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Dave Eggers, Le Cercle
Dave Eggers, Le Cercle

Dave Eggers, Le Cercle, traduit de l'américain par Emmanuelle et Philippe Aronson, Gallimard collection folio

Romancier et nouvelliste, Dave Eggers est né en 1970. Après des études à l'université de l'Illinois, il fonde en 1998, à San Francisco le McSwenney's, une maison d'édition indépendante qui publie, outre des livres, une revue du même nom. Aujourd'hui considéré comme l'un des protagonistes les plus importants du renouveau de la littérature américaine, il est notamment l'auteur de Suive qui peut, pourquoi nous avons faim et Un hologramme pour le roi. Le grand Quoi a été récompensé par le prix Médicis étranger 2009, à l'unanimité.

L'adaptation cinématographique :

Après un entretien d'embauche où elle évoque sa crainte d'un "potentiel non réalisé", Mae intègre le Cercle, firme californienne mythique dirigée par Kalden, un personnage charismatique aux allures de gourou... Adapté du roman homonyme de Dave Eggers par James Ponsoldt, le long métrage réunit un casting dans lequel se croisent Emma Watson, John Boyega, Karen Gillan et Tom Hanks. 

Le livre : 

"Quand Mae Holland est embauchée par le Cercle, elle n'en revient pas. Installé sur un campus californien, ce fournisseur d'accès Internet relie les mails personnels, les réseaux sociaux, les achats des consommateurs et les transactions bancaires à un système d'exploitation universel, à l'origine d'une nouvelle ère hyper-numérique, prônant la civilité et la transparence. Alors que la jeune femme parcourt les open-spaces, les immenses cafétérias en verre, les dortoirs confortables pour ceux qui restent travailler le soir, la modernité des lieux et l'intense activité la ravissent. On fait la fête toute la nuit, des musiciens célèbres jouent sur la pelouse, des activités sportives, des clubs et des brunchs sont proposés, et il y a même un aquarium contenant des poissons rares rapportés par le P. -D. G. Mae n'en croit pas sa chance de travailler pour l'entreprise la plus influente qui soit - même si le campus l'absorbe entièrement, l'éloignant de plus en plus de ses proches, même si elle s'expose aux yeux du monde en participant au dernier projet du Cercle, d'une avancée technologique aussi considérable qu'inquiétante. Ce qui ressemble d'abord au portrait d'une femme ambitieuse et idéaliste devient rapidement un roman au suspense haletant, qui étudie les liens troubles entre mémoire et histoire, vie privée et addiction aux réseaux sociaux, et interroge les limites de la connaissance humaine." (source : babelio)

Citations :

"Ty avait crée le système initial, le Système opérationnel unique, qui permettait de rassembler toutes les informations jusque-là disponibles mais éparpillées sur le net - les profils des utilisateurs de réseaux sociaux, leurs systèmes de paiement, leurs différents mots de passe, leurs adresses e-mail, identifiants, préférences, centres d'intérêt. L'ancien système imposait une nouvelle procédure pour chaque site et pour chaque transaction : c'était comme prendre une voiture différente à chaque fois qu'on avait une course à faire. "On ne devrait pas avoir besoin de quatre-vingt-sept voitures", avait-il déclaré, plus tard, après que le système eut conquis le web et le monde." (p.34)

"Et ceux qui souhaitaient suivre les mouvements des consommateurs en ligne avaient trouvé leur Valhalla : les véritables habitudes commerciales de personnes authentiques étaient désormais parfaitement repérables et quantifiables, et l'on pouvait, avec une précision chirurgicale, appliquer les méthodes de marketing adaptées à ces personnes bien réelles..." (p.36)

"Il y a quatre-vingt chambres pour l'instant mais d'autres sont prévues, et vite, fit Josiah. Avec dix mille personnes environ qui travaillent ici, il y en a toujours un certain nombre qui restent tard, ou qui ont tout simplement besoin de faire la sieste pendant la journée. ces chambres sont toujours libres, toujours propres. Il suffit de vérifier en ligne pour savoir lesquelles sont disponibles. En ce moment les réservations pleuvent, mais l'idée, c'est d'en avoir quelques milliers dans les années à venir." (p.44)

"Tes données resteront toujours dans le système, elles seront encore là l'année prochaine et même le siècle prochain." (p.59)

"Nous voulons que le Cercle soit un endroit humain. Et cela signifie que chacun doit entretenir l'idée de communauté. A vrai dire, c'est plus que ça : il faut penser communauté. C'est un de nos slogans, comme tu l'as sans doute remarqué, La communauté d'abord. Et tu as vu les panneaux qui disent Des êtres humains travaillent ici. J'insiste là-dessus. C'est mon credo. On n'est pas des automates." (p.63)

"Avec la technologie disponible aujourd'hui, la communication ne devrait jamais laisser à désirer. On devrait toujours pouvoir se comprendre, tout devrait être clair. C'est comme ça ici. On peut même dire que c'est la mission de la société : c'est une de mes obsessions en tout cas. Communication. Compréhension. Clarté." (p. 64)

"Mae aquiesça derechef. Elle aimait bien cette idée : Aucun robot de travaille ici."

"Tout ce qui se produit doit être su."(p.88)

"Nous pourrons accéder à quasiment tous les endroits habités du monde grâce aux écrans que nous aurons entre les mains." (ibidem)

"Tu te rends compte que communauté et communication ont la même racine, communis en latin, ce qui veut dire commun, public, partagé par le plus grand nombre ?" (p.118)

"La position dominante du Cercle contrevient aux règles de la concurrence et met en péril le libre-échange qui définit le capitalisme tel qu'on le connaît." (p.205)

Mon avis sur le roman :

A travers l'évocation du parcours d'une jeune employée nouvellement embauchée, l'auteur décrit une gigantesque société informatique de dix mille employés, fournisseur d'accès à Internet, basée en Californie (toute ressemblance, etc.) : "Le Cercle", dirigé par un triumvirat (une alliance redoutable entre l'intelligence créatrice, l'esprit du capitalisme et le sens politique) qui, sous couvert d'améliorer le monde en luttant contre les régimes dictatoriaux, les enlèvements d'enfants, l'isolement des personnes âgées, les maladies dégénératives... "encercle" progressivement la planète en mettant subrepticement en place un système totalitaire de surveillance des espaces publics et privés et de contrôle et de manipulation des comportements, à commencer par ceux des employés du Cercle, aliénant leur liberté, sous des dehors "cool" et "sympas" et entravant toute vie personnelle au nom d'un impératif catégorique de transparence et de sociabilité résumé dans le slogan : "Passion. Participation. Transparence"

Le roman commence de manière assez banale avec le personnage de la jeune fille enthousiaste et ambitieuse qui décroche le boulot de ses rêves, mais prend une tournure de plus en plus inquiétante, tandis qu'un malaise d'abord diffus, puis de plus en plus oppressant, s'empare du lecteur...

Mae Holland va-t-elle écouter le mystérieux Kalken qui cherche à mettre des limites ou devenir l'élément décisif de la "complétude du cercle"  ?

Le Cercle est censé se refermer dans un avenir proche. Mais on ne peut s'empêcher de penser que cet avenir a déjà commencé.

Bienvenue dans "le meilleur des mondes" : le monde de la transparence, de la communication, de la sollicitude et de la convivialité permanentes, pas obligatoires, certes, mais "vivement recommandées".

Un dernier mot : si vous voulez continuer à "zinguer" innocemment sur Facebook, surtout ne lisez pas ce livre !


 

 

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