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La Lettre à Diognète

A Diognète, Editions du Cerf, collection sources chrétiennes, avec la collaboration de Henri-Irénée Marrou, n°33, août 1997

L’Épître à Diognète est une lettre d’un auteur chrétien anonyme qui date de la fin du IIème siècle. Il s’agit d’un écrit apologétique adressé à un païen de haut rang nommé Diognète pour démontrer la nouveauté radicale du christianisme. Le seul manuscrit connu a été découvert dans une poissonnerie de Constantinople au XVème siècle, puis après de nombreuses péripéties, a brûlé lors de l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870. C’est Henri-Irénée Marrou qui a édité et a retracé l’histoire du manuscrit en 1951.

"ll y eut un moment au IIe siècle, où les chrétiens, ayant dans l'ombre authentifié leurs Écritures fondatrices et constitué leurs communautés, s'enhardirent à « rendre raison [apologian] de leur espérance » (I Pierre 3, 15) à tous ceux qui le leur réclamaient, juifs et païens. C'est le grand moment des apologistes, eux qui inaugurèrent avec bonheur un genre littéraire qui marquera à jamais la littérature chrétienne. Parmi toutes les apologies de cette époque l'Épître à Diognète apparaît à la fois comme la plus mystérieuse et la plus brillante.

Elle n'a jamais été citée jusqu'à la fin du Moyen Age. Le nom de l'auteur reste un secret scellé. L'unique manuscrit a brûlé dans l'incendie de Strasbourg en 1870. Mais dès l'édition princeps d'Henri Estienne, en 1592, elle suscite un intérêt sans cesse renouvelé ; on en compte depuis lors près de soixante-dix éditions ou réimpressions, totales ou partielles. C'est qu'il y a là un témoignage unique, par la force et la limpidité de la conviction qui l'anime, sur la nouveauté récurrente du christianisme. Qui n'en connaît au moins la phrase : « En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde » ?

Due à Henri-Irénée Marrou (1904-1977), cette édition, plusieurs fois réimprimée, a fait date. Nul autre que l'éminent historien de l'Antiquité tardive et chrétienne, de surcroît si attentif aux questionnements de notre temps, n'était le mieux à même de rendre l'éclatante jeunesse de cette apologie qui l'a marqué dès le début de sa carrière (voir les Fondements d'une culture chrétienne, de 1934).  (source : Editions du Cerf)

Plan et résumé de la Lettre : 

  • Un païen du nom de Diognète, grand personnage, a prié l’un de ses amis, un chrétien, de l’éclairer sur l’origine, sur le caractère particulier et l’efficacité du christianisme, sur la raison enfin de son avènement tardif parmi les hommes, c. I.
  • L’auteur de la lettre commence donc par prendre à partie tour à tour le paganisme et le judaïsme, par réfuter l’idolâtrie ou plutôt la forme la plus grossière de l’idolâtrie, le fétichisme, c. II, et les superstitions rabbiniques qui peu à peu ont dénaturé la loi de Moïse et institué un culte purement extérieur, indigne de Dieu, c. III-IV.
  • Après quoi, l’auteur, abordant la deuxième question de Diognète, sans avoir encore épuisé la première, trace un tableau exquis de la vie des chrétiens de son temps, c. V, et fait ressortir, dans une comparaison restée justement célèbre, le rôle de la religion nouvelle : "Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde" c. VI.

  •  Une fois l’effet constaté, notre auteur en montre la cause.

  •  L’intervention divine peut seule expliquer une si prodigieuse transformation des mœurs. Le christianisme n’est pas une invention humaine ; il est d’origine divine.
  • Dieu a député son Fils vers les hommes, " comme un ministre de clémence et de douceur, " pour les sauver. La mort héroïque des martyrs et la rapide propagation du christianisme attestent une puissance surnaturelle, la présence du Fils de Dieu parmi nous, c. VII-VIII, 6.
  • Vient ici la réponse, une réponse incomplète toutefois, à la troisième question de Diognète : Pourquoi Dieu a-t-il différé si longtemps notre rédemption ? Pourquoi a-t-il laissé le genre humain plongé dans l’erreur et dans le vice tant de siècles durant ? C’est qu’il voulait nous faire sentir notre profonde misère et le besoin indispensable que nous avions de son secours, c. VIII, 7-IX.
  • Enfin, après avoir exhorté Diognète à embrasser la foi, l’auteur énumère les avantages spirituels qui en découleront pour lui, notamment la charité envers le prochain et la ressemblance avec Dieu même, c. X.
  • Dans les deux derniers chapitres par où se termine la lettre sous sa forme actuelle, l’auteur déclare à son ami qu’il n’a fait que lui transmettre l’enseignement des apôtres, dont lui-même a été le disciple. (source : jesusmarie.com)

Extraits :

Tu veux donc savoir, illustre Diognète, quelle est la religion des chrétiens. Je te vois très préoccupé de ce désir. Tu leur demandes publiquement et avec le plus vif intérêt quel est le Dieu sur lequel ils fondent leur espoir, et quel est le culte qu'ils lui rendent ? Qui donc leur fait ainsi mépriser le monde et la mort, et leur inspire cet éloignement pour les fausses divinités des Grecs et pour les pratiques superstitieuses des Juifs ? D'où leur vient cet amour qu'ils ont les uns pour les autres ? Pourquoi ce nouveau culte, ces nouvelles mœurs n'ont-ils paru que de nos jours ?

