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Michel de Certeau, La Fable mystique
Michel de Certeau, La Fable mystique

Michel de Certeau, La fable mystique, XVIème - XVIIème siècle Tome I, 1982 et Tome II, édition établie et présentée par Luce Giard, Paris, Gallimard, collection "Bibliothèque des histoires", 2013

Michel de Certeau, né le 17 mai 1925 à Chambéry et mort à Paris le 9 janvier 1986, est un intellectuel jésuite français auteur d'études d'histoire religieuse (surtout la mystique des XVIe et XVIIe siècles) comme le montre son ouvrage La fable mystique, édité en 1982, et d'ouvrages de réflexion plus générale sur l'histoire, la psychanalyse, et le statut de la religion dans le monde moderne. Jésuite, il restera toujours fidèle à cette institution, bien qu'évoluant dans ses marges. Il est co-fondateur de l'École Freudienne de Paris, autour de Jacques Lacan. Il s'engage en faveur des étudiants en 1968. Historien de la mystique et a minima « convaincu d'expériences », Michel de Certeau est une personnalité complexe dont l'œuvre traverse tous les champs des sciences sociales. En 1984, il est élu directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales avec comme intitulé général de ses séminaires : « Anthropologie historique des croyances, XIVe-XVIIIe siècles ». L'influence psychanalytique se retrouve fortement dans son œuvre historiographique, où il analyse le « retour du refoulé » au travers des limites arbitraires de l'histoire officielle, et la survivance du « non dit » dans les marges de l'écrit. Il est une référence, souvent cité dans les recherches liées aux Cultural Studies. 

Présentation du premier volume : 

"Voici l'étude d'une figure historique de la mystique chrétienne. Figure passante organisée autour des rapports entre un sujet parlant, une parole et une institution, quand se déchire le monde des certitudes médiévales, que la foi se fait combat et question, que l'ordre traditionnel tombe en ruine et que s'ouvrent mille autres lieux pour restaurer la communication spirituelle. Brûlé par l'amour d'un Autre, le sujet (souvent féminin) dit son désir d'une impossible rencontre, à travers les surprises et les violences d'un récit d'extases, de grâces et de blessures. La manière de dire lui importe davantage que le dit, et sa parole se fait musique, poème, dialogue et fable. Associés aux images troublantes du fou, de l'idiot, de l'enfant, de la femme ou de l'errant, les mystiques se réfèrent et se dérobent au pouvoir de l'institution ecclésiale, emportés d'un mouvement qui est transport, passion, mais aussi "vie commune de la foi". (source : site Gallimard)

Présentation du deuxième volume :

"Paysage fragmentaire de résidus sociaux" que l’historien "effeuille en silence" : la mystique naît de cette catastrophe des identités, et de l’impossible restauration d’une unité perdue. Ne serait-elle que cela, cependant, elle ne pourrait que témoigner d’une façon de nostalgie – quand elle s’installe au contraire au cœur de cette dévastation et en est le "dire" d’excellence. Si bien que la mystique est cette parole – cette "fable" – qui ne cesse de se proférer dans les délitements des institutions de religion, et l’effritement des paroles sacrées, leur équivoque, et l’infinie pluralité de leurs significations. "À travers les fentes d’une réalité désormais invivable", écrivait Antonin Artaud, "parle un monde volontairement sibyllin". Cette parole sibylline, ce dire incertain, cette dissémination et délocalisation des signifiants – survenus en l’effondrement d’une historicité déchue – Michel de Certeau en dit le tournant mystique. Ceci, quadruple index de cette parole, fut déjà le fil rouge du premier volume de La Fable mystique (1982). Parole du corps, et passage en tous sens du corps physique au corps mystique ; exposition systématique de toutes les modalités possibles de communication, et, en mode de subversion infinitésimale ou en mode majeur, fusion de ce qui se dit et de ce qui se fait ; temps mystique, matrice d’événements fondateurs, pure origine, sans repli vers des référentiels antérieurs ; mystique, enfin, cette "formation historique" venue sur le naufrage d’une historicité fondée sur la relation à l’Un, qui désormais n’est plus capable de faire sens commun.

2Regroupant des textes pour partie inédits ou des articles enrichis de précisions que sa mort en 1986 ne permit pas à l’auteur de rassembler en second tome de La Fable – le présent volume prolonge et diversifie cette analyse de la mystique comme champ critique d’écoute, espace de travail et de dispositifs sociaux de production et de circulation de sens, et "science" où la parole de Dieu, le Dire, s’éprouve comme principe constitutif d’altérité..." (Luce Giard)

Début de l'introduction  au premier volume :

"Ce livre se présente au nom d'une incompétence : il est exilé de ce qu'il traite. L'écriture que je dédie aux discours mystiques de (ou sur) la présence (de Dieu) a pour statut de ne pas être. Elle se produit à partir de ce deuil, mais un deuil inaccepté, devenu la maladie d'être séparé, analogue peut-être au mal qui constituait déjà au XVIème siècle un secret ressort de la pensée. la Melancholia. Un manquant fait écrire. Il ne cesse de s'écrire en voyages dans un pays dont je suis éloigné. A préciser le lieu de sa production, je voudrais éviter d'abord à ce récit de voyage le "prestige" (impudique et obscène, dans son cas) d'être pris pour un discours accrédité par une présence, autorisé à parler en son nom, en somme supposé savoir ce qu'il en est.

Ce qui devrait être là n'y est pas : sans bruit, presque sans douleur, ce constat est au travail. Il atteint un endroit que nous ne savons pas localiser, comme si nous avions été frappés par la séparation bien avant de le savoir. Quand cette situation parvient à se dire, elle peut encore avoir pour langage l'antique prière chrétienne : "Que je ne sois pas séparé de toi." Pas sans toi. Nicht ohne. Mais le nécessaire, devenu improbable, c'est en fait l'impossible. Telle est la figure du désir. Il se rattache évidemment à cette longue histoire de l'Unique dont l'origine et les avatars, sous sa forme monothéiste, intriguaient tellement Freud. Un seul vient à manquer, et tout manque. ce commencement nouveau commande une suite d'errances et de poursuites. On est malade de l'absence parce qu'on est malade de l'Unique..."

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