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Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, travail préparatoire au commentaire d'un extrait
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, travail préparatoire au commentaire d'un extrait

Jules Verne, Vingt mille lieux sous les mers, Le Livre de Poche, illustrations Alphonse de Neuville, préface de Christian Chelebourg      

Jules Verne, ou Jules-Gabriel Verne sous son nom de naissance, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures utilisant les progrès scientifiques propres au XIXème siècle.

Vingt mille lieues sous les mers est un roman d'aventures de Jules Verne, paru en 1869–1870. Cette œuvre a fait l'objet de nombreuses adaptations au cinéma, à la télévision ainsi qu'en bande dessinée.

Résumé :

"L'apparition d'une bête monstrueuse en 1866 dans plusieurs mers du globe défraie la chronique. L'animal, rapide, fusiforme et phosphorescent, est responsable de plusieurs naufrages, brisant le bois des navires avec une force colossale. De retour d'une expédition dans le Nebraska, Pierre Aronnax, professeur suppléant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, émet l'hypothèse d'un narval géant. Les compagnies d'assurances maritimes menacent d'augmenter leurs prix et demandent que le monstre soit éliminé. Une grande chasse est alors organisée à bord de l’Abraham Lincoln, fleuron de la marine américaine, mené par le commandant Farragut. Aronnax reçoit une lettre du secrétaire de la Marine lui demandant de rejoindre l’expédition pour représenter la France. Le scientifique embarque avec son fidèle domestique flamand, Conseil. A bord, ils font la connaissance de Ned Land, harponneur originaire de Québec. Après des mois de navigation, la confrontation avec le monstre a enfin lieu, et l'Abraham Lincoln est endommagé. Un choc entre le monstre et la frégate projette Aronnax, Conseil et Ned par-dessus bord. Ils échouent finalement sur le dos du monstre, qui n'est autre qu'un sous-marin en tôle armée. Les naufragés sont faits prisonniers et se retrouvent à bord du mystérieux appareil. Ils font alors connaissance du capitaine Nemo, qui refuse de leur rendre la liberté..."

Extrait à commenter :

[Dans son ouvrage de science-fiction, Jules Verne imagine un fabuleux sous­-marin, le Nautilus, conçu et commandé par un étrange personnage, le Capitaine Nemo. Dans cet extrait, ce dernier fait visiter au narrateur, le scientifique Aronnax, les différents espaces de son sous-marin.]

"Je suivis le capitaine Nemo, à travers les coursives1 situées en abord, et j'arrivai au centre du navire. Là, se trouvait une sorte de puits qui s'ouvrait entre deux cloisons étanches. Une échelle de fer, cramponnée à la paroi, conduisait à son extrémité supérieure. Je demandai au capitaine à quel usage servait cette échelle.
  « Elle aboutit au canot, répondit-il.
– Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné.
– Sans doute. Une excellente embarcation, légère et insubmersible, qui sert à la promenade et à la pêche.
– Mais alors, quand vous voulez vous embarquer, vous êtes forcé de revenir à la surface de la mer ?
– Aucunement. Ce canot adhère à la partie supérieure de la coque du Nautilus, et occupe une cavité disposée pour le recevoir. Il est entièrement ponté2, absolument étanche, et retenu par de solides boulons. Cette échelle conduit à un trou d'homme percé dans la coque du Nautilus, qui correspond à un trou pareil percé dans le flanc du canot. C'est par cette double ouverture que je m'introduis dans l'embarcation. On referme l'une, celle du Nautilus ; je referme l'autre, celle du canot, au moyen de vis de pression; je largue les boulons, et l'embarcation remonte avec une prodigieuse rapidité à la surface de la mer. J'ouvre alors le panneau du pont, soigneusement clos jusque-là, je mâte3, je hisse ma voile ou je prends mes avirons, et je me promène.
– Mais comment revenez-vous à bord ?
– Je ne reviens pas, monsieur Aronnax, c'est le Nautilus qui revient.
– À vos ordres !
– À mes ordres. Un fil électrique me rattache à lui. Je lance un télégramme4, et cela suffit.
– En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple ! »
  Après avoir dépassé la cage de l'escalier qui aboutissait à la plate-forme, je vis une cabine longue de deux mètres, dans laquelle Conseil et Ned Land5, enchantés de leur repas, s'occupaient à le dévorer à belles dents. Puis, une porte s'ouvrit sur la cuisine longue de trois mètres, située entre les vastes cambuses6 du bord.
  Là, l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même, faisait tous les frais de la cuisson. Les fils, arrivant sous les fourneaux, communiquaient à des éponges de platine une chaleur qui se distribuait et se maintenait régulièrement. Elle chauffait également des appareils distillatoires7 qui, par la vaporisation, fournissaient une excellente eau potable. Auprès de cette cuisine s'ouvrait une salle de bains, confortablement disposée, et dont les robinets fournissaient l'eau froide ou l'eau chaude, à volonté.
  À la cuisine succédait le poste de l'équipage, long de cinq mètres. Mais la porte en était fermée, et je ne pus voir son aménagement, qui m'eût peut-être fixé sur le nombre d'hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus."

