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Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du Diable
Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du Diable

Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du Diable (The Devil's Dictionary), traduction, notes et postface de Bernard Sallé, Rivages poche Petite Bibliothèque, 2014

Ambrose Gwinnett Bierce (né le 24 juin 1842 à Horse Cave Creek dans l'Ohio ; mort probablement en 1914, ou peut-être le 26 décembre 1913, dans la ville de Chihuahua au Mexique — où il a été vu pour la dernière fois) est un écrivain et journaliste américain. Il est essentiellement connu comme l'auteur du Dictionnaire du Diable et de nouvelles d'humour noir relevant fréquemment du genre fantastique, dont la plus célèbre est Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek.

Le Dictionnaire du Diable (The Devil's Dictionary) est un recueil de neuf-cent-quatre-vingt-dix-huit définitions formulées de manière très corrosive, écrit de 1881 à 1906 par Ambrose Bierce. Publié par bribes dans les journaux pendant plus de vingt ans, sa version définitive sortit en 1911. Recueillant un succès mitigé à sa sortie, en pleine période d'optimisme — à la suite de la Guerre de Sécession — le livre eut surtout une reconnaissance posthume. Sa première traduction française date de 1955. Elle est traduite par Jacques Papy, et comporte une préface de Jean Cocteau. De nos jours, la traduction la plus populaire est celle de Bernard Sallé, à partir de l'édition définitive de 1911, datant de 1989. Quelques centaines d'articles inédits du Dictionnaire du diable sont publiés par les éditions Voix d’encre en 2008.

Quatrième de couverture :

"Le Dictionnaire du Diable, entrepris en 1881, est le fruit d'un travail intermittent de vingt-cinq ans. C'est un livre inclassable, mais avant tout un chef-d'oeuvre d'humoriste, présenté dans une traduction établie à partir de l'édition définitive de 1911.

Ambrose Bierce était un esprit brillant et cultivé ; contemporain de Mark Twain, il débuta comme lui dans de nombreux journaux américains avec des nouvelles, des reportages et des critiques.

A l'âge de soixante et onze ans, il rejoignit l'armée de Pancho Villa et disparut à une date inconnue en luttant aux côtés des paysans mexicains."

Préface d'Ambrose Bierce (1911) :

Le Dictionnaire du Diable débuta dans une feuille hebdomadaire en 1881, et se prolongea de manière décousue, et avec de longues interruptions, jusqu'en 1906. Cette année-là, une partie importante fut rassemblée dans un ouvrage intitulé Le Lexique du Cynique, dénomination que l'auteur n'avait pas eu le pouvoir de rejeter ni le bonheur d'approuver. Pour citer les éditeurs du présent ouvrage :

"Ce titre surtout soucieux des convenances lui avait été alors imposé par les scrupules religieux du dernier journal  qui en avait publié des extraits, avec l'inévitable résultat que, lorsqu'il parut sous la forme d'un livre, le pays avait été inondé par ses imitateurs qui avaient fourni une profusion de livres "cyniques" - Le Ceci du Cynique, Le Cela du Cynique, etc., la plupart de ces livres étant profondément stupides, bien que certains y aient ajouté la marque de l'indigence. Avec tout cela, ils entraînèrent le mot "cynique" dans une défaveur si profonde que n'importe quel livre l'empruntant était discrédité avant même sa publication."

Par ailleurs, d'industrieux humoristes américains s'étaient largement servis d'extraits de l'ouvrage pour leurs besoins propres, et un grand nombre de ses définitions, de ses anecdotes, de ses tournures et autres trouvailles avaient plus ou moins glissé dans le langage courant. Cette explication est faite, non pour prétendre à une certaine priorité dans des vétilles, mais pour dénier à l'avance toute accusation de plagiat, ce qui n'est pas une vétille. En reprenant fermement son bien, l'auteur espère pouvoir se présenter la tête haute auprès de ceux à qui le livre est adressé - esprits éclairés qui préfèrent les vins secs aux vins doux, le sens plutôt que le sentiment, l'esprit à l'humour et le bon anglais à l'argot.

Une part non négligeable de l'ouvrage, qui espérons-le, ne rebutera pas le lecteur, est constituée de citations, venant en exemple et qui sont dues à d'éminents poètes, en tête desquels se trouve l'érudit et ingénieux père Gassalasca Jape, S.J., dont les lignes portent les initiales. Pour les précieux encouragements et pour l'aide déterminante du père Jape, l'auteur du texte en prose tient par ailleurs à exprimer sa profonde reconnaissance."

Citations :

A

AMITIÉ (n.). Embarcation assez grande pour porter deux personnes par beau temps, mais une seule en cas de tempête.

ANTIPATHIE (n.). Sentiment que nous inspire l’ami d’un de nos amis.

ARCHITECTE (n.). Celui qui trace le dessin de votre maison en nourrissant des desseins sur votre argent.

B

BAROMÈTRE (n.). Ingénieux instrument qui nous indique le temps qu’il fait.

BIEN-ÊTRE (n.). État d’esprit déterminé par la contemplation de la gêne d’un voisin.

C

CANON (n.). Instrument utilisé dans la rectification des frontières.

CLARINETTE (n.). Instrument de torture utilisé par une personne qui a du coton dans les oreilles. Il y a deux instruments qui sont pires qu'une clarinette - deux clarinettes.

COMESTIBLE (adj.). Bon à manger et facile à digérer : tel est le cas d’un ver pour un crapaud, d’un crapaud pour un serpent, d’un serpent pour un porc, d’un porc pour un homme, d’un homme pour un ver.

CONSEIL (n.). La plus petite pièce de monnaie courante.

CONSERVATEUR (n.). Homme d’état féru des maux déjà existants, à la différence du Libéral qui désire les remplacer par d’autres.

CORSAIRE (n.). Politicien des mers.

COUARD (n.). Celui qui, dans une situation périlleuse, pense avec ses jambes.

D

DESTINÉE (n.). Autorité qui couvre le crime d’un tyran ; excuse qui explique l’échec d’un imbécile.

DIFFÉREMMENT (adv.). Pas mieux.

DIFFÉRENCIER (v.i.). Relever des détails qui font qu’une personne ou une chose est, si possible, plus détestable qu’une autre.

E

ÉGOTISTE (n.). Personnage au goût vulgaire, qui s’intéresse à lui-même plus qu’à moi.

ÉMOTION (n.). Maladie épuisante causée par un afflux du cœur à la tête. Elle s’accompagne parfois d’un copieux écoulement de chlorure de sodium hydraté provenant des yeux.

ENVELOPPE (n.). Cercueil d’un document ; fourreau d’une note à payer ; cosse d’une remise ; robe de nuit d’une lettre d’amour.

ÉRUDITION (n.). Poussière tombée d’un livre dans un crâne vide.

ESTIME DE SOI-MÊME (n.). Évaluation erronée.

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