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Paul Ricoeur, La Critique et la Conviction

Paul Ricoeur, La Critique et la Conviction, Entretien avec François Azouvi et Marc de Launay, Calmann-Lévy, 1995

Paul Ricoeur est l'un des philosophes contemporains les plus importants. Il est l'auteur d'une oeuvre impressionnante, diverse et abondante, dont le retentissement ne cesse de croître depuis quelques années en France et à l'étranger. Parmi ses livres les plus célèbres, on comptera de l'interprétation (Le Seuil, 1965 et 1995), Le Conflit des interprétations (Le Seuil, 1969), La Métaphore vive (Le Seuil, 1975), Temps et Récit (Le Seuil, 1983-1985), Soi-même comme un autre (Le Seuil, 1990)

François Azouvi et Marc de Launay, chercheurs au CNRS, étaient rédacteurs en chef de la Revue de métaphysique et de morale, alors dirigée par Paul Ricoeur.

Quatrième de couverture :

"Pour la première fois, l'un des plus grands esprits de notre temps, réputé pour sa discrétion, avare de confidences et de textes autobiographiques, entreprend ici, avec deux intimes, de nous raconter son itinéraire personnel et intellectuel. La Critique et la Conviction n'est pas seulement une introduction à la vie et à l'oeuvre de Paul Ricoeur, qui balaie tous les champs d'intérêt du philosophe, de la métaphysique à la psychanalyse, de l'herméneutique à l'éthique, de l'histoire de la philosophie à la religion. C'est aussi une longue et passionnante réflexion, s'élaborant en direct, sur quelques questions peu ou jamais traitées dans ses livres - l'esthétique par exemple - ou sur des problèmes d'actualité. C'est également une bouleversante méditation sur l'existence et sur la mort. Leçon de philosophie, La Critique et la Conviction témoigne d'une éblouissante capacité à mettre en rapport les savoirs et les cultures."

Table des matières :

De Valence à Nanterre - France/Etats-Unis : deux histoires incomparables - De la psychanalyse à la question du soi ou trente ans de travail philosophique - Politique et Totalitarisme - Devoir de mémoire, devoir de justice - Education et Laïcité - Lectures et méditation bibliques - L'expérience esthétique - Notes - Bibliographie

"Les entretiens qui constituent la matière du présent livre se sont déroulés en octobre-novembre 1994, en mai et en septembre 1995, à Châtenay-Malabry, dans le bureau de Paul Ricoeur. L'enregistrement a été récrit et soumis à Paul Ricoeur, qui l'a relu et complété. Nous avons ajouté, lorsque cela nous a paru nécessaire pour la bonne intelligence du texte, des notes bibliographiques. En revanche, nous n'avons pas cru devoir supprimer tous les renseignements inhérents à la forme des entretiens ; il constituent aussi, de l'un à l'autre, une sorte de fil rouge"

Explication du titre ("La critique et la Conviction") :

Vous êtes parmi les rares philosophes qui menez de front un travail philosophique et un travail de réflexion d'ordre religieux. Comment conciliez-vous les deux démarches ?

"Il me semble qu'aussi loin que je remonte dans le passé, j'ai toujours marché sur deux jambes. ce n'est pas simplement par précaution méthodologique que je ne mêle pas les genres, c'est parce que je tiens à affirmer une référence double, absolument première pour moi. J'ai donné à cela, dans la suite de mes réflexions, une série de formulations, dont peut-être la plus exacte, celle que je privilégie maintenant, est exprimée par le rapport entre conviction et critique - ce à quoi je confère d'ailleurs un sens politique très accentué, dans la perspective de la vie démocratique : nous formons une culture qui a toujours eu des convictions fortes, entrecroisées à certains moments critiques. Mais ce n'est qu'une façon d'exprimer la polarité de la conviction et de critique, car la philosophie n'est pas simplement critique, elle est aussi de l'ordre de la conviction. Et la conviction religieuse possède elle-même une dimension de critique interne." (p.211)