1. Coursive : couloir étroit à l'intérieur d'un navire.
2. Ponté : qui est muni d'un pont.
3. Mâter : installer le mât d'un bateau.
4. Télégramme : message envoyé à distance par télégraphe ou téléphone.
5. Conseil et Ned Land sont deux compagnons d'expédition d'Aronnax.
6. Cambuse : pièce de stockage des réserves de nourriture sur un bateau.
7. Appareil distillatoire : appareil qui permet de purifier l'eau
.

Aide au commentaire :

L'oeuvre et l'auteur : Ce texte est extrait de Vingt mille lieues sous les mers, un roman d'aventures et d'anticipation de Jules Verne, paru en 1869-70 chez l'éditeur Hetzel.

Notes : "Je travaille avec rage. Il m'est venu une bonne idée qui naît bien du sujet. Il faut que cet inconnu n'ait plus aucun rapport avec l'humanité dont il s'est séparé. Il n'est plus sur terre, il se passe de la terre. La mer lui suffit, mais il faut que la mer lui fournisse tout, vêtement et nourriture. Jamais il ne met le pied sur un continent. Les continents et les îles viendraient à disparaître sous un nouveau déluge, qu'il vivrait tout comme, et je vous prie de croire que son arche sera un peu mieux installée que celle de Noé. Je crois que cette situation "absolue" donnera beaucoup de relief à l'ouvrage. Ah ! mon cher Hetzel, si je ratais ce livre-là, je ne m'en consolerais pas. Je n'ai jamais eu un plus beau sujet entre les mains. » (Lettre à Pierre-Jules Hetzel du 28 mars 1868)

Rédigée en sa villa « La Solitude » dans la commune du Crotoy, l'œuvre ne trouve son titre définitif qu'en ce printemps de l'année 1868 ; Verne avait hésité auparavant entre Voyage sous les eaux, Vingt mille lieues sous les eaux, Vingt-cinq mille lieues sous les océans, Mille lieues sous les océans… avant d'opter pour Vingt mille lieues sous les mers (le mot lieue désigne ici la lieue métrique, égale à quatre kilomètres ; le titre indique ainsi la longueur totale du voyage et non la profondeur, soit quatre-vingt mille kilomètres).

Pierre Aronnax : Professeur suppléant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, c'est le narrateur du roman. Quadragénaire, spécialiste de minéralogie, de botanique et de zoologie, il pose sur les choses un regard à la fois averti et curieux qui explique les nombreuses digressions scientifiques du roman. Auteur d'un ouvrage à succès, Les Mystères des grands fonds sous-marins, il aura l'occasion, avec son domestique Conseil, de faire étalage de ses connaissances en ichtyologie. Il a pratiqué la médecine avant son entrée au Muséum.

Le capitaine Nemo (en latin nemo = personne au sens négatif du terme) : personnage emblématique du roman, le capitaine Nemo est un homme froid, distant, très intelligent (il était autrefois ingénieur de profession), qui déteste la race humaine pour des raisons personnelles qui sont expliquées dans le roman. D'après lui, le bonheur procuré par la vie est présent uniquement dans la mer qui recèle nourriture, énergie et multiples merveilles. Pour échapper à la « vie sur terre », rongée par la haine et les vices de l'homme, il décide, avec bon nombre de ses amis ingénieurs, de mettre au point le sous-marin Nautilus, véritable merveille technologique, dont il est nommé capitaine. Cette machine est pour lui une libération : il peut enfin vivre à son gré, loin des préoccupations futiles des hommes vivant sur la Terre. On ne sait pas quelle est sa destinée à la fin du roman.