J'approuve ton désir, Diognète, et je demande à Dieu, qui seul donne la parole et l'intelligence, de mettre dans ma bouche le langage le plus propre à changer ton cœur, et de te faire la grâce de m'écouter, de manière que celui qui te parle n'ait plus à s'affliger de ton sort..."

"... Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier. ce n'est pas à l'imagination ou aux rêveries d'esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas comme tant d'autres les champions d'une doctrine humaine. Ils se répartissent dans les Cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas leurs nouveaux-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l'emporte en perfection sur les lois."

"Pour tout dire, en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l'âme est dans le corps : l'âme est répandue dans toutes les parties du corps ; les chrétiens sont dans toutes les parties de la Terre ; l'âme habite le corps sans être du corps, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. L'âme, invisible par nature, est placée dans un corps visible qui est sa demeure. Vois les chrétiens pendant leur séjour sur la Terre, mais leur culte qui est tout divin, ne tombe pas sous les yeux. La chair, sans avoir reçue aucun outrage de l'esprit, le déteste et lui fait la guerre, parce qu'il est ennemi des voluptés. Ainsi le monde persécute les chrétiens, dont il n'a pas à se plaindre, parce qu'ils fuient les plaisirs. L'âme aime la chair qui la combat et les membres toujours soulevés contre elle. Ainsi les chrétiens n'ont que de l'amour pour ceux qui ne leur montrent que de la haine. L'âme, enfermée dans le corps, le conserve ; les chrétiens enfermés dans ce monde comme dans une prison, empêchent qu'il ne périsse. L'âme immortelle habite un tabernacle périssable ; les chrétiens, qui attendent la vie incorruptible des cieux, habitent comme des étrangers les demeures corruptibles d'ici-bas. L'âme se fortifie par les jeûnes, les chrétiens se multiplient par les persécutions : le poste que Dieu leur a confié est si glorieux, qu'ils regardent comme un crime de l'abandonner...

"Je l'ai déjà dit et je le répète, la parole qu'ils ont reçue n'est pas une invention de la terre. Elle n'est pas un mensonge des mortels la doctrine qu'ils se font un devoir de conserver avec soin. Enfin le mystère confié à leur foi n'a rien de commun avec ceux de la sagesse humaine. 
Dieu lui-même, le tout-puissant, le créateur de toutes choses, a fait descendre du ciel sur la Terre la vérité, c'est à dire son Verbe saint et incompréhensible. Il a voulu que le cœur de l'homme fût à jamais sa demeure. Ce n'est donc pas, comme quelques-uns pourraient le croire, un ministre du Très Haut qui nous a été envoyé, un ange, un archange, un des esprits qui veillent sur la conduite du monde, ou qui président au gouvernement des cieux. Celui qui est venu vers nous est l'auteur, le créateur du monde, par qui Dieu le Père a fait les cieux, a donné des limites à la mer; c'est lui à qui obéissent et le soleil, dont il a tracé la route dans les cieux avec ordre de la parcourir chaque jour sans sortir de la ligne tracée, et la Lune qui doit prêter son flambeau à la nuit, et les astres qui suivent son cours ; enfin c'est lui qui a tout disposé avec ordre et tout circonscrit dans de justes limites ; à qui tout est soumis, les cieux et tout ce qui est dans les cieux, le Terre et tout ce qui est sur la Terre, la mer et tout ce qui est au sein de la mer, le feu, l'air, les abîmes, les hauteurs du ciel, les profondeurs de la Terre, les régions placées entre la terre et les cieux ; voilà celui que Dieu nous a envoyé, non comme un conquérant chargé de semer la terreur et d'exercer partout un tyrannique empire, ainsi que quelques-uns pourraient le croire. Non, il l'a envoyé comme un roi envoie son fils, lui donnant pour cortège la douceur et la clémence ; il a envoyé ce fils comme étant Dieu lui-même ; il l'a envoyé comme à de faibles mortels ; il l'a envoyé en père qui veut les sauver, qui ne réclame que leur soumission, qui ne connaît pas la violence, la violence n'est pas en Dieu ; il l'a envoyé comme un ami qui appelle et non comme un persécuteur ; il l'a envoyé n'écoutant que l'amour ; il l'enverra comme juge et qui soutiendra cet avènement ? 
Ne vois-tu pas que l'on jette les chrétiens aux bêtes féroces ? On voudrait en faire des apostats ; vois s'ils se laissent vaincre ! Plus on fait de martyres, plus on fait de chrétiens. Cette force ne vient pas de l'homme ; le doigt de Dieu est là ; tout ici proclame son avènement."

 

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