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Simone Weil, La personne et le sacré
Simone Weil, La personne et le sacré

Simone Weil, La personne et le sacré, préface de Giorgio Agamben, Editions Payot et Rivages, Paris, 2017

Simone Adolphine Weil est une philosophe, humaniste, écrivaine et militante politique française, sœur cadette du mathématicien André Weil, née à Paris le 3 février 1909 et morte à Ashford (Angleterre) le 24 août 1943. Bien qu'elle n'ait jamais adhéré explicitement au christianisme, elle est reconnue et elle se considérait, comme une mystique chrétienne.

Quarième de couverture (début de la préface de Giorgio Agamben) :

"L'essai sur La personne et le sacré, qu'a écrit Simone Weil à Londres dans la dernière année de sa vie, ne cesse de nous interpeller pour au moins deux raisons. La première est la critique sans réserve du concept de personne qui, à plus d'un demi siècle de distance, n'a rien perdu de son actualité. La seconde - sans doute tout aussi actuelle - est la recherche acharnée et passionnée d'un principe qui se place au-delà des institutions, du droit et des libertés démocratiques, et sans lequel celles-ci perdent tout sens et toute utilité. Ces deux raisons - qu'illustrent en quelque sorte les deux termes du titre de l'essai - s'y trouvent aussi étroitement liées que la trame et la chaîne d'un tissu et, si nous tentons ici de les distinguer, le lecteur ne devra pas oublier que, dans la pensée profonde de Simone Weil, elles sont en réalité inséparables..."

Mon avis :

Ce petit livre peut servir d'introduction à la lecture de L'enracinement (cf compte-rendu en lien sur ce blog) dont il permet de mieux cerner l'idée fondamentale d'un au-delà du droit et d'une critique de la notion de personne. Cette critique a suscité bien des malentendus, d'autant que Simone Weil s'en prend aussi à cette "vache sacrée" de la pensée moderne, hérité de la Révolution américaine, puis française : "les droits de l'homme".

Pour Simone Weil, la personne n'est pas sacrée par elle-même et les droits de l'homme  doivent être fondés dans une réalité qui les dépasse et qu'elle appelle, au début de L'Enracinement, à mon avis faute de mieux, l'"obligation".

Giorgio Agamben fait remarquer dans la préface de La personne et le sacré que pour les juristes, la notion d'obligation n'est rien d'autre que l'envers du droit.

Mais pour Simone Weil, la notion d'obligation ne relève pas du droit, elle est au-delà du droit. Elle se réfère à la figure d'Antigone (la Loi non écrite contre la Loi écrite) et à la question "enfantine" du Christ : "Pourquoi me faites-vous du mal ?" (et non pas : "Vous n'avez pas le droit de me faire du mal)

"Il est singulier que, tout en évoquant à plusieurs reprises la relation de la personne avec le droit ("la notion de droit entraîne naturellement à sa suite (...) celle de personne") et, à la fin de son essai, avec la théologie chrétienne, Simon Weil n'en retrace pas plus particulièrement la double généalogie, qui, en la liant génétiquement à ces deux domaines, livre aussi les raisons de son succès incontesté et, en même temps, de ses apories." (p.13)

La lecture de la préface de Giorgio Amgamben : "Au-delà du droit et de  la personne" est très éclairante, dans la mesure où le préfacier explicite ce que Simone Weil ne fait qu'effleurer à la fin de son essai, notamment l'origine théologique (l'unicité de la Trinité) de la notion de personne et sur laquelle elle ne s'étend pas.

Le mot "personne" rappelle Giorgio Amgamben vient du latin "persona" qui désigne le masque de théâtre. C'est donc quelque chose d'étranger qui se surajoute au corps. "Personne" (persona) traduisant le mot grec "hypostasis" (hypostase) qui n'a rien à voir avec le masque de théâtre.

"En séparant le sujet de son corps, les juristes transformèrent le masque de l'acteur en quelque chose qui est peut-être le concept fondamental du droit : "la personnalité juridique", la capacité d'accomplir des actes juridiquement valides. Avoir ou ne pas avoir une persona (personam habere ou non habere) ne coïncide pas du tout avec l'homo, avec l'être vivant comme tel : cela signifie être capable d'agir juridiquement (ce qui exclut les esclaves, les femmes et les enfants)" (p.13-14)

"Il n'est guère surprenant, poursuit le préfacier que la prétention moderne de faire d'un terme désignant le "masque" juridique revêtu par l'homme quand il entre dans le droit l'expression du statut qui lui revient immédiatement en tant qu'être vivant - ou, pire, une catégorie morale - dût aboutir à des contradictions insolubles." (p.14)

Giorgio Amgamben explique ensuite que la théologie catholique a hérité de cette étymologie latine : "en cherchant l'équivalent latin du terme grec hypostatis (hypostase), Boèce décide de recourir à un terme dont l'origine théâtrale et juridique lui était parfaitement familière : persona."

Boèce est conscient du fait que le mot "persona" ne recouvre pas exactement, voire pas du tout le mot grec "hypostasis", la substance individuelle d'une nature rationnelle qu'il juge même "bien plus pertinente", mais c'est le mot "personne" qui a prévalu et ce choix, selon le préfacier, a déterminé le caractère problématique du sujet moderne où convergent, contradictoirement le masque de théâtre, la personnalité juridique et la théologie unitrinitaire." (p.15-16)

 

 

 

 

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