Citations :

"Jusqu'où peut-on aller dans la présupposition que le temps ne devient humain que lorsqu'il est raconté ? que le passage par le narratif est l'élévation du temps du monde au temps de l'homme ?"( (p.125)

"Vous cherchiez à savoir s'il y a continuité ou rupture entre mes livres : voilà un type de continuité particulier, qui procède par reprise, avec un pas en arrière. de même pour le narratif, que j'avais rencontré bien avant Temps et Récit, au moment où je publiais Histoire et Vérité (1955), et même, les mythes étant déjà des récits, dès la Symbolique du mal." (p.127)

L'histoire comporte, selon moi, trois niveaux : l'histoire documentaire qui relève des critères de vérification, l'histoire explicative ouverte à la controverse, l'histoire qu'on pourrait dire poétique, puisqu'elle est celle des grandes affabulations de l'autocompréhension d'une nation à travers ses actes fondateurs." (p.132)

"La thèse que je soutiens est que la puissance de refiguration du langage est proportionnelle à sa puissance de distanciation dans le moment de son autoconstruction en univers du signifiant. (...) Le langage, selon moi, veut dire le monde parce qu'il l'a d'abord quitté ; il procède ainsi à une espèce de mouvement de reconquête du réel perdu par la conquête première de la signifiance en elle-même et pour elle-même" (p.133)

"Je tiens ferme qu'il y aura toujours deux lectures du temps : une lecture cosmologique et une lecture psychologique, un temps du monde et un temps de l'âme. Et que le temps échappe à la prétention de l'unification." (p.136)

"J'ai risqué une distinction (...) entre deux figures de l'identité : celle que j'appelle l'identité idem, la mêmeté", ou sameness (les empreintes digitales, la formule génétique, le caractère) tandis que le paradigme de l'identité ipse, c'est pour moi la promesse (une identité voulue, tenue, qui se promulgue en dépit du changement)." (p.138)

Mon avis sur le livre :

Ce livre passionnant et relativement abordable d'entretiens avec Paul Ricoeur constitue, avec son "autobiographie intellectuelle", Réflexion faite (Editions Esprit, 1995), une aide précieuse à la compréhension de son oeuvre.

L'auteur de La Métaphore vive y répond à des questions sur le milieu où il passa son enfance, la mort du père, l'origine de son goût pour la lecture, son appartenance au protestantisme, son éducation religieuse, son année de philosophie au lycée de Rennes, sa décision de faire des études de philosophie, la rencontre avec Gabriel Marcel, l'agrégation, la situation politique au début des années 30, ses engagements politiques, sa captivité en Allemagne, son rapport à la culture allemande, la rencontre avec Heidegger, le milieu intellectuel parisien, son rapport à la psychanalyse, sa rencontre avec Mircea Eliade, les philosophes dont il est resté le plus proche, Mai 68 et les événements de Nanterre, les raisons de sa démission de ses fonctions de doyen de l'université de Nanterre, ses années d'enseignement aux Etats-Unis, le mouvement des droits civiques, le système scolaire et universitaire américain, le multiculturalisme, la naissance de la "political correctness" (le politiquement correct), l'ancrage religieux de la démocratie américaine, la pensée de Tocqueville, le rapport orageux avec Jacques Lacan, la fameuse opposition introduite par Wilhelm Dilthey et développée par Rickert, entre "expliquer" (les sciences de la nature) et "comprendre" (les sciences de l'esprit), l'herméneutique et l'épistémologie, le rapport à la phénoménologie et au structuralisme (Levi-Strauss, Foucault, Greimas), la notion de "conflictualité productive", l'architecture générale de Temps et Récit, "l'identité narrative", le problème de la mémoire, le rapport entre la société et l'Etat, le phénomène totalitaire, l'enseignement philosophique du Droit, son rapport à la Bible et sa conception de l'art.

 

 

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