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Richard Kearney, Dieu est mort, vive Dieu !
Richard Kearney, Dieu est mort, vive Dieu !

Richard Kearney, Dieu est mort, vive Dieu (Anatheism) Une nouvelle idée du sacré pour le IIIème millénaire : l'anathéisme, traduit de l'anglais (Irlande) par Sylvie Taussig, préface de Frédéric Lenoir, NiL éditions, 2011

Richard Kearney est professeur de philosophie (chaire Charles H. Seelig) au Boston College (Etats-Unis) ainsi qu'à l'université de Dublin.

Table : Préface de Frédéric Lenoir - Avant-propos - I. Prélude. Introduction. Dieu après Dieu . 1. Dans l'instant. L'hôte inattendu -  2. Dans le pari. Le quintuple mouvement -  3. Au nom de. Après Auschwitz, qui peut dire Dieu ? - II. Interlude 4. Dans la chair. Imagination sacramentelle -  5. Dans le texte. Joyce, Proust, Woolf - III. Postlude : 6. Dans le monde. Entre le profane et le sacré ? -  7. En acte. Entre le Verbe et la chair - Conclusion. Accueillir les Dieux étrangers ? - Epilogue - Remerciements - Index

Quatrième de couverture :

"Que voulons-nous dire quand nous parlons de Dieu ? S'agit-il d'un Dieu tout-puissant qui résoudra tous nos problèmes, viendra nous sauver et nous réprimander, nous condamner et nous consoler ? Ou quelque chose de très différent ? Quand nous prions au "Nom du Père", est-ce une régression, voire un retour aux premiers rites de dépendance et de projection infantiles ? Ou bien y a-t-il autre chose ? Quelque chose au-delà de la superstition et du fétichisme puérils ? Quelque chose qui fait signe vers une divinité qui pourrait bien être en chair et en os, ici et maintenant ?"

Ainsi s'interroge au cours d'une exploration philosophique très personnelle l'Irlandais Richard Kearney ; Avec autant de force que bien des écrivains athées, il dénonce les atrocités que la religion a fait commettre au nom d'un théisme dogmatique. Mais il raconte aussi comment il est revenu à la question de Dieu, en particulier lors d'études en France, "société radicalement sécularisée". Et à interroger toutes les religions sur cette vertu qu'est l'hospitalité. Autrement dit accueil à l'autre, à l'étranger, quel qu'il soit.

Qu'appelle alors Richard Kearney de ses voeux ? La création d'un "espace anathéiste où la décision libre de croire ou de ne pas croire serait non seulement tolérée,mais chérie". Ce terme nouveau d'anathéisme ("Dieu après Dieu" en grec), il l'a forgé pour en finir avec l'Etre Tout-Puissant auquel il n'est plus possible de croire après la Shoah. Et souligner qu'un tout autre Dieu peut advenir, souffrant voire impuissant, dont "la faiblesse s'entend comme un appel à la force ravivée de l'humanité".

Extrait de la préface :

(...) L'auteur a vécu les trente premières années de sa vie dans une Irlande déchirée par la guerre civile entre protestants et catholiques. Richard Kerney est un homme de foi et un artisan de paix, qui se considère comme "intellectuellement protestant et émotionnellement catholique", mais aussi un philosophe, disciple notamment de Ricoeur et de Derrida, qui tente de dégager les contours d'une troisième voie entre l'athéisme militant et la croyance religieuse : un chemin dans lequel la foi et le doute se vivifient mutuellement pour dépasser les images périmées de Dieu et mettre l'esprit dans un véritable état d'ouverture. Un chemin qui n'élimine pas d'entrée de jeu la possibilité de Dieu, mais qui en récuse toutes les caricatures, les utilisations politiques et les interprétations définitives. Pour qualifier cette démarche, qui renvoie dos à dos croyants et athées dogmatiques, il invente un terme "l'anathéisme". Ana-théos : Dieu après Dieu. Un nouveau mot pour une quête spirituelle renouvelée dans un monde postmoderne qui a mis à bas toutes les représentations traditionnelles de Dieu. Un monde qui entend aussi récuser les critiques radicales de certains militants athées (Dawkins, Hitchens) qui ne jugent Dieu qu'à partir des pires dérives religieuses et sans tenir compte de tout ce que des croyants ont pu apporter de positif à l'humanité au nom de leur foi..." (Frédéric Lenoir, p.13)

