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Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode
Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode

Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthodetraduction intégrale revue et complétée par Pierre Fruchon, Jean Grondin et Gilbert Merlio (Seuil, 1996 ; une traduction partielle, par Etienne Sacre, revue par Paul Ricœur, est parue au Seuil en 1976). Pour les problèmes d'édition et de traduction de Vérité et Méthode, cf. Paul Ricoeur, les sens d'une vie de François Dosse, chap. 40, "La greffe herméneutique", pg. 394 et suiv.) - Jean Grondin a publié en 2000 une Introduction à Hans Georg Gadamer aux éditions du Cerf

Né le 11 février à Marbourg et décédé à Heidelberg, le 13 mars 2002, Hans-Georg Gadamer est un philosophe allemand, disciple de Heidegger. Gadamer est surtout connu comme l'un des plus importants théoriciens de l'herméneutique de par son œuvre Vérité et méthode (Wahrheit und Methode), herméneutique à laquelle il a donné un accent ontologique. Son livre Vérité et Méthode, le plus célèbre et le plus connu de son œuvre, pose les fondements de cette herméneutique en s’inspirant de certains éléments du platonisme et du néoplatonisme chrétien. Gadamer a également travaillé sur Platon, Herder et Goethe, mais l'essentiel de sa réflexion porte sur les sciences de l'esprit et leur rapport à l'herméneutique. Durant la seconde guerre mondiale, il donne une conférence en mai 1941 à l'Institut allemand de Paris. Intitulée Herder et ses théories de l'histoire, elle présente favorablement l'opposant des Lumières françaises. C'est seulement après le retrait temporaire de Heidegger hors de la scène philosophique, pendant la Seconde Guerre mondiale, et surtout après la disparition de celui-ci en 1976 que Gadamer connaîtra une notoriété grandissante. 

Hans-Georg Gadamer (Brève présentation) :

"En dépit de son exceptionnelle longévité et de ses nombreux travaux portant aussi bien sur l'esthétique (Bach, Goethe) que sur l'histoire de la philosophie (Platon, Herder), Hans Georg Gadamer restera principalement l'homme d'un seul livre, Vérité et Méthode. Publié en 1960, c'est un ouvrage tardif pour celui qui, dès 1919, avait étudié Platon et Kant sous la direction de Natorp et de Nicolaï Hartmann. Le jeune étudiant rédige en 1922 une thèse d'une centaine de pages seulement sur L'Essence du plaisir dans les dialogues de Platon. Ce fut, pendant longtemps, avec sa thèse de 1931 sur L'Ethique dialectique de Platon, son seul travail notable. Car ce philosophe devint prolixe sur le tard seulement. Bien que sa bibliographie soit aujourd'hui considérable (elle comprend quelque trois cents pages ! et ses Œuvres complètes, en cours de publication à Tübingen depuis 1985, comptent déjà dix volumes), il n'a édité son œuvre majeure, Vérité et Méthode, qu'à l'approche de l'âge de la retraite.

Ce livre, qui fit date, entendait définir "les grandes lignes d'une herméneutique philosophique". L'herméneutique, à l'origine, est l'art d'interpréter le sens caché des textes bibliques. Mais nous savons, depuis Dilthey (1833-1911), que la compréhension interprétative est une activité courante dans bien d'autres domaines, en particulier dans celui des "sciences de l'esprit" ou sciences humaines. On peut donc, dans un premier temps, lire le projet de Gadamer comme une tentative pour proposer à ces dernières une méthodologie générale.

Toutefois, Vérité et Méthode ne délivre aucune recette destinée à faciliter les progrès de la connaissance. Son propos est autre. Hostile au positivisme, adepte de la réflexion phénoménologique développée par Husserl et Heidegger, Gadamer fait sienne l'idée de ce dernier selon laquelle "le comprendre appartient à l'être même de l'homme". En d'autres termes : tout ce qui est humain s'offre au déchiffrement et appelle l'interprétation. Les sciences de la nature ne sont pas moins problématiques que celles de l'esprit. Il faut donc élargir la question kantienne : ce n'est pas seulement la connaissance objective, mais le comprendre en général qui doit être expliqué, et dont les conditions doivent être mises au jour.