Le thème du passage (de quoi s'agit-il ?) : Le capitaine Nemo fait visiter au professeur Pierre Aronnax son sous-marin, "Le Nautilus".

Que s'est-il passé avant ? (cf. résumé de l'oeuvre)

Le genre du texte : Il s'agit d'un roman d'aventures et d'anticipation avec une forte dimension scientifique (description de la faune et de la flore sous-marine), technologique (description du sous-marin, de son mode de propulsion, du canot, des scaphandriers...) et psychologique (la personnalité de Nemo, ses motivations). Le roman a également une dimension critique (implicitement portée par la "polyphonie énonciative" et explicitement par les péripéties elles-mêmes). L'auteur met en garde le lecteur et à travers lui l'humanité tout entière contre le pacte qui s'établit entre la science et la volonté de puissance qui caractérise l'époque moderne, en même temps que le nihilisme et le ressentiment (incarnés par le "terroriste" Nemo). Jules Verne y prévoit (déjà !) les catastrophes écologiques (la prolifération des méduses) engendrées par l'action humaine. Nemo incarne l'anonymat (nemo = personne) de la technique, son autonomie par rapport à l'homme et sa "neutralité axiologique", son "a-moralité". Elle est le véritable "subjectum" du monde moderne. "L'ego cogito" (l'âme, la pensée) n'en sont  plus que les sujets apparents.

Les registres :

  • Didactique : le capitaine Nemo explique au professeur Aronnax la configuration et le fonctionnement du sous-marin. Il se comporte comme un professeur vis-à-vis d'un élève ou d'un étudiant, voire d'un "confrère" ignorant ce qu'est un sous-marins, mais suffisamment savant (Aronnax est biologiste) pour comprendre ses explications.
  • Lyrique : le texte évoque les sentiments d'admiration du professeur Aronnax : "En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple !"
  • Dramatique : Aronnax, Conseil et Ned Land sont désormais prisonniers du  Nautilus.
  • Tragique : Les trois "naufragés" ne pourront quitter le sous-marin que lorsqu'ils seront morts.
  • Comique (tragi-comique) : "Après avoir dépassé la cage de l'escalier qui aboutissait à la plate-forme, je vis une cabine longue de deux mètres, dans laquelle Conseil et Ned Land, enchantés de leur repas, s'occupaient à le dévorer à belles dents. Puis, une porte s'ouvrit sur la cuisine longue de trois mètres, située entre les vastes cambuses du bord. Le comique vient du fait que le harponneur canadien Ned Land et Conseil, le domestique du professeur Aronnax, vivent dans le présent, ne voient que le bon côté des choses et n'ont pas vraiment conscience de la situation. Ils représentent dans le roman "l'humanité moyenne" vers laquelle va la sympathie de l'auteur.
  • Ironique : l'ironie se rattache à la "polyphonie énonciative" : la "voix" de l'auteur "déconstruit" ("grisé", "merveilles" "simple") la naïveté lyrique du narrateur : "En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple !"
  • Argumentatif : Nemo cherche à produire un effet sur Aronnax en l'amenant à admirer les "merveilles" qui l'entourent et du même coup son génie créateur. Mais en vertu de la polyphonie énonciative, l'auteur cherche de son côté à mettre le lecteur en garde contre la séduction du créateur et de ses créations.

Le lyrisme d'Aronnax et le didactisme de Nemo s'opposent au tragique de sa situation, autant que le comportement prosaïque de Ned Land et de Conseil.

La situation d'énonciation : Les interlocuteurs, le thème de la conversation, le lieu et le temps ne posent pas de problème, mais on doit s'interroger sur les statuts respectifs des locuteurs, sur les motivations de Nemo et sur son rapport à Aronnax.

Le schéma actantiel : La relation Nemo/Aronnax est asymétrique.  Nemo maîtrise à la fois l'axe du savoir et l'axe du pouvoir (cf. l'emploi du conditionnel passé à la fin du passage).

Le point de vue narratif : les choses sont vues à travers le regard du professeur Aronnax (focalisation interne) auquel le lecteur s'identifie. Ni Ned Land, ni Conseil, hommes simples et pragmatiques habités par d'autres désirs : la liberté, l'aventure véritable, le retour dans leur foyer ("Heureux qui comme Ulysse..."), ni même les hommes d'équipages ne sont "grisés par ces merveilles" auxquelles ils sont habitués depuis longtemps. 

