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Umberto Eco, Kant et l'ornithorynque
Umberto Eco, Kant et l'ornithorynque

Umberto Eco, Kant et l'ornithorynque, (Kant e l'ornitorinco), traduit de l'italien par Julien Gayrard, Editions Grasset et Fasquelle, 1999 (et en Livre de Poche)

Table des matières : 

Introduction - 1. Sur l'être - 2. Kant, Peirce et l’ornithorynque - 3. Types cognitifs et contenu nucléaire - 4. L'ornithorynque entre dictionnaire et encyclopédie - 5. Notes sur la référence comme contrat - 6. Iconisme et hypoicônes - Appendice : Sur la dénotation

L'auteur :

Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie dans le Piémont et mort le 19 février 2016 à Milan, est un universitaire, érudit et écrivain italien. Reconnu pour ses nombreux essais universitaires sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la communication de masse, la linguistique et la philosophie, il est surtout connu du grand public pour ses œuvres romanesques. Titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l’École supérieure des sciences humaines à l’université de Bologne, il en était professeur émérite depuis 2008.

Quatrième de couverture :

"Comment distinguons-nous un éléphant d'un tatou ? Il s'agit d'un problème philosophique qui a obsédé la pensée humaine depuis Platon jusqu'aux cognitivistes contemporains et que Kant, lui non plus, n'a pas su résoudre ni même poser de façon satisfaisante : la perception que nous avons des choses dépend-elle de la structure de notre appareil cognitif, de la structure de notre appareil linguistique, ou des deux ?

Arrivé à ce point, on voit que les problèmes sémiotiques sont intimement liés aux sciences de la connaissance. Vingt ans après la publication du Traité de Sémiotique générale, Umberto Eco a voulu faire le point et rassembler, en un ouvrage original, l'ensemble de sa réflexion et de son travail. En reprenant les questions de la référence, de l'iconisme, de la vérité de la perception, et en s'intéressant de près à ce qu'il nommait alors le "seuil inférieur" de la sémiotique, l'auteur pratique une série d'explorations en mettant en scène un personnage souvent négligé : le sens commun."

Extrait de la préface : 

"Que vient faire Kant avec l'ornithorynque ? Rien. Comme nous le verrons, ils n'ont rien à faire ensemble, rien n'aurait pu les réunir et rien, d'ailleurs ne les a réunis, pas même une date. Voilà qui suffirait à justifier le titre et son incohérence qui sonnerait comme un hommage à la très ancienne encyclopédie chinoise de Borges.

De quoi parle ce livre ? De l'ornythorinque, mais aussi de chats, de chiens, de souris et de chevaux, mais également de chaises, d'assiettes, d'arbres, de montagnes et d'autres choses encore que nous voyons tous les jours, et des raisons pour lesquelles nous distinguons un éléphant d'un tatou (et même des raisons pour lesquelles, d'habitude, nous ne prenons pas notre femme pour un chapeau). Il s'agit d'un problème philosophique formidable qui a obsédé la pensée humaine depuis Platon jusqu'aux cognitivistes contemporains et que Kant, comme nous le verrons, n'a pas su résoudre à son tour, ni même poser de façon satisfaisante.

Les essais que réunit ce livre (dont la rédaction s'étend sur douze mois et qui reprennent des thèmes que j'ai pu traiter - en partie sous une forme inédite - durant ces dernières années) naissent donc d'un ensemble de préoccupations théoriques liées entre elles. Ces essais renvoient l'un à l'autre, mais ne doivent pas être lus comme des "chapitres" d'une oeuvre qui aurait des prétentions à la systématicité. Les différents paragraphes ont été numérotés et sous-numérotés pour permettre des renvois rapides d'un écrit à l'autre. Mais cet artifice ne doit pas suggérer une architectonique sous-jacente. Si je dis de nombreuses choses dans ces pages, bien plus nombreuses encore sont celles que je ne dis pas, et ceci parce que je n'ai tout simplement pas d'idées précises à leur sujet. Je voudrais même reprendre à mon propre compte et comme une devise cette formule de Boscoe Pertwee, un auteur du XVIIIème siècle (qui m'est inconnu), que j'ai trouvé chez Richard Gregory : "Autrefois j'étais indécis, mais à présent je n'en suis plus aussi sûr."