"CONTENU DE VERITE "

Pour y parvenir, Gadamer explore successivement deux domaines concrets : l'art et l'histoire. L'œuvre d'art n'est pas une pure forme offerte au jugement de goût ; elle nous invite, pourvu que nous sachions l'interpréter, à faire l'expérience d'un "contenu de vérité" qui ne se réduit pas à la compréhension des intentions de l'auteur, et dont la richesse objective n'est pas inférieure à celle d'une connaissance scientifique. L'histoire est, de même, le lieu dans lequel s'effectue la transmission des traditions constituant une "culture", culture qui porte en elle aussi sa part de vérité. Chemin faisant, cette double analyse conduit Gadamer à reconnaître le rôle fondamental que le langage joue dans toutes les activités humaines. "La lumière qui donne relief à toutes choses de façon à les rendre claires et intelligibles en elles-mêmes, c'est la lumière de la parole", écrit-il. Accéder à l'Etre, c'est donc accéder au langage. Comprendre, c'est donc se mettre d'accord sur le sens attribué à certains signes. Le rôle de l'herméneutique philosophique n'est autre, dans cette perspective, que de faciliter à la fois compréhension intersubjective et communication.

Malgré son admiration pour Heidegger, Gadamer arrive donc à des conclusions très éloignées de ce dernier. Le rôle capital qu'il reconnaît au langage le rapprocherait plutôt de Wittgenstein. De fait, Gadamer est le premier philosophe allemand à avoir tenté de jeter des passerelles entre la phénoménologie d'origine "continentale" et la philosophie analytique anglo-saxonne.

Réputée difficile, l'œuvre de Gadamer reste encore relativement mal connue du public français. Seuls quelques-uns de ses nombreux articles, textes et conférences ont été traduits. Parmi la dizaine d'ouvrages de Hans Georg Gadamer disponibles en français, on signalera la traduction intégrale revue et complétée de Vérité et Méthode, par Pierre Fruchon, Jean Grondin et Gilbert Merlio (Seuil, 1996 ; une traduction partielle, par Etienne Sacre, revue par Paul Ricœur, était parue au Seuil en 1976), La Philosophie herméneutique (recueil d'articles), traduit par Jean Grondin (PUF, 1996), lequel a publié, en 2000, une utile Introduction à Hans Georg Gadamer (Cerf). Ces publications laissent penser que cette œuvre suscite à présent une attention croissante. (Christian Delacampagne)

Paul Ricoeur et Hans-Georg Gadamer :

"Décidément, l'année 1960 est un moment tournant dans l'itinéraire de Ricoeur. Au moment même où il reprend l'aphorisme de Kant selon lequel "le symbole donne à penser", il s'engage dans de vastes détours pour mieux appréhender les traces existentielles à partir de leurs inscriptions textuelles et entreprend la réalisation du programme de démythologisation, il découvre l'ouvrage publié en 1960 du philosophe allemand Hans-George Gadamer, Vérité et Méthode, qui porte comme sous-titre" Les grandes lignes d'une herméneutique philosophique". Véritable pierre d'angle de l'herméneutique contemporaine, on ne peut pour autant dire qu'il va influencer Ricoeur car son engagement dans l'herméneutique des symboles et dans l'herméneutique freudienne est déjà largement amorcé. Cependant, on peut avancer que les thèses de l'herméneutique postheideggerienne de Gadamer ont réconforté Ricoeur dans ce qu'il qualifiera plus tard lui-même de "greffe herméneutique" sur le programme phénoménologique : "L'herméneutique illustrée et brillamment rénovée par Gadamer dont le grand oeuvre Vérité et Méthode (...) devint une de mes références privilégiées." (Paul Ricoeur, Réflexion faite, p.38) Le tripe accès au sens grâce à la traversée de l'expérience esthétique, historique et langagière conforte le déplacement qu'opère Ricoeur par rapport aux risques d'un repli egologique du programme phénoménologique. Par ailleurs, face au défi structuraliste, propre à l'espace intellectuel français, Ricoeur reçoit avec l'ouvrage  de Gadamer, le solide appui d'une démarche qui récuse tout renfermement dans le méthodologisme épistémologique..." (François Dosse, Paul Ricoeur, Les sens d'une vie, chap. 40 "La greffe herméneutique", p. 394 et suiv.)


 

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