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Paul Murray, o.p., Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine
Paul Murray, o.p., Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine

Paul Murray, o.p., Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine, Un nectar nommé bonheur, Préface de Timothy Radcliffe, o.p., traduit de l'anglais par Monique Briend-Walker et Robert Ansell-Walker, Edition revue et corrigée par Eric de Clermont--Tonnerre, o.p., Editions Salvator, 2017

Paul Murray, o.p. est Irlandais de naissance. Il oeuvre aujourd'hui à Rome où il enseigne la littérature de la tradition mystique à l'université de l'Angelicum. Il a publié T.S. Eliot et le mysticisme ainsi que quatre livres de poésie, dont un a reçu le Prix national de poésie en Irlande.

Table des matières : Préface - Remerciements - Introduction - I. Qu'est ce que la spiritualité dominicaine ? : Prière évangélique, esprit évangélique - La "grâce spéciale de saint Dominique - La prédication en tant que devoir spirituel - Le monde dans la main de Dieu - La question de l'identité - L'observance dominicaine : régulière versus irrégulière -  II. Les Dominicains et le bonheur : 1. Une vision de l'Evangile de la joie : a) le rire dans les Vitae Fratrum - b) La joie de Dominique et les premiers dominicains - c) Vivre les Béatitudes - 2. Joie expansive : les mystiques rhénans a) "Sur les routes" : Eckart et Suso - b) "Dieu rend joyeux" : une théologie dominicaine - 3. La joie de Thomas d'Aquin : a) Le bonheur et la bonne humeur - b) a sagesse et les Béatitudes - Conclusion - III. Mange ce rouleau : incursion dans la tradition dominicaine : L'étude en tant que travail spirituel - L'exemple de Dominique - De l'étude à la prédication - Etude et formation - prêcheurs de la connaissance et de l'ardeur - Un intellectualisme révolutionnaire - L'exemple d'Albert de Grand - Fiers chercheurs ou apôtre cultivés ? - Connaissance et dévotion - L'étude et le bonheur - L'exemple de saint Thomas - Etude et liberté - La liberté de Lagrange et Congar - L'étude et le prochain - Les livres et le livre - IV. Boire chez les Dominicains : Les frères prêcheurs et le vin nouveau de l' Evangile : 1. Jourdain de Saxe et "le vin de l'espérance - a) Ivre du vin nouveau - b) Rendre les autres ivres - 2. Saint Thomas d'Aquin et le "vin de la sagesse" : a) L'eau en vin : le miracle de Cana - b) Ivres de sagesse - c) Saint Dominique et Saint Thomas - d) Prêcheurs ouverts sur le monde - e) Ce que Thomas dit de la boisson et de l'ivresse - 3. Sainte Catherine de Sienne : ivre d'amour - a) Lettre à un prêcheur - b) Entre parenthèses : Eckart et Tauler - c) L'ivresse de Dieu - Conclusion - Bibliographie - Abréviations - Bibliographie sélective complémentaire en langue française - Notes biographiques sur des hommes et des femmes de l'Ordre de saint Dominique - Index - La cave du 122.

"Ce livre captivant, irrésistible, de Paul MURRAY o.p. exprime et glorifie les aspects de la tradition dominicaine qui sont au coeur de sa spiritualité. Cette tradition a souvent été comprise dans le passé, et avec quelques bonnes raisons, comme scolaire et cérébrale. Mais les vies des Dominicains dont nous entendons les voix dans cet ouvrage furent aussi, à un degré extraordinaire, apostoliques, exubérantes, évangéliques, risquées, mystiques et solides. L'instinct d'ouverture au monde est à coup sûr un des traits caractéristiques de l'esprit dominicain depuis les commencements. Des Dominicains comme Thomas d'Aquin, Jourdain de Saxe et Catherine de Sienne ne furent pas seulement les promoteurs éclatants de la grâce chrétienne, ils furent aussi les défenseurs de la nature. À la suite de saint Dominique, ils apprirent à leurs auditeurs à goûter en abondance le vin de la Parole de Dieu."

Préface de Timothy Radcliffe, o.p. :

"Peu de livres ont été écrits sur la spiritualité des dominicains. Au cours de mon noviciat, on m'a mis en garde contre la spiritualité. Cette dernière était vue comme une invention du XVIème siècle, époque à laquelle ont été perdues l'unité admirable et la synthèse de la pensée médiévale qui s'est alors scindée en cinq disciplines distinctes, la théologie, la philosophie, l'éthique, l'exégèse et la spiritualité. La "spiritualité" suppose des techniques élaborées pour entrer en présence de Dieu. Les dominicains ne s'y sentaient pas à l'aise.

Dans ce livre, Paul Murray o.p. montre qu'il existe bel et bien une "spiritualité dominicaine". Il n'y expose pas des manières spéciales de prier mais il montre comment trouver la vie en Dieu pour soi et pour les autres, et comment la prédication trouve sa source dans la vie. Ce merveilleux ouvrage s'ouvre sur une citation du deuxième Maître de l'Ordre, le bienheureux Jourdain de Saxe, où il compare l'Evangile à un vin nouveau, "le vin de la joie éternelle". Le livre se termine sur la mystique domicaine au XIVème siècle, quand sainte Catherine de Sienne conseille ses frères en ces termes : "Conduisons-nous comme l'homme enivré qui ne pense pas à lui-même, mais ne pense qu'au vin déjà bu et à celui qui reste à boire.

Il est surprenant et rassurant que le vin bu soit une métaphore dominante pour les premiers disciples de notre Ordre. Ils prenaient un vrai plaisir à boire. Ainsi in rapporte qu'à la fin d'une conférence qui s'était prolongée tard dans la nuit, saint Dominique lui-même encouragea ses frères et soeurs à "boire tout leur soûl", et personne ne s'en priva ! Au cours d'une prédication en Angleterre, Jourdain de Saxe compara Dieu qui nous cherche à un ami qui veut inviter un copain à prendre un pot. "De nos jours, les gens disent "ce serait sympa si tu pouvais me rejoindre pour prendre un verre". Il en est ainsi avec le Seigneur." Quand on boit du vin, on ressent en effet une ivresse qui se retrouve dans l'exubérance de notre rapport à Dieu. Nous sommes dans un état second, et notre joie nous transporte hors de nous-mêmes.

Boire nous libère de nos inhibitions, et les premiers frères et soeurs vivaient dans une étonnante liberté. Ils prêchaient l'évangile de la liberté du Christ. "C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés" (Galates 5,1). Ainsi ne pouvaient-ils être que des témoins convaincants s'ils se conduisaient en hommes et en femmes libres. Dominique lui-même était perçu comme "étonnamment libre". Son apport novateur dans la vie religieuse est d'avoir insisté sur le fait que les Constitutions ne liaient pas les frères sous le poids du péché, parce que "nous ne sommes pas esclaves sous la loi, mais libres par la grâce". Il menaçait de passer dans les communautés et d'abolir toutes les règles si les frères se mettaient à penser que leurs manquements à l'obéissance religieuse étaient des péchés. Au coeur de cette liberté était implantée une confiance en Dieu qui conduisait à la confiance fraternelle. Comment aurait-on pu les envoyer annoncer l'Evangile si on ne les croyait pas capables d'exercer leur liberté mûrie. C'est bien cette confiance qui est au coeur de la démocratie dominicaine. Dominique était convaincu que la voix de chaque frère devait être entendue dans l'élaboration de la vie commune.

Paul Murray montre qu'au coeur de la spiritualité dominicaine il y a une joie profonde, qui ne vient pas seulement de Dieu mais qui est aussi en chaque frère et chez les gens qu'ils étaient appelés à rencontrer. On ne peut pas prêcher la Bonne Nouvelle et être soi-même misérable ; donc la fraternité de l'Ordre doit être vécue dans la joie. Jourdain de Saxe, parmi les plus aimés et les plus aimables de tous les premiers frères, allait jusqu'à dire que la phrase de l'Evangile "Entre dans la joie de ton Seigneur" (Matthieu, 25,20) était une invitation à devenir dominicain, interprétation que tous ne partageaient pas ! Dans Le Dialogue, Dieu dit à Catherine de Sienne que Dominique a conçu son bateau comme un lieu "très spacieux" et "très joyeux" de telle sorte que les frères "parfaits" et ceux qui le seraient moins, puissent tous prendre leur place à bord. Les fondements de cette joie étaient la fraternité, la prière et l'étude.

La prière, dans la tradition dominicaine, était essentiellement simple. On parle à Dieu comme à un ami ; on partage spontanément avec Dieu ce à quoi on pense, ses joies, ses craintes, en demandant ce que l'on désire et en rendant grâce pour ce que l'on reçoit.

L'étude n'est pas non plus considérée comme une discipline intellectuelle austère, dénuée de chaleur humaine. Saint Thomas d'Aquin, l'intellectuel par excellence, est souvent décrit par son biographe Bernard Gui comme "le joyeux professeur". Thomas était convaincu que celui qui ne savait pas être joyeux et n'avait pas d'humour était moralement instable. L'Être humain a besoin de jouer. L'étude transforme notre humanité. Elle ouvre nos esprits et nos coeurs vers autrui. Elle nous protège de toute servilité et nous engage à penser par nous-mêmes. Elle nous prépare à découvrir la joie ressentie dans la présence de Dieu. Car comme le dit Saint Thomas, toute éthique n'est que le cheminement sur la route du bonheur. L'étude fait donc aussi partie de notre démarche vers Dieu car elle sanctifie nos esprits et nos coeurs.

Murray nous montre l'humanité profonde de ces premiers frères et premières soeurs. Ils étaient bien ancrés dans la vie et remplis de vie eux-mêmes. C'est cette spiritualité qui est enracinée en nous, dans nos désirs fondamentaux, dans nos joies et dans nos souffrances, dans notre humanité entière. Quand Dominique s'est opposé à l'hérésie des Albigeois, ce n'était pas l'oeuvre d'un esprit étroit et fanatique, mais bien l'action d'un homme dont l'amour du Créateur débordait dans l'amour de toutes choses crées par Dieu. Il ne s'opposait à eux non pas avec la menace de l'Inquisition, qui n'existait pas à cette époque, mais avec une force de persuasion rationnelle.

Je suis très heureux que Paul Murray nous offre en partage ses vues sur la spiritualité dominicaine. L'Eglise qui a tendance à être pessimiste et taciturne, introvertie et timorée, y trouvera des réponses urgentes à ses besoins. Aucun de nous ne peut être un témoin crédible de l'Evangile sans être imprégné de la joie et de la liberté que ce livre décrit. Si nous buvons le vin nouveau de l'Evangile, nos langues se délieront pour parler de Dieu.

Quand je vivais à Rome et que j'avais une conférence à préparer ou une lettre à écrire à l'Ordre, j'invitais toujours Paul à partager une pizza et une bouteille de vin, sans savoir que je pratiquais ainsi la spiritualité dominicaine ! Je lui confiais ce que je pensais écrire, et il arrivait au restaurant armé de notes, de citations, et de poèmes qu'il déclamait pendant que je prenais d'abondantes notes. Je lui suis profondément reconnaissant d'avoir ainsi partagé son inspiration avec moi et de la communiquer à présent à ses lecteurs." (Timothy Radcliffe, o.p.)

 

 

 

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