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Georges Bernanos, La France contre les robots
Georges Bernanos, La France contre les robots

Georges Bernanos, La France contre les robots, suivi de textes inédits, présentation et notes de Jean-Loup Bernanos, Librairie Plon, 1970

Table des matières : Préface - La France contre les robots - Textes inédits : présentation - Le Monde moderne est un monde humilié - La Solidarité des martyrs - Réponse à une enquête - Baptême de l'avion Jeanne d'Arc - Interview donnée au Diario - La France dans le monde de demain - La Révolution de la Liberté - Conférence à l'Association générale des étudiants à Rio - Inauguration d'un nouveau poste de radio - Notes

L'auteur :

Romancier, journaliste, conférencier et pamphlétaire au style passionné, Georges Bernanos (né à Paris en 1888) a été profondément marqué par son éducation catholique, que parachevèrent des études de Lettres et de Droit. D'abord journaliste et directeur d'un hebdomadaire monarchiste (1913-1914), il devient inspecteur d'une compagnie d'assurances après la guerre qu'il fait comme engagé volontaire dans la cavalerie. C'est pendant ses tournées qu'il écrit son premier roman : Sous le Soleil de Satan (1926) dont le succès lui permet dès lors de vivre de sa plume. En 1929, il obtient le Prix Femina pour La Joie. Le Journal d'un curé de campagne lui vaut, sept ans plus tard, le Prix du roman de l'Académie française. En 1932, Georges Bernanos se détache du mouvement de l'Action française, comme il reniera en 1937 ses sympathies pour le franquisme dont il fustige, dans Les Grands Cimetières sous la lune, les répressions vues de Palma de Majorque où il réside pendant la guerre civile d'Espagne. Du Brésil, où il vit de 1938 à 1945, il met son talent de polémiste au service de la France au combat. Après deux ans environ passés en Tunisie, où il écrivit Dialogues des Carmélites, Georges Bernanos est mort à Neuilly le 5 juillet 1948.

Résumé de l'ouvrage : 

"La France contre les robots est un essai de Georges Bernanos publié en 1947. Il s'agit d'un recueil de différents textes formant une violente critique de la société industrielle. Bernanos y estime que le machinisme limite la liberté des hommes, et perturbe jusqu'à leur mode de pensée1. Pour lui, la civilisation française est incompatible avec une certaine idolâtrie anglo-saxonne pour le monde de la technique.

Il y conteste l'idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l'humanité, car, selon lui « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l'homme que ses besoins ». D'autre part, il explique qu'« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne », préfiguration étonnante de ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard.

Il y prédit aussi une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s'exprimer."

Jean-Loup Bernanos :

"Ce livre, conçu quelques mois avant le retour en France de Bernanos, est donc son dernier écrit d'exil. Hymne à la Liberté, il est à la fois l'aboutissement des années passées au Brésil, durant lesquelles Bernanos s'employa de toutes ses forces à la lutte contre l'impérialisme totalitaire, mais il annonce aussi l'action qu'à son retour il allait entreprendre face aux périls et aux dégradations de la Victoire de 1945.

Nous terminerons par cette remarque, faite par Albert Béguin, à propos de ce livre : "La France contre les robots et les écrits des dernières années ne sont pas des pamphlets politiques. Au même titre que les romans de Bernanos et que les grands livres d'avant-guerre, de La Grande peur des bien-pensants à Nous autres Français, ils participent d'une recherche passionnée de la vérité, d'un impatient - et si patient ! - effort pour comprendre : "Aimer pour comprendre, comprendre pour mieux aimer" dira-t-il. Œuvres d'un chrétien qui ne désespère pas, qui vit les yeux levés vers le Royaume de Dieu" (Postface à La France contre les robots, p.221, Club français du livre)

Ce serait, en effet, une grosse erreur de se représenter Bernanos uniquement comme l'homme de la violence, de la colère, de l'intransigeance, lanceur d'imprécations en proie à l'angoisse et au mépris. Cette attitude n'était d'ailleurs chez lui que la manifestation d'une recherche constante de la vérité, de son véhément besoin d'aimer et de sa profonde solidarité avec les hommes.

Bernanos était aussi un ami du rire, préférant à tout autre l'entourage des jeunes. Il fut un tendre père de famille, compagnon de ses enfants, riant de leurs farces, participant à leurs jeux. Blagueur avec ses amis. Aimant la chasse, le cheval, les grandes randonnées à moto. Amateur plein d'humour de "bonnes histoires". Il aimait la vie, comme en témoigne cette dédicace de 1936 : "Quand je serai mort, dites au doux royaume de la terre que le l'aimais plus que je n'ai jamais osé le dire." 