Nemo suscite l'enthousiasme d'Aronnax pour justifier, soutenir, voire  même "ressusciter" la "désirabilité" du monde dans lequel il vit (lui redonner un semblant de sens en dehors de la destruction terroriste). C'est la raison essentielle de l'accueil des "naufragés" qu'il aurait pu tout aussi bien éliminer comme les autres et de la visite du sous-marin.

Les types de textes : 

  • Récit
  • Description itinérante
  • Dialogue

Les champs lexicaux (certains mots se retrouvent dans plusieurs chambres lexicaux) :

  • La marine : "coursives", "abord", "navire", "cloisons étanches", "échelle", "canot", "embarcation", insubmersible", "embarquer", "coque", "ponté", "étanche", "boulons", "vis de pression", "pont", "mâter", "voile", "avirons", "cabine", "cambuses", "poste de l'équipage", "manoeuvre"
  • La maison : "puits", "cuisine", "fourneaux", "salle de bains", "robinets",
  • Les loisirs : "promenade", "pêche", "se promener"
  • L'énergie (la chaleur) : "électrique" (deux fois), "gaz", "communiquaient", "chaleur", "se distribuer", "chauffer", "appareils distillatoires", "vaporisation"
  • Le mouvement : "suivre", "arriver", "s'ouvrir", "conduire" (deux fois), "aboutir", "servir", "s'embarquer", "revenir", "s'introduire", "refermer", "larguer", "remonter", "ouvrir", "hisser", "prendre", "se promener", "revenir" (trois fois), "lancer", "dépasser", aboutir", s'ouvrir", "faire", "arriver", "communiquer", "se distribuer"
  • La fixité : "cramponnée", "adhérer", "retenu", "boulons", "vis de pression", "soigneusement clos", "fermé
  • Les inventions technologiques : "fil électrique", "télégramme", "électricité", "gaz", fils", "fourneaux", "éponges de platine", "appareils distillatoires", "vaporisation"
  • L'obéissance : "servir", "retenu", "obéissante" (l'électricité), "fournir",
  • La sécurité, le confort : "cloisons étanches", "cramponnée", "insubmersible", "excellente" (embarcation), "adhérer", "disposée à la recevoir", "absolument étanche", "absolument", "entièrement", "solides (boulons) "soigneusement clos", "ordres",  "se rattacher", "suffire", "simple", "obéissante", "faire les frais", "chaleur", "régulièrement", "excellente" (eau potable), "confortablement" (disposée), "à volonté", "aménagement"
  • L'émerveillement : "Quoi!", "étonné", "gris", "merveilles", "prodigieuse" (rapidité) ; la technique garde pour Aronnax une dimension "surnaturelle" ("la fée électricité").

On retrouve dans les champs lexicaux les mêmes contradictions que dans les registres : le mouvement s'oppose à la fixité, l'émerveillement à la rationalité, la dimension terrestre à la dimension maritime, la sécurité et le confort à l'aventure,

Le texte développe l'isotopie de la technique "au service" d'une volonté, essentiellement tournée vers l'action (ou plutôt l'activité, selon la distinction d'Hannah Arendt) comme "aller-retour" (répétition, éternel retour) En maîtrisant les risques, la technique limite du même coup la dimension aléatoire et aventureuse de l'existence humaine (préfiguration de la "civilisation des loisirs"). Nemo et les hommes d'équipages vivent, au propre et au figuré "en circuit fermé". A l'émerveillement d'Aronnax s'oppose l'absurdité de leur existence. Loin de lui faire partager cet émerveillement, l'auteur communique au lecteur un sourd sentiment de claustrophobie et d'angoisse.

Il fait sentir que cette sécurité apparente dissimule un danger épouvantable qui échappe à Aronnax "grisé par ces merveilles" ; l'aléa n'est pas dans l'incertitude de la vie comme futurition (à-venir), mais dans les dispositifs techniques eux-mêmes comme "éternel retour" (programmation d'un circuit fermé, d'un bouclage) et dans la psychose de Nemo, qui en réalité ne font qu'un dans l'esprit de l'auteur. A la fin du roman, le Nautilus disparaît corps et bien, sans que l'on sache comment et pourquoi, exactement comme dans certains accidents d'avion.

