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Louis Forest, On vole des enfants à Paris

Louis Forest, On vole des enfants à Paris, roman extraordinaire, préface et postface de Matthieu Letourneux, professeur de Littérature à l'université Paris X Nanterre, Editions du masque, Jean-Claude Lattès, 2012

Louis Forest (Metz 1872-Paris, 1933) a été journaliste et critique à L'Illustration, au Figaro et au Matin, où il a tenu, de 1920 à sa mort, une chronique intitulée "propos d'un Parisien". Dramaturge et romancier, il s'était aussi engagé dans le débat politique, représentant de la Droite libérale, et fut élu au conseil de Seine-et-Oise.

Matthieu Letourneux est spécialiste des cultures sérielles et médiatiques des XIXe et XXe siècle (littérature populaire et de masse, presse, cultures de jeunesse), et des relations entre culture matérielle et médiatique. Il dirige la revue Belphégor, spécialisée dans les cultures médiatiques et la littérature populaire (https://belphegor.revues.org/).

Quatrième de couverture :

"Le 25 Juin 1906, les lecteurs du "MATIN" purent lire à la deuxième page de ce grand journal le sensationnel reportage qui suit : On vole des enfants à Paris On en vole tous les jours. On les vole sur les grands boulevards, dans les rues les plus passantes. On en a volé boulevard Montmartre, rue Caumartin, rue Royale, rue Racine, avenue Niel, passage des Panoramas, cité Rougemont. On les vole en plein midi, avec une audace diabolique, avec une adresse stupéfiante. On les vole sous le regard des mères les plus attentives. Et ceci n'est pas un de ces contes dont frissonnait notre enfance, une histoire à secouer de cauchemars les nuits des tout petits. C'est la réalité la plus vraie, celle que nous vivons." La police se révélant incapable de faire la lumière sur cette affaire, c’est une commission d’enquête scientifique qui va prendre les choses en main. Elle est dirigée par le célèbre chirurgien allemand le docteur Flax… Mais est-il réellement le bienfaiteur de l’humanité qu’il prétend être ? "

Extrait de la préface :

"Bien avant qu'Orson Wells ne propose sa fameuse émission radiophonique consacrée à La Guerre des mondes qui émut toute l'Amérique (moins qu'on a voulu le dire, cependant), un écrivain français lançait un canular similaire dans le journal Le Matin. Le 25 juin 1906 paraissait la première partie d'un "reportage sensationnel" débutant par cette annonce effrayante : "On vole des enfants à Paris !" Pendant trois mois, ce mystère allait donner lieu à un compte-rendu quotidien et à une enquête extraordinaire menée tambour battant par trois courageux journalistes : Aron Barbarus, Alain Bernard et Clovis Binard. Au fil des livraisons, le fait divers criminel allait se faire de plus en plus délirant : le nombre des enfants enlevés s'élèvera à plus de trente, un savant fou sera impliqué, une armée de mutants verra le jour, et le repaire secret de l'ennemi tiendra en échec l'armée française grâce à l'intervention de machines fabuleuses... Dans une tradition que n'aurait pas reniée à l'époque Gaston Leroux. Le roman criminel glissait ainsi vers le récit d'aventures fantastique - ce qu'on appellerait aujourd'hui la science-fiction..." 

Extrait de la postface :

"(...) derrière la désinvolture comique et le goût de la blague si caractéristique de la Belle Epoque, la nouveauté de l'oeuvre tient à l'usage extrêmement astucieux que l'auteur fait de la logique médiatique qui accompagne le triomphe de la presse. C'est lui qui nourrit son traitement de l'imaginaire criminel, de l'aventure fantastique et des mécanismes du feuilleton. C'est fondamentalement un roman consacré à l'espace médiatique qu'écrit Forest. Non seulement il en représente les thèmes majeurs, non seulement il en pastiche le style et les travers, mais il en exploite avec une grande intelligence ludique les ressorts narratifs et génériques. En définitive, ce dont parle l'auteur, c'est de cette culture médiatique qui nous fait envisager la réalité par le biais des médias et qui nous permet, justement, les glissements du réel à la fiction."

Mon avis sur le roman :

On doit la réédition de On vole des enfants à Paris de Louis Forest, à Matthieu Letourneux, professeur de Littérature moderne à l'université Paris X Nanterre, spécialiste des cultures sérielles et médiatiques des XIXème et XXème siècle.

Ce chef d'oeuvre de la littérature populaire du début du siècle, injustement tombé dans l'oubli, parut d'abord sous forme de feuilleton dans le journal Le Matin, avant d'être édité sous forme de roman en 1906. 

Certains lecteurs de l'époque crurent à la véracité des faits rapportés (puisque c'était écrit dans le Journal !) 

Cet énorme canular journalistique peut être lu aujourd'hui au premier degré (et pourquoi bouder son plaisir ?) et/ou, avec son parti pris de relater des événements invraisemblables et sensationnels dans un  style comiquement ampoulé et hyperbolique, comme une parodie de la Presse à sensation et des romans populaires, dont se repaissaient les lecteurs de la "Belle Epoque", dont les héros s'appelaient Sherlock Holmes, Fantômas, Arsène Lupin, ou Rouletabille.

Avec la complexité de sa construction, la multiplicité des points de vue narratifs et le jeu sur l'ambiguïté des genres, entre faux fait divers réaliste et vrai roman d'imagination, le roman de Louis Forest est un véritable tour de force, en même temps qu'un témoignage capital sur la Presse et la littérature populaire du début du XXème siècle. 

Cette histoire complètement délirante - et de plus en plus à mesure qu'on avance dans la lecture du roman - n'a pas échappé aux surréalistes, à commencer par Robert Desnos.

 

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