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Hommage à Joe Bousquet, le "voyageur immobile" de Carcassonne
Hommage à Joe Bousquet, le "voyageur immobile" de Carcassonne

Joe Bousquet, peint par Hans Belmer en 1945

Joe Bousquet est un poète français, né à Narbonne (Aude), le 19 mars 1897 et mort à Carcassonne (Aude), le 28 septembre 1950. Blessé au printemps 1918, à 21 ans, atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande. Paralysé à hauteur des pectoraux, il perd l'usage de ses membres inférieurs et reste alité toute sa vie à Carcassonne, au 53 rue de Verdun, dans une chambre dont les volets sont fermés en permanence (la Maison des Mémoires, conservée en l'état où se trouve une exposition permanente sur son œuvre). Avec ses amis François-Paul Alibert, Ferdinand Alquié, Claude-Louis Estève et René Nelli, il fonde en 1928 la revue "Chantiers". Dans les années quarante, la revue Les Cahiers du Sud le charge d'un "Cabinet de lectures" dont il s'occupe avec Francine Bloch, premier chroniqueur principal de la revue. Il est en relation épistolaire avec de nombreux écrivains et artistes dont Paul Éluard, Max Ernst et Jean Paulhan. Il écrit constamment son prénom « Joe », sans tréma. De ce point de vue, la forme imprimée « Joë », avec tréma, qui est devenue usuelle du vivant de l'auteur, n'en est pas moins fautive. Joe Bousquet laisse donc une œuvre poétique considérable. Une rue porte son nom à Carcassonne ainsi qu'une place à Villalier (Aude). Son corps repose dans le cimetière de Villalier. (source : babelio)

 

Hommage à celui qui ne pouvait plus voyager que dans sa tête, Joe Bousquet, le « voyageur immobile » de Carcassonne.

« Tout semble perdu, mais il nous reste l’issue de sauver le mal. » (Joe Bousquet)

La mort ne voulait pas de toi qui la bravais en bottes rouges, à sept lieues à la ronde. La balle qui traversa ta poitrine avait tracé un sillon fatal au-dessus des blés avant de te clouer pour toujours à ce lit de souffrance où tu n’as fait que changer de champ de bataille.

Tu n’étais jamais seul dans cette chambre aux volets clos avec ton ange contre ta tempe et le sourire de tes amoureuses… « Elles m’ont donné ce qu’elles ne donnent à personne, et j’ai compris qu’il y avait un ciel dans leurs yeux dont leur regard n’était que le crépuscule. »

La pluie moirée de la tenture était lourde du poids des mondes. Pour consoler ton corps immobile, fauché dans la fleur de l’âme, les ailes des fées du pays d’oc bleuissaient le silence peuplé de livres. Alors du rechaussais tes bottes rouges et tu marchais à l’intérieur de toi-même, dans la forêt endormie de Max Ernst, ton rempart contre le malheur.

Parlerais-je de tes songes de morphine et d’opium, de tes « tisanes de sarments », viatiques de l’explorateur que tu songeais parfois à retourner contre toi-même quand la douleur était trop forte ?

Scaphandrier des profondeurs, tu buvais à la source noire, au seuil de la nuit sacrée de Novalis où nage un poisson d’or et que tout homme aspire à connaître…

Allégeance au souverain de la douleur ! Mais tu étais comme tous les hommes, Joe Bousquet, car tout homme est blessé.

Voyageur immobile mais rapide comme l’éclair, ta plume en guise de bourdon, pèlerin de la Vierge noire à qui tu rendis ses diamants, l’amour lointain des troubadours ciselait ton profil d’alchimiste. Le plomb de ton malheur pour lequel tu n’avais pas de larmes s’était changé en or et ton front où bleuissaient les myosotis de Montségur abritait l’harmonie des contraires.

La balle qui traversa ta poitrine avait tracé un sillon fatal au-dessus des blés avant de te clouer à la souffrance. Mais ce ne fut que pour triompher du désastre et pour courir, à corps perdu, pieds nus comme un enfant, vers la Beauté.

 

 

 

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