On remarque également un décalage "ironique", par le biais de la polyphonie énonciative, entre le caractère extraordinaire des moyens techniques utilisés et le caractère dérisoire des finalités assignées ("je hisse ma voile ou je prends mes avirons et je me promène") qui préfigure la "civilisation des loisirs" ("Tout ça pour ça").

Le plan du texte :

Il correspond aux différentes parties du sous-marin, dans l'ordre selon lequel Nemo le fait visiter à Aronnax :

a) L'échelle conduisant au canot - b) une cabine - c) la cuisine -  d) le poste d'équipage

Les figures de style :

Périphrases : "une sorte de puits"

Antithèses : "Je ne reviens pas, Monsieur Aronnax, c'est le Nautilus qui revient."

Hyperboles : "prodigieuse rapidité", "rien n'est plus simple", "l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même" (comparaison hyperbolique)

Répétitions : "A vos ordres ! - A mes ordres"

Animalisations : "dévorer à pleines dents" (Ned Land et Conseil sont motivés par l'instinct de survie ; ils représentent la satisfaction des besoins primaires, la part animale de l'homme (cf. le personnage de Papageno dans La Flûte enchantée de Mozart) ; ils sont présentés dans le roman comme des personnages pleins de bon sens, sympathiques et positifs, alors qu'Aronnax représente la vanité du savoir accumulatif et Nemo le ressentiment, le nihilisme et la volonté de puissance. Ned Land et Conseil sont "enchantés de leur repas", alors qu'Aronnax est "grisé par ces merveilles". Verne reprend l'opposition de Cervantès entre don Quichotte (Nemo, Aronnax) et Sancho Pança (Ned Land, Conseil)

Personnalisations : "Là, l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même, faisait tous les frais de la cuisson." - "Les fils, arrivant sous les fourneaux, communiquaient à des éponges de platine une chaleur qui se distribuait et se maintenait régulièrement. Elle chauffait également des appareils distillatoires qui, par la vaporisation, fournissaient une excellente eau potable. - "Auprès de cette cuisine s'ouvrait une salle de bains, confortablement disposée, et dont les robinets fournissaient l'eau froide ou l'eau chaude à volonté" : l'électricité, la chaleur, les appareils distillatoires, les robinets sont présentés comme des sujets de verbes d'action.

Tout se passe comme si les dispositifs techniques fonctionnaient en dehors de toute intervention humaine, ce qui introduit une dimension de merveilleux ("grisé par ces merveilles"), mais aussi une certaine inquiétude chez le lecteur (que se passerait-il si ?...). Le texte comporte, on l'a vu, un double point de vue narratif celui de Nemo et celui d'Aronnax, le second étant influencé par le premier. Nemo mêle habilement les explications rationnelles (le réalisme technologique) et le merveilleux des contes de fée et cherche à produire un effet précis sur Aronnax (dimension pragmatique et  argumentative).

Les temps verbaux et leur valeur d'aspect :

Passés simples évoquant des actions à durée déterminée de premier plan ("je suivis", j'arrivai", "je vis", s'ouvrit")

Passés simples introducteurs de paroles ("je demandai", "répliquait-je", dis-je)

Imparfaits à valeur descriptive : ""se trouvait", "s'ouvrait", "conduisait", "aboutissait", s'occupaient", "faisait", "communiquaient", "se distribuait", "se maintenait", "chauffait", "fournissaient", s'ouvrait", "fournissaient", "succédait", était" (fermée),

Imparfaits d'habitude : "servait"

Présents à valeur descriptive : ""aboutit", "adhère", "occupe", "est" (entièrement ponté, absolument étanche et retenu par de solides boulons), ""conduit",

Présents d'habitude : "sert", "voulez", "je m'introduis", "on referme",  "je referme", "je largue", "remonte" (l'embarcation remonte), "j'ouvre", "je mâte", "je hisse", je prends", "je me promène", "reviens" , "revient" (je ne reviens pas, c'est le Nautilus qui revient), "je lance",

Présents d'énonciation : "dis-je"

