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M. Merleau-Ponty, La structure du comportement (texte + questions)

Maurice Merleau-Ponty est un philosophe français, né à Rochefort-sur-Mer le 14 mars 1908 et mort le 3 mai 1961 à Paris. Il est le cousin du philosophe des sciences Jacques Merleau-Ponty.

Rédigée en 1938, La Structure du comportement est le premier ouvrage de Merleau-Ponty. L'examen des rapports de la conscience et de la nature y culmine avec une analyse descriptive de ce que Merleau-Ponty appelle « l'ordre humain » : replacée dans le prolongement des ordres « physique » et « vital