Le jugement de Jacques Julliard : 

"Un demi-siècle après Bernanos, nous pouvons témoigner qu'il a dit vrai, nous pouvons même nous avancer encore plus loin que lui : l'ennemi le plus implacable et le plus destructeur de toute vie de l'esprit, c'est le capitalisme industriel.

Pourquoi ? Parce qu'il détruit toute trace de vie spirituelle avec le consentement et la complicité des intéressés. La tyrannie, les dictatures modernes, le totalitarisme lui-même ne sont jamais parvenus à tuer l'esprit, mais au contraire à l'exacerber. 

La religion ne s'est jamais si bien portée à l'Est de l'Europe que dans les temps où elle y était persécutée. Et Renan a pu écrire sans être contredit que les plus hauts monuments de l'Esprit humain ont été édifiés à l'écart de la Liberté, sous des régimes despotiques.

Au contraire, écrit Bernanos, " dès qu'on fait descendre du ciel ou de la terre l'idée de salut, si le salut de l'homme est ici-bas, dans la domination chaque jour plus efficiente de toutes les ressources de la planète, la vie contemplative est une fuite ou un refus, tout contemplatif un embusqué ". Nous y sommes. Ne faisons pas de Bernanos un pionnier de l'écologie actuelle.

Mais le fait est que La France contre les robots devrait être mieux compris à l'aube du XXIe siècle qu'au milieu du XXe et que Bernanos est bel et bien le plus grand prophète de ce que j'appellerai l'écologie spirituelle.

Citations : 

"Ceux qui m'ont déjà fait l'honneur de me lire savent que je n'ai pas l'habitude de désigner sous le nom d'imbéciles les ignorants ou les simples. Bien au contraire. L'expérience m'a depuis longtemps démontré que l'imbécile n'est jamais simple, et très rarement ignorant. L'intellectuel devrait donc nous être, par définition, suspect ? Certainement. Je dis l'intellectuel, l'homme qui se donne lui-même ce titre, en raison des connaissances et des diplômes qu'il possède. Je ne parle évidemment pas du savant, de l'artiste ou de l'écrivain dont la vocation est de créer - pour lesquels l'intelligence n'est pas une profession, mais une vocation."


"Un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l'esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs. La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n'a jamais provoqué de fièvre. Le Nombre crée une société à son image, une société d'êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales."


"Lorsqu'on pense aux moyens chaque fois plus puissants dont dispose le système, un esprit ne peut évidemment rester libre qu'au prix d'un effort continuel. Qui de nous peut se vanter de poursuivre cet effort jusqu'au bout ? Qui de nous est sûr, non seulement de résister à tous les slogans, mais aussi à la tentation d'opposer un slogan à un autre ?"


"On peut être ambitieux de la gloire, de la puissance, on ne saurait être ambitieux de l'argent. "Qu'importe ! se disaient alors les imbéciles, nous savons bien que la cupidité n'est pas une vertu, mais le monde n'a pas besoin de vertu, il réclame du confort, et la cupidité sans frein des marchands finira, grâce au jeu de la concurrence, par lui fournir ce confort à bas prix, à un prix toujours plus bas". C'est là une de ces évidences imbéciles qui assurent l'imbécile sécurité des imbéciles. Ces malheureux auraient été bien incapables de prévoir que rien n'arrêterait les cupidités déchaînées, qu'elles finiraient par se disputer la clientèle à coup de canon : "Achète ou meurs !" Ils ne prévoyaient pas davantage que le jour ne tarderait pas à venir où la baisse des prix, fût-ce ceux des objets indispensables à la vie, serait considérée comme un mal majeur - pour la raison trop simple qu'un monde né de la spéculation ne peut s'organiser que pour la spéculation. La première, ou plutôt l'unique nécessité de ce monde, c'est de fournir à la spéculation les éléments indispensables. Oh ! sans doute il est malheureusement vrai que, en détruisant aujourd'hui les spéculateurs, on risqueraient d'atteindre du même coup des millions de pauvres diables qui en vivent à leur insu, qui ne peuvent vivre d'autre chose, puisque la spéculation a tout envahi. Mais quoi ! le cancer devenu inopérable parce qu'il tient à un organe essentiel par toutes ses fibres hideuses n'en est pas moins un cancer."

 

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