Extrait de l'avant-propos de l'auteur :

"Quant à ce volume, j'espère qu'il organise en un tissu cohérent ces réflexions qui interrogent la quête renouvelée d'un Dieu après Dieu, et cela pour répondre à un besoin, me semble-t-il toujours plus pressant dans notre époque "postmoderne" où les dogmes antagoniques de sécularisme et d'absolutisme font peser une menace sur le dialogue. J'aime à me représenter ce livre comme une petite agora intellectuelle où les théistes et les athées pourraient engager un débat raisonnable, mais sans faiblesse, sur la base de la reconnaissance qu'il peut exister ce que j'appelle un espace anathéiste où la décision libre de croire ou de ne pas croire est non seulement tolérée, mais chérie. Si l'anathéisme dessine la possibilité de Dieu après Dieu, c'est parce qu'il permet l'hypothèse inverse, à savoir son impossibilité. La question repose naturellement en bonne part sur la définition de ce que nous appelons Dieu. Si la transcendance est effectivement un surcroît de signification, elle implique un processus d'interprétation à l'infini. Plus Dieu est étrange à nos modes de pensée familiers, plus nous faisons des lectures multiples de son étrangeté. Si la divinité est inconnaissable, l'humanité doit l'imaginer de bien des manières. L'absolu requiert le pluralisme pour éviter l'absolutisme." (p.22)

"Qu'est-ce donc que l'anathéisme ?

Comme l'indique le préfixe ana, l'anathéisme parle de répétition et de retour. Non pas dans le sens d'une réintégration dans un état antérieur de perfection - comme dans la réminiscence (anamnesis) de Platon où nous rappelons notre préexistence dans ses formes intemporelles. Ni, de fait, dans le sens d'un retour à un état édénique de croyance pure avant que la modernité n'ait dissous les vérités éternelles. Rien de nostalgique n'est à l'oeuvre. Nous ne soucions ici, pour emprunter la terminologie Kierkegaard, non pas d'un "ressouvenir" en arrière, mais d'une "répétition" en avant. Le préfixe ana indique un mouvement de retour à ce que j'appelle un pari originaire, un moment inaugural de pesée entre deux options qui est à la racine de la croyance. Il marque une réouverture de cet espace où nous sommes libres de choisir entre la foi et l'absence de foi. En tant que tel, l'anathéisme s'intéresse à l'option de la croyance rétablie. Il opère aussi bien avant qu'après la division entre théisme et athéisme, et il rend l'un et l'autre possibles. En un mot, l'anathéisme est une invitation à revisiter ce que l'on peut désigner comme une des scènes primitives de la religion la rencontre avec un étranger radical que nous choisissons - ou ne choisissons pas - d'appeler Dieu" (p.42)

"L'anathéisme n'est pas un athéisme qui souhaite débarrasser le monde de la présence de Dieu, rejetant le sacré en faveur du séculier. Il n'est pas davantage un théisme qui cherche à débarrasser Dieu de la réalité du monde, rejetant le séculier en faveur du sacré. Il n'est pas non plus un panthéisme (à la façon antique ou New Age) qui opère l'amalgame du séculier et du sacré, déniant toute distinction entre le transcendant et l'immanent. L'anathéisme ne dit pas que le sacré est le séculier ; il dit qu'il est dans le séculier, en vue du séculier. J'irais même jusqu'à avancer que le sacré, tout en restant distinct du séculier, est inséparable de lui. Pour l'anathéisme, il y a "interpénétration" entre le sacré et le séculier, mais surtout pas fusion ou confusion. Les deux sont inextricablement liés, mais ne constituent jamais une seule et même chose." (Conclusion, "Accueillir les Dieux étrangers ?", 315-316)

 

 

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