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François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, commentaire d'un extrait ("Thérèse... je voulais vous demander...")
François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, commentaire d'un extrait ("Thérèse... je voulais vous demander...")

François Mauriac,Thérèse Desqueyroux, Editions Gallimard, Le Livre de Poche

François Mauriac, né le 11 à Bordeaux et mort le  à Paris, est un écrivain français. Lauréat du Grand prix du roman de l'Académie française en 1926, il est élu membre de l'Académie française au fauteuil no 22 en 1933. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1952.

Thérèse Desqueyroux est un roman de François Mauriac paru en 1927. En 1950, ce roman fut inclus dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle. Il a été aussi adapté au cinéma en 1962 par Georges Franju et en 2012 par Claude Miller.

L’histoire :

Thérèse est une jeune provinciale cultivée et intelligente, issue de la petite bourgeoisie landaise. Elle  épouse par conformisme, par intérêt financier, mais aussi par besoin d’émancipation, Bernard Desqueyroux, un propriétaire terrien insignifiant et sans charisme. Très rapidement, la vie conjugale du couple n’est plus que solitude, faux-semblants et absence de dialogue. Thérèse pose alors un regard désenchanté sur son mariage : il est devenu une prison, l’hypocrisie est son lot quotidien, la désespérance ou l’ennui son unique horizon. Dans son isolement, elle cultive bientôt des envies de meurtre. Elle essaye d’empoisonner son mari, échoue. Et la voilà inculpée de tentative d’homicide.  Bernard, pour éviter un scandale qui ternirait durablement sa réputation et celle de sa famille, préfère étouffer l’affaire : il dépose en faveur de la jeune femme. Le juge prononce donc un non-lieu et Thérèse doit retourner vivre sous le même toit que son mari… Sur le trajet, elle se remémore son parcours de vie, met de l’ordre dans ses pensées et essaye de préparer une ligne de défense crédible. Elle tente de se donner une contenance, lutte contre ses appréhensions : comment va-t-elle être accueillie dans ce village étouffant, dans cette maison qui n’est pas la sienne, dans cette famille qu’elle déteste ? Quelle attitude va adopter Bernard : un pardon, de l’indulgence, est-ce même encore envisageable ? Saura-t-il écouter sa confession ou s’achemine-t-elle vers une impasse dramatique? 
 

Sujet : Vous ferez le commentaire littéraire du texte du chapitre XIII de Thérèse Desqueyroux de François Mauriac qui commence à "Thérèse... je voulais vous demander" jusqu'à "Parlez plus bas : le monsieur qui est devant nous s'est retourné." Vous expliquerez de quelle manières Mauriac met en valeur l'héroïne du roman dans ce texte. Vous montrerez que Bernard reste à la fois le personnage rustre rencontré tout au long du roman, mais que lui aussi a évolué grâce à son histoire personnelle.

__ << Thérèse... je voulais vous demander... >> 
Il détourna les yeux, n'ayant jamais pu soutenir le regard de cette femme, puis très vite : __ << Je voudrais savoir... C'était parce que vous me détestiez ? Parce que je vous faisais horreur ? >> 
Il écoutait ses propres paroles avec étonnement, avec agacement. Thérèse sourit, puis le fixa d'un air grave : Enfin ! Bernard lui posait une question, - celle même qui fût d'abord venue à l'esprit de Thérèse si elle avait été à sa place. Cette confession longuement préparée, dans la victoria, au long de la route du Nizan, puis dans le petit train de Saint-Clair, cette nuit de recherches, cette quête patiente, cet effort pour remonter à la source de son acte enfin ce retour épuisant sur soi-même était peut-être au moment d'obtenir son prix. Elle avait, à son insu, troublé Bernard. Elle l'avait compliqué ; et voici qu'il l'interrogeait comme quelqu'un qui ne voit pas clair, qui hésite... Moins simple... donc, moins implacable. Thérèse jeta sur cet homme nouveau un regard complaisant, presque maternel... (texte intégral sur le site : association@lyon : Thérèse Desquieyroux de François Mauriac)

Devoir d'élève : 

François Mauriac, auteur de Thérèse Desqueyroux, titre éponyme, est un romancier du XXème siècle. Il obtint le Prix Nobel de Littérature en 1952.

Thérèse Desqueyroux est inspiré de l'histoire réelle d'Henriette Canaly, accusée d'avoir voulu empoisonner son mari Emile Canaly en 1905. Dans l'extrait étudié, dernier chapitre du roman, Bernard Desqueyroux, le mari de Thérèse, tente d'avoir une explication sur la tentative d'empoisonnement commis par son épouse sur sa personne.