Conditionnels passés : "m'eût". L'emploi du conditionnel passé à la fin du passage souligne l'infériorité d'Aronnax dans le schéma actanciel, sur l'axe du savoir par rapport à Nemo qui ne lui montre que ce qu'il veut bien lui montrer : la porte étant fermée, Aronnax ne verra pas le poste d'équipage "qui l'eût peut-être fixé sur le nombre d'hommes nécessité par la manoeuvre du Nautilus"

Connecteurs :

spatiaux : "en abord", "au centre", "là" (deux fois), "à"; "au", "dans", "qui", dans laquelle", "entre", "sous", "auprès de", "à la",

argumentatifs : "mais" (trois fois), "aucunement"

temporels : "alors", "jusque là", "puis"

Les connecteurs spatiaux et temporels organisent conjointement la description itinérante et permettent de situer les espaces les uns par rapport aux autres. L'adversatif "mais" signale les objections d'Aronnax qui cherche à comprendre le lien entre le sous-marin et le canot et portent essentiellement sur l'autonomie du canot par rapport au sous-marin.

Fortement dysphorique, le troisième "mais" ("Mais la porte était fermée et je ne pus voir son aménagement (du poste d'équipage), qui m'eût peut-être fixé sur le nombre d'hommes nécessité par la manoeuvre du Nautilus") souligne la position d'infériorité d'Aronnax par rapport à Nemo dans le schéma actantiel sur l'axe du savoir. 

Les types de phrases :

Phrases déclaratives : "Je suivis le capitaine Nemo, à travers les coursives situées en abord, et j'arrivai au centre du navire."

Phrases interrogatives : "Mais comment revenez-vous à bord ?"

Phrases exclamatives : "En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple !"

Phrases mixtes : "Quoi ! vous avez un canot ?

La ponctuation expressive souligne la curiosité d'Aronnax et sa stupéfaction.

La structure des phrases :

Deux propositions indépendantes coordonnées - Une proposition principale + une proposition subordonnée relative - Une proposition indépendante - proposition principale +proposition subordonnée interrogative (discours indirect) - Deux propositions indépendantes - proposition indépendante proposition indépendante - proposition indépendante (phrase nominale) - proposition principale (sans verbe) + proposition subordonnée relative - proposition subordonnée interrogative + proposition principale - Proposition indépendante (phrase nominale - deux propositions indépendantes coordonnées par "et" - proposition indépendante (continuez ce travail)

La simplicité de la structure syntaxique où dominent les propositions indépendantes ou la structure binaire (principale + subordonnée) correspondent à la dimension didactique du texte. Il s'agit pour le narrateur (et pour l'auteur) de présenter de la façon la plus simple possible des phénomènes complexes et peu vraisemblables. Les explications données visent communiquer au lecteur ce sentiment d'étonnement devant tant d'évidence et de "simplicité" que contient l'exclamation enfantine d'Aronnax : "En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple !" Mais nous avons vu que la "polyphonie énonciative" (la voix de l'auteur) déconstruit cette impression en sous-main.

Les modalisateurs :

Aronnax : Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné. - Nemo : "une excellente embarcation, légère et insubmersible" - Aronnax : "Mais alors quand vous voulez vous embarquer, vous êtes forcé de revenir à la surface de la mer ? - Nemo : "Aucunement." - Aronnax : "entièrement ponté, absolument étanche" - "solides boulons" - "prodigieuse rapidité" - "soigneusement clos jusque là - Aronnax : "Mais comment revenez-vous à bord ?" - Nemo : "Je ne reviens pas, monsieur Aronnax, c'est le Nautilus qui revient - Aronnax : "A vos ordres !" (phrase exclamative, alors qu'on attend une interrogation) - Nem : "A mes ordres - Aronnax : "et cela me suffit" - "En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple - "Conseil et Ned Land, enchantés de leur repas, s'occupaient à le dévorer à pleines dents - l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même..." - "régulièrement" - excellente eau potable - "confortablement disposée - "à volonté" - "Mais la porte était fermée"- "qui m'eût peut-être fixé"

Les modalisateurs expriment tour à tour l'étonnement, la stupéfaction,  l'incrédulité ou l'admiration  d'Aronnax, l'orgueilleuse assurance de Nemo quant à la solidité, à la sécurité à la fiabilité et à l'efficacité de ses inventions. La fin du texte est marquée par un modalisateur dysphorique "mais" ("Mais la porte était fermée") qui marque la déception d'Aronnax.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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