mal la sienne propre, de féminité, à l'écart. sans quoi ça fait des mélis-mélos." (p.86-87)

"Porosité est la loi de cette vie qu'on redécouvre inlassablement. Un grain de dimanche se cache dans chaque jour de semaine et combien de jours de semaine dans ce dimanche ? " (Walter Benjamin, "Naples", cité p.89)

"Le présent est la seule place réelle pour chacun." (p.90)

"La difficulté d'être semble définir l'espèce humaine, a l'air d'en constituer l'essence même." (p.90)

"Il n'y a pas de sens du sens." (p.91)

"Ce que l'on ne peut atteindre en volant, il faut l'atteindre en boitant." (citation de Friedrich Rückert par Freud à la fin de Au-delà du principe de plaisir, cité, p.91)

"Le petit héros du Garçon qui voulait dormir d'Appelfeld parle de la honte des muets quand, à l'enterrement de Marc, ses camarades ne savent quoi dire, et qu'un adolescent récite soudain le Kaddish, discrètement, avec la simplicité et la concentration et le sérieux des enfants..." (p.96)

"L'âme sans l'inanimé manque son but, manque d'intérêt." (p.98)

"Si l'on vit - et si l'on meurt - c'est grâce à la porosité des deux sortes de pulsions, et parce que la porosité donne pleinement sa chance à l'improvisation : la combinaison des pulsions a lieu comme entre la construction et la décrépitude, en improvisant entre les deux..." (p.100)

"Gribbin écrit qu'il n'y a pas de limite nette entre le vivant et l'inerte et que le "fait que la frontière entre le vivant et l'inerte soit floue, et qu'on ne puisse sans discussion décider de son tracé" constitue en soi une découverte - découverte que le psychanalyste qui lit L'au-delà du principe de plaisir a faite dans l'entremêlement même des deux types de pulsion." (p.103)

"Le cauchemar est lui aussi un phénomène fonctionnel où l'on s'aperçoit que l'on est poreux au néant." (p.104)

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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