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Alexandre Vialatte, Dernières nouvelles de l'homme
Alexandre Vialatte, Dernières nouvelles de l'homme

Alexandre Vialatte, Dernières nouvelles de l'homme, Préface de Jacques Laurent, introduction de Ferny Besson, Julliard, 1978

Alexandre Vialatte m'est cher à plusieurs titres, d'abord parce qu'il s'occupa paternellement de ma mère au camp de presse de Baden-Baden, lors du procès de Nuremberg. Âgée aujourd'hui de 93 ans et ayant gardé toute sa tête, elle se souvient qu'elle se promenait avec lui dans la forêt noire et en rapportait des salamandres, au grand effroi des journalistes anglais qui pensaient que ces inoffensifs amphibiens inoculaient un poison mortel. Ensuite en tant que traducteur de Kafka sur lequel il a écrit un beau livre et qu'il fit connaître en France

Outre les salamandres mortellement inoffensives (un oxymore digne de Vialatte), le nom de Vialatte est également associé pour moi à l'Auvergne, sa région natale : "L'Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans... La chèvre broute sur leur profil une espèce de pierre ponce poreuse, mais de faible valeur nutritive, qui donne à son lait un peu rêche un petit goût de secousse tellurique apprécié par les géologues"... à la prison de la Santé en face de laquelle il avait choisi d'habiter, choix dont il se plaignait car "il l'empêchait de recevoir des gens huppés", alors que c'était probablement l'une des raisons qui l'avaient poussé à choisir d' habiter là... A cet inestimable chef-d'oeuvre du patrimoine culturel français, victime de la mondialisation : le catalogue des armes et cycle de Saint-Etienne.

... Et par-dessus tout à des heures de lectures jubilatoires et consolatives dont je ne le remercierai jamais assez, où qu'il soit... Sans aucun doute au paradis des poètes humoristes métaphysiciens où il doit tantôt faire pleurer et tantôt hurler de rire le Bon Dieu.

Alexandre Vialatte est né en 1901 en Haute-Vienne. Après des études d'allemand, il part au début de 1922, grâce à Jean Paullhan, en Allemagne, où il reste six ans. Il publie ses premières traductions dans La Revue rhénane, d'abord de Kafka - dont il est le véritable introducteur en France - puis de Goethe, Nietzsche et Thomas Mann. de 1934 à 1937, il poursuit sa double activité de traducteur et de journaliste à Paris, qu'il quitte pour aller enseigner à Alexandrie d'où il revient peu avant la guerre. Durant l'Occupation, il travaille à plusieurs romans, qui ne paraîtront que longtemps après sa mort : La Dame du job, La Maison du joueur de flûte. En 1950, il obtient en Suisse le prix Charles Veillon pour son ouvrage Les Fruits du Congo. Jusqu'à sa mort survenue en 1971 à Paris, Vialatte, sans renoncer à ses projets, privilégie le journalisme et s'y épanouit. Ses chroniques ont été rassemblées en différents volumes, parmi lesquels Dernières Nouvelles de l'Homme, La Porte de Bath-Rabbim. Et c'est ainsi qu'Allah est grand, L'éléphant est irréfutable ou encore Eloge du homard et autres insectes.