Écrits donc sous le signe de l'indécision et de nombre de perplexités, ces essais sont nés du sentiment de ne pas avoir honoré certaines lettres de change signées lorsque, en 1975, j'avais publié le Trattato di semiotica generale (qui était déjà une reprise et un développement d'une série de recherches commencées au cours de la seconde moitié des années 60). Les comptes restés en souffrance concernaient le problème de la référence, de l'iconisme, de la vérité, de la perception et de ce que je nommais alors le "seuil inférieur" de la sémiotique. Au cours de ces vingt-deux années, nombreux ont été ceux qui m'ont posé des questions pressantes, oralement ou par écrit, et plus nombreux encore ceux qui me demandaient si et quand j'allais écrire une réactualisation du Trattato. Ces essais ont aussi été écrits pour expliquer, sans doute plus à moi-même qu'à quiconque, pourquoi je ne l'ai pas fait (...)

Extraits du livre :

"Pourquoi y a-t-il de l'être ?

Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ? Parce que.

Cette réponse est à prendre avec le plus grand sérieux, elle n'a rien d'un mot d'esprit. Le fait même que nous puissions nous poser la question (que nous ne pourrions pas nous poser s'il n'y avait rien, ni nous-mêmes qui la posons) signifie que la condition de tout questionnement est qu'il y ait de l'être. L'être n'est pas un problème de sens commun (ou, si l'on préfère, le sens commun ne le voit pas comme un problème) parce qu'il est la condition même du sens commun. Au début de son De Veritate (1.1.) saint Thomas écrit : "Illud autem quod primum intellectus concipit quasi notissimum, et in quo omnes conceptiones resolvit, est ens." Qu'il y ait quelque chose, c'est la première chose que notre intellect conçoit, comme la plus connue et la plus évidente. Tout le reste vient ensuite. Ce qui veut dire que nous ne pourrions penser si nous ne partions pas du principe (implicite) que nous sommes en train de penser quelque chose. L'être est l'horizon, ou le bain amniotique, dans lequel se meut naturellement notre pensée - même : puisque pour Thomas l'intellect préside à la première appréhension des choses, l'être est ce en quoi se meut notre premier effort (conatus) perceptif." (p.23)

"L'ornithorynque :

Ce n'est pas par caprice que nous avons choisi l’ornithorynque comme exemple d'objet inconnu. L'ornithorynque fut découvert en Australie à la fin du XVIIIème siècle. Il fut tout d'abord nommé watermole, duck-mole ou duckbilled platypus. En 1799, un exemplaire empaillé est examiné et Angleterre. La communauté des naturalistes n'en crut pas ses yeux, si bien que l'un d'entre eux soupçonna qu'il s'agissait d'une farce de taxidermiste. Je dirai (...) comment on parvint à l'étudier et à la définir. Le fait est que lorsque l'ornithorynque fit son apparition en Occident, Kant avait déjà écrit son oeuvre (le dernier ouvrage publié, l'Anthropologie du point de vue pragmatique, date de 1798). Au moment où l'on commença à parler de l'ornithorynque, Kant était déjà entré dans sa phase d'obnubilation mentale ; naturellement, il n'est pas impossible que quelqu'un lui ait signalé l'existence de l'animal, mais les informations qu'il aurait reçues auraient été fort imprécises. Lorsque l'on décida enfin que l'ornithorynque était un mammifère qui pond des œufs, Kant était mort depuis quatre-vingts ans. Nous sommes donc libres de conduire notre expérience mentale et de décider (nous) de ce qu'aurait fait Kant devant l'ornithorynque..."

Note : L'Ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) est un animal semi-aquatique endémique de l'est de l'Australie, y compris la Tasmanie. Le nom ornithorynque vient des mots grecs ὄρνις / órnis (« oiseau ») et ῥύγχος / rhúgkhos (« bec »), qui signifient « à bec d’oiseau » ; le nom d’espèce anatinus signifie «comme un canard» en latin. C'est l'une des cinq espèces de l'ordre des monotrèmes, seul ordre de mammifères qui pond des œufs au lieu de donner naissance à des petits complètement formés (les quatre autres espèces sont des échidnés). C'est la seule espèce actuelle de la famille des Ornithorhynchidae et du genre Ornithorhynchus bien qu'un grand nombre de fragments d'espèces fossiles de cette famille et de ce genre aient été découverts. L'apparence fantasmagorique de ce mammifère pondant des œufs, à la mâchoire cornée ressemblant au bec d'un canard, à queue évoquant un castor, qui lui sert à la fois de gouvernail dans l'eau et de réserve de graisse, et à pattes de loutre a fortement surpris les premiers explorateurs qui l'ont découvert ; bon nombre de naturalistes européens ont cru à une plaisanterie.  (source : wikipedia)

 

 

 

 

 

 

 

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