Dans un premier temps, nous étudierons de quelles manières François Mauriac met en valeur l'héroïne du roman, puis nous montrerons que Bernard reste un rustre, mais qu'il a aussi évolué grâce à son histoire personnelle.

Mauriac met en valeur l'héroïne dans la mesure où, tout au long du passage, elle reste maîtresse de la situation. En effet, Bernard demeure intimidé : "n'ayant jamais pu soutenir le regard de cette femme", ce qui montre la force de caractère de Thérèse. Cependant, l'héroïne fait preuve de calme : "sourit", "le fixa". Le narrateur souligne sa capacité de réflexion et d'auto-analyse grâce à la gradation : "nuit de recherche", "quête patiente", "effort pour remonter à la source de son acte", mettant en valeur son intelligence. De même, elle prévoit la question de Bernard : "une question, celle même qui fût d'abord venue à l'esprit de Thérèse". L'auteur suggère que Thérèse a eu de l'influence sur son mari à travers le champ lexical du doute : "interrogeait", "hésite", ce qui en a fait un "homme nouveau". Enfin, l'expression "presque maternel" : "Thérèse jeta sur cet homme nouveau un regard complaisant, presque maternel" change la situation femme-mari en situation mère-enfant, soulignant la supériorité de Thérèse.

Malgré cette apparence forte et invincible, Thérèse n'en reste pas moins humaine, éprouvant des sentiments divers. En effet, le narrateur met en valeur la profondeur psychologique de Thérèse et la variété de ses sentiments. Tout d'abord, elle éprouve un sentiment d'enlisement : "s'y jeter", "s'y débattre", "boue", "enlisement" lorsque Bernard l'interroge sur les mobiles de son acte. Elle cherche à échapper à ce sentiment d'enlisement en aspirant à la sainteté : "méditation", "recherche de Dieu", qui montre la volonté de Thérèse de mener une autre vie et d'obtenir le pardon, de sortir de cet "enlisement".

Cependant, l'héroïne apparaît d'une sincérité déconcertante lors de l'explication de son geste : "pour voir dans vos yeux une inquiétude, une curiosité", "tout ce que depuis une seconde j'y découvre", mettant en avant le désir de se faire comprendre et peut-être d'être pardonnée. Le champ lexical du combat souligne la difficulté de trouver une raison à son geste. Enfin nous pouvons remarquer la relation inégale entre Bernard et Thérèse. Thérèse comprend Bernard, mais Bernard ne comprend pas Thérèse.

Bien que Thérèse soit mise en valeur dans ce texte, Mauriac nous montre que Bernard, de nature rustre, a un peu évolué grâce à son histoire personnelle.

Bernard n'est pas à la hauteur de Thérèse. En effet, nous pouvons remarquer la moquerie dont il fait preuve à son égard à propos de l'explication de sa tentative d'empoisonnement : "ricanait", "riait de son stupide rire..." De plus, l'assurance dont il fait preuve : "sûr de soi", "ne s'en laisse pas compter", renforce le fait qu'il ne la croit pas. Effectivement, Bernard demande six fois à Thérèse une explication plausible. Cette insistance montre son incompréhension. Nous pouvons nous demander, par ailleurs, si Bernard considère toujours Thérèse comme sa femme. Cette remise en question de sa situation matrimoniale est renforcée par le mépris dont Bernard fait preuve envers Thérèse : "cette folle", "ces détraquées". Enfin, Bernard accorde beaucoup d'importance aux convenances : "Parlez plus bas, le monsieur qui est devant nous s'est retourné.", ce qui souligne le caractère secondaire de l'explication du geste et donc de sa femme, par rapport à l'importance du regard des gens. On peut donc dire que Bernard  se pose des questions, mais qu'il est resté fondamentalement le même homme, qu'il n'a pas vraiment évolué.

François Mauriac a mis en valeur Thérèse et montré que Bernard a un peu évolué grâce à son histoire personnelle, mais qu'il est resté tout de même un personnage rustre ; il est simplement plus sceptique,  un peu moins sûr de lui. Nous aurions pu espérer, à la faveur de cet échange entre Thérèse et Bernard,  que cet homme ait plus de compassion pour sa femme et qu'ils trouveraient un terrain d'entente, mais notre attente est déçue. La vision de François Mauriac de la communication entre les êtres, notamment entre l'homme et la femme,  demeure profondément pessimiste.

 

 

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