Table : Préface - Introduction - Dernières nouvelles de l'Homme : Le Procès - L'abominable homme de Chaval - Les loups - Avenir informel du crocodile - Voyage de l'Homme en Tartarie - Ubu tsar - La statue du client - Divers faits d'été - L'Auvergne : odeur du vieux temps - La soupe merveilleuse - L'algèbre surnaturel - Les grandes idées - Âges d'or et d'autres métaux - Le joyeux Kafka - Qui a cassé le vase de Soissons ? - Au pays des proverbes - Le palais de Ferdinand Cheval - De la Provence à la Côte d'Azur - Suicides - La manufacture du vent - François Villon ou l'hygiène des poètes - Le paradis de Kafka ou la morale du crémier - Le désert, c'est l'éternité - Dimanche m'attend - L'Asie en flammes - Eloge du XIIIème arrondissement - La montagne d'Henri Pourrat - Le temps des nids - Au pays des pommiers en fleur - Cela manque un peu d'anthropophagie - Images du soir - La religion veut entrer dans un cercle carré - Les "Carnets" de Dino Buzzati - Faut-il brûler la comtesse de Ségur ? - Babel ou le conteur oriental - Le train du soir - Chronique des nourritures et des occupations - Grandiose Ouagadougou - Histoire de femmes - Tableau de la France au milieu du globe - Sarah Bernhardt des grands chichis - La mouche bleue de Pancho Vila - Plaisirs d'automne, ou l'exposition des antiquaires - Raymond Queneau ou le Prince de l'Avatar - Rhapsodie toulousaine - Madame sans masque - L'empereur de la république - L'été de la Lune de Maigret et de Mac Orlan - La maison du bonheur - Les rêveurs du réel - L'amour à l'âge de la publicité - Chroniques des poètes et des tombeaux - Des buildings de New York aux prisons chinoises - Monsieur Jadis ou l'Ecole du soir - Le crépuscule de la grammaire - Le Bestiaire de Philippe Kaeppelin

Les chroniques rassemblées dans ce volume ont été publiées pour la première fois dans Le Spectacle du Monde.

Quatrième de couverture :

"Vous connaissez Vialatte ? Vous aimez ? Ces questions n'en étaient pas ; elles n'en sont toujours pas ; elles font partie d'un mot de passe. Une réponse affirmative permet de classe l'interlocuteur. Si l'on aime Vialatte, c'est qu'on pratique une religion de la littérature qui va de Morand à Giraudoux. Encore faut-il se méfier du diagnostic car on peut tomber sur un amateur de Vialatte qui déteste Morand et qui raffole d'Audiberti ou, ce qui est plus grave mais existe, sur un fervent de Kafka qui a intégré Vialatte à sa religion.

Alexandre Vialatte mourut le 3 mai 1971. Depuis lors, sous les meilleures plumes, le même appel a été répété : il faut publier ses chroniques. L'appel a été entendu, ce livre le prouve. Il prouve en paraissant, que notre civilisation subsiste et que contrairement aux sociétés manichéennes, elle est toujours disposée à laisser autant de place aux écrivains mineurs (pour autant que Vialatte puisse être considéré comme tel) qu'aux hercules de la littérature."

Le train du soir (on oublie souvent que Vialatte était aussi un grand et poignant poète) : "Vingt fois j’ai voulu dire adieu à ma jeunesse. Vingt fois j’ai craint de me montrer ridicule. C’était trop tôt. La fois suivante, elle était partie. On ne saurait dire adieu trop vite à sa jeunesse. Elle s’en va sur la pointe des pieds. L’homme entre dans le soir de sa vie comme dans un pays étranger. Les gares sont plus petites et plus rares. Les voyageurs deviennent moins nombreux. Ils ont changé de costume. On ne voit plus de bérets basques. Les quais sont de plus en plus déserts. Les affiches, dans les salles d‘attente, ne parlent plus des mêmes montagnes. Et sou­dain, au bout d’un tunnel, l’horizon lui-même a changé. Quels sont ces longs pays bleuâtres ? Des plaines s’éten­dent, qu‘on n‘avait jamais vues ; transfigurées par on ne sait quel reflet. Plus loin, au loin (mais à quelle distance exactement ? les distances trompent), plus loin, c‘est la terre de la mort. Si l’on descend dans quelque ville, elle est paisible, provinciale, et pour ainsi dire tourangelle. On en aime la lenteur et la sérénité, le ciel vert (je ne sais comment dire), les parterres du jardin public. On ne savait pas qu‘on n’aimait plus que les fleurs. La nuit tombe et, sur les étoiles, on voit se détacher un bicorne. Il coiffe quelque amiral de marbre ou quelque académicien de bronze. On cherche le nom : c’est le petit D., qui ne savait pas la géographie, ou le petit L…, qu‘on battait en grammaire. L‘amiral avait peur de l’eau, l’académicien solennel était sergent au 3° zoua­ves. Le premier de la classe est devenu comptable, le timide fut martyr dans l’Oubangui, le dernier a son por­trait dans tous les magazines : on cite ses traits, on admire ses pièces. Le sportif s’est fait pharmacien, l’Au­vergnat dirige trois brasseries. Les autres sont morts. Une large rue mal éclairée, où l’on distingue dans une vitrine des hommes blafards habillés en chasseurs, porte le nom d’un grand graveur dont on fréquentait la maison ; on garde encore dans un tiroir sa pipe, sa rosette, son monocle. On se rappelle des fêtes sur la Marne, des charmilles, des drapeaux, des barques, des enfants. C’est à pleurer. Plus loin, une inscription gravée rappelle le nom d’un écolier qui se fit tuer dans la Résistance. On le revoit, à l’étude du soir, par une fenêtre du collège, devant un gros dictionnaire latin..."

