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Massimo Montanari, La chère et l'esprit
Massimo Montanari, La chère et l'esprit

Massimo Montanari, La chère et l'esprit, Histoire de la culture alimentaire chrétienne, traduit de l'italien par Martine et Jacques Pagan-Delarun, Alma éditeur, avril 2017

Massimo Montanari est né en 1949 à Imola en Italie. Il est historien et considéré comme l'un des principaux spécialiste mondiaux de l'histoire de l'alimentation. Il enseigne à la Faculté de Lettres et philosophie de l'université de Bologne et à l'université des sciences gastronomiques sur l'histoire médiévale, l'histoire économique et sociale du Moyen Âge ainsi que l'histoire de l'alimentation. 

Référence de la première de couverture : 

"[1] Les apôtres et les frères qui étaient dans la Judée apprirent que les païens avaient aussi reçu la parole de Dieu.[2] Et lorsque Pierre fut monté à Jérusalem, les fidèles circoncis lui adressèrent des reproches, [3] en disant: Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec eux. [4] Pierre se mit à leur exposer d'une manière suivie ce qui s'était passé.[5] Il dit : J'étais dans la ville de Joppé, et, pendant que je priais, je tombai en extase et j'eus une vision : un objet, semblable à une grande nappe attachée par les quatre coins, descendait du ciel et vint jusqu'à moi. [6] Les regards fixés sur cette nappe, j'examinai, et je vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles, et les oiseaux du ciel. [7] Et j'entendis une voix qui me disait : Lève-toi, Pierre, tue et mange. [8] Mais je dis: Non, Seigneur, car jamais rien de souillé ni d'impur n'est entré dans ma bouche. [9] Et pour la seconde fois la voix se fit entendre du ciel : Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. [10] Cela arriva jusqu'à trois fois ; puis tout fut retiré dans le ciel." (Nouveau testament, Actes des Apôtres, 11)

"Existe-t-il une « culture alimentaire chrétienne » ? Pas évident, de prime abord, l’une des particularités du christianisme étant de s’être débarrassé des interdits alimentaires du judaïsme. Dans La Chère et l'Esprit, l’historien italien Massimo Montanari montre pourtant que l’alimentation occupe une place symbolique centrale dans le christianisme : « Le sommet du sacré y est constitué par un repas, la Cène », rappelle Michela Dall’Aglio dans la revue Doppiozero. De là l’importance du pain et du vin et cette idée fort originale de fidèles qui mangent leur dieu... Montanari note une évolution de la joie et de la liberté qui prévalent dans les Evangiles à l’austérité imposée ensuite par l’Église. Jésus, même s’il jeûne quarante jours dans le désert, banquette aussi volontiers, y compris avec des pécheurs et des prostituées. L’Église va favoriser, elle, l’ascétisme et réintroduit des règles strictes. « Cette aversion contre la joie née de la matière n’est pas d’origine hébraïque, mais grecque », note Dall’Aglio, à qui cette volonté de codification rappelle les célèbres développements du psychanalyste Erich Fromm sur la « peur de la liberté."

"Au commencement, le Christ des Évangiles est tributaire des normes alimentaires juives. Mais dans une page des Actes des apôtres, un songe de Pierre libère la communauté chrétienne naissante de ces interdits. Les hommes cependant ont besoin de règles, raison pour laquelle le christianisme au cours des siècles élabore une série infinie de modèles alimentaires hérités de la tradition juive, de la philosophie grecque et de la science de l’alimentation : rôle du pain et du vin dans l’Eucharistie, rapport à la viande, au sang et au gras, valeur de rachat du jeûne, modes culinaires, y compris monastiques, règles d’abstinence.

Dans cet essai paru en 2015, en Italie, Massimo Montanari parle de questions complexes avec une grande simplicité. Son autorité scientifique l’exonère des démonstrations pesantes et lui permet d’aborder les sujets avec une grande intelligence. Un sujet d’actualité ; entre l’attirance pour le véganisme ou le végétarisme et les banquets de boudin, hier marqueurs d’anticléricalisme en période de carême, aujourd’hui destinés à discriminer d’autres religions, on voit que l’alimentation n’est pas qu’une affaire de goût." (source : babelio)

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