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Marcel Proust, Noms de pays : le nom
Marcel Proust, Noms de pays : le nom
Marcel Proust, Noms de pays : le nom

Marcel Proust, Adaptation et dessin de Stéphane Heuet, A la recherche du temps perdu, "Du côté de chez Swann", Noms  de pays : le nom, Delcourt, 2013, Edition augmentée de 18 pages explicatives en fin de volume.

L'auteur :

Scénariste, dessinateur, coloriste, Stéphane Heuet est né à Brest en 1957. Marin pendant sept ans dans l’océan Indien puis directeur artistique à Paris. Il découvre, à 35 ans, À la recherche du temps perdu de Marcel Proust et entreprend aussitôt son adaptation en bande dessinée. Étudiée dans les lycées et les universités, la série comporte aujourd’hui 6 tomes (Combray, À l'ombre des jeunes filles en fleurs volumes I et II et Un amour de Swann volumes I et II). Ces albums sont déjà édités et traduits aux États-Unis, au Brésil, aux Pays-Bas, en Croatie, en Italie, en Corée, à Taiwan, en Chine populaire, en Espagne, au Mexique, en Amérique latine et dans toute la communauté francophone.  Tout en continuant à son pas cette œuvre titanesque, il a écrit et dessiné La Petite Bibliothèque maritime idéale, publié fin avril 2010.

Mon avis :

Stéphane Heuet poursuit son pari un peu fou - et à mon avis gagné - d'adapter la Recherche du Temps perdu en bandes dessinées. Ce volume, le quatrième de la série, commence par l'évocation en mots et en images d'une finesse et d'une précision admirables des associations que suscitent dans l'esprit du narrateur préadolescent des noms de ville qu'il connaît où qu'il rêve de visiter : Balbec, Bayeux, Coutances, Vitré, Questambert, Pontorson, Balbec, Lanion, Lamballe, Benodet, Pont-Aven, Quimperlé, Florence, Parme, Bayeux...

Puis vient la rencontre au Jardin des Champs-Elysées avec Gilberte Swann, la fille d'Odette et de Charles Swann, une jeune fille du même âge et l'analyse par le narrateur de ses premiers émois amoureux.

La BD ne dispense évidemment pas de lire La Recherche, mais constitue, notamment avec ses documents annexes : plans, glossaire, généalogie, galerie des personnages, une excellente initiation à l'oeuvre de Proust,

Rêver sur des noms de ville (extrait du roman) :

"Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, depuis que j'avais lu la Chartreuse, m'apparaissant compact, lisse, mauve et doux ; si on me parlait d'une maison quelconque de Parme dans laquelle je serais reçu, on me causait le plaisir de penser que j'habiterais une demeure lisse, compacte, mauve et douce, qui n'avait de rapport avec les demeures d'aucune ville d'Italie, puisque je l'imaginais seulement à l'aide de cette syllabe lourde du nom de Parme, où ne circule aucun air, et de tout ce que je lui avais fait absorber de douceur stendhalienne et du reflet des violettes. Et quand je pensais à Florence, c'était comme à une ville miraculeusement embaumée et semblable à une corolle, parce qu'elle s'appelait la cité des lys et sa cathédrale, Sainte-Marie-des-Fleurs. Quant à Balbec, c'était un de ces noms où comme sur une vieille poterie normande qui garde la couleur de la terre d'où elle fut tirée, on voit se peindre encore la représentation de quelque usage aboli, de quelque droit féodal, d'un état ancien de lieux, d'une manière désuète de prononcer qui en avait formé les syllabes hétéroclites et que je ne doutais pas de retrouver jusque chez l'aubergiste qui me servirait du café au lait à mon arrivée, me menant voir la mer déchaînée devant l'église et auquel je prêtais l'aspect disputeur, solennel et médiéval d'un personnage de fabliau.

Si ma santé s'affermissait et que mes parents me permissent, sinon d'aller séjourner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l'architecture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train d'une heure vingt-deux dans lequel j'étais monté tant de fois en imagination, j'aurais voulu m'arrêter de préférence dans les villes les plus belles ; mais j'avais beau les comparer, comment choisir plus qu'entre des êtres individuels, qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l'accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’œuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l'aile d'une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s'emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d'araignées d'une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d'argent bruni..."

(Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, "Du côté de chez Swann")

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