Citations de Paul Vialatte :

"Lisez, mais lisez au hasard, lisez sans nul programme. C'est le seul moyen de féconder l'esprit." (Vialatte reprend ici un conseil donné par le philosophe Alain)

"Dès qu’on rapproche deux choses extrêmement différentes, la poésie est bien près d’en jaillir. La poésie filtre toujours à travers les fentes de l’insolite."

"L'homme n'est que poussière, c'est dire l'importance du plumeau."

"On ne peut plus être célèbre sans que tout le monde le sache."

"L'homme accepte difficilement qu'un animal vienne contrarier des idées reçues acquises au prix de diplômes coûteux."

"On n'imagine pas le mal que l'éléphant donna à Noé. Surtout pour calculer la gîte."

"Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d'orages plus importants."

"On voit les pensées de l'homme chauve."

"La distinction demande des dons. Si on en manque, chercher à l'obtenir en cultivant habituellement des soucis élevés, tels que sauver la France, avoir les oreilles propres, employer le subjonctif."

"La confiture n’est bonne que s’il faut monter sur une chaise pour attraper le pot dans le placard."

"La première chose à faire en janvier est de ne jamais employer le subjonctif à la suite de « après que ». La deuxième est de continuer. Il n’y a aucune raison sérieuse de retourner à une aberration."

"L'escargot est naturellement héroïque : l'escargot ne recule jamais."

"La société serait bien mal faite si l’argent allait au talent, si les honneurs allaient au mérite, les places à la capacité. Où serait l’égalité sociale ? Ce serait toujours tout pour les mêmes. Un scandaleux cumul ! (…) Au lieu qu’au train dont vont les choses tout est très bien : si l’un a pour lui sa conscience, l’autre a du moins son porte-monnaie. C’est une très grosse consolation à une époque où tout augmente."

"Que serait l'homme sans le kangourou?"

" - […] Et les allemands, sont-ils méchants ?
- Très méchants, madame." Il ne faut pas changer brutalement les opinions des vieilles personnes."

"La réalité soufflait toutes nos chandelles."

"L’éléphant se compose en gros d’une trompe, qui lui sert à se doucher, d’ivoire, dont on fait des statuettes, et de quatre pieds, dont on tire des porte-parapluie. Dieu l’a fait gris, dit Bernardin de Saint-Pierre, pour qu’on ne le confonde pas avec la fraise des bois."

"Suivant l’endroit d’où on l’observe, la Terre apparaît comme un bagne d’où l’homme ne sait pas s’évader, ou comme un paradis dont il ne sait pas se servir. Il le regarde à travers la grille. Peut-être a-t-il la clé dans sa poche ? Sa liberté reste en lui-même."

"Nous vivons entourés de mystères. Qu’est-ce que Dieu ? Pourquoi l’homme ? Où sont les neiges d’antan ? A quoi peut servir la queue du rat ? De bons esprits se le demandent depuis longtemps. Cruelle énigme."

"Le bonheur date de la plus haute antiquité. (Il est quand même tout neuf, car il a peu servi.)" 

"Les destins se font et se défont. Tout passe, tout lasse, tout casse, les montagnes, les hommes, la haine, les ours, les ivrognes, les veuves et les démons de la solitude."

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.


 

 

 

 

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