Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

William T. Cavanaugh, Le mythe de la violence religieuse
William T. Cavanaugh, Le mythe de la violence religieuse

William T. Cavanaugh, Le mythe de la violence religieuse, idéologie séculière et violence moderne, Editions de l'Homme nouveau

William T. Cavanaugh est professeur de théologie à l'Université DePaul de Chicago depuis 2010. Il a obtenu un Bachelor of Arts en théologie à l'Université Notre-Dame en 1984, puis un Master of Arts de l'Université de Cambridge en 1987. Après avoir travaillé pour la Croix-Rouge à Santiago, il étudie à l'Université Duke ou il obtient un PhD en religion en 1996. Il enseigne à l'University of St. Thomas depuis 1995 et à l'Université DePaul de Chicago depuis 2010.

"C'est une idée dominante : la religion promeut la violence car elle est absolutiste, source de divisions et irrationnelle. Mais peut-on séparer la violence "religieuse" de la violence "séculière"? C'est la question que pose William Cavanaugh dans cet essai magistral publié simultanément aux Presses de l'Université d'Oxford et en France. Au coeur du problème, l'invention d'un concept universel de "religion" (transculturel et transhistorique) accompagnant l'émergence de l'Etat moderne et la marginalisation de l'Eglise. L'examen historique des "Guerres de religion" révèle qu'on ne peut isoler le facteur religieux de la résistance des élites locales face aux menées centralisatrices des souverains (par exemple la "croisade" contre les Albigeois). L'Etat-nation s'est approprié le sacré, devenant lui-même l'objet d'une nouvelle "religion" exigeant une loyauté exclusive conduisant à la guerre. En Occident, le mythe de la violence religieuse est une arme pour limiter le rôle public des chrétiens. En politique étrangère, il légitime la "guerre libérale de libération" contre les sociétés non-séculières. William Cavanaugh déconstruit brillamment un mythe fondateur de la modernité et ouvre de nouvelles voies à la réflexion sur l'origine de la violence."

"Il est indiscutable que certaines formes de l’islam peuvent promouvoir la violence et qu’elles le font. C’est historiquement vrai aussi pour certaines formes de christianisme et pour d’autres religions. C’est un fait évident. L’intention de mon livre, Le Mythe de la violence religieuse, c’est de montrer que des gens en tuent d’autres pour toutes sortes de raisons, y compris pour des raisons dites «laïques» comme le nationalisme, le marxisme, le capitalisme et même le libéralisme. Pour dire le vrai, la guerre en Irak a été vendue à l’opinion américaine non comme une guerre pour la civilisation chrétienne, ou n’importe quoi d’autre y ressemblant, mais comme une guerre pour la liberté : liberté du marché, liberté de vote et liberté d’expression. Paul Berman l’a qualifiée de composante de la «guerre libérale de libération» qu’il faut mener dans le monde entier, et George W. Bush a justifié cette guerre en termes exclusivement libéraux et non chrétiens. Pour le dire autrement, les Lumières possèdent leur propre sorte de violence messianique, leur propre désir de refaçonner le monde à leur image. L’idée que les idéologies et les institutions étiquetées «religieuses» seraient particulièrement sujettes à la violence contrairement aux idéologies et aux institutions «laïques» qui ne le seraient pas, est tout simplement fausse. Le fait c’est que les gens traitent toutes sortes de choses comme des «dieux» pour lesquels ils seront prêts à tuer : l’argent, les drapeaux, la liberté, la nation, le pétrole, etc." (extrait d'une interview de William Cavanaugh à l'Homme nouveau)

Pourquoi remettez-vous en cause la séparation entre le religieux et le politique, alors que cette séparation est pour les chrétiens un des acquis positifs de la modernité, qui évite la confusion du temporel et du spirituel ?

Selon moi, le processus de sécularisation, commencé au XVIe siècle, est moins une séparation stricte entre le religieux et le politique qu’un déplacement de leurs frontières mutuelles. En fait, le sacré a progressivement migré de l’Église vers l’État : l’État moderne s’est constitué contre l’Église en absorbant ses prérogatives. Au fil des siècles, l’État s’est retrouvé toujours plus investi d’une dimension sacrée, surtout dans sa capacité à faire régner l’ordre et protéger socialement les citoyens, notamment par l’État providence, tandis que la religion a été progressivement reléguée vers l’espace intime, devenant de plus en plus inoffensive et insignifiante.

Seriez-vous nostalgique de l’ère constantinienne ?

Absolument pas ! Il est bon qu’on en soit sorti, et je n’ai aucune espèce de nostalgie pour l’alliance entre le trône et l’autel ! Mais je pense qu’il faut remettre en cause les termes mêmes de la division entre le religieux et le temporel. Je suis en faveur de la séparation entre l’État et l’Église, mais je m’oppose à une séparation entre le religieux et le politique. La distinction est cruciale. (extrait d'une Interview de William Cavanaugh à La Vie)

 

Partager cet article

Repost 0