Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Thomas Bernhard : "... Et cette tête finit par éclater."

"Ce qui caractérise ce genre d'êtres, qui sont d'abord un peu fous et qu'on finit par dire complètement aliénés, c'est qu'ils jettent de plus en plus, et sans relâche, les trésors de leur esprit par la fenêtre (de leur tête), et que, simultanément, dans leur tête, les trésors se multiplient aussi vite qu'ils les jettent par la fenêtre (de leur tête). Ils jettent de plus en plus de trésors - dans leur tête il y en a de plus en plus, et, forcément, de plus en plus menaçants, et pour finir, en jetant ainsi les trésors de leur esprit par la fenêtre (de leur tête), ils ne peuvent plus soutenir la cadence, et leur tête ne peut plus contenir tous les trésors qui ne cessent de se multiplier dans leur tête, et qui s'accumulent dans cette tête, et cette tête finit par éclater. C'est comme ça que la tête de Paul a tout simplement éclaté, parce qu'il n'avait pas pu, au fur et à mesure, jeter par la fenêtre (de sa tête) tous les trésors de son esprit. C'est aussi comme ça que la tête de Nietzsche a éclaté. C'est comme ça qu'en fin de compte toutes ces têtes folles et philosophiques ont fini par éclater : parce qu'elles ne pouvaient pas jeter assez vite par la fenêtre tous les trésors de leur esprit. Finalement, dans ces têtes, des trésors naissent constamment et vraiment sans relâche, beaucoup plus impitoyablement vite qu'ils ne peuvent être jetés par la fenêtre (de ces têtes), et un beau jour, ces têtes éclatent et c'est la mort."

(Thomas Bernhard, Le neveu de Wittgentein, Une amitié, trad. Jean-Claude Hemery, Gallimard/Folio, 1985, p.36-37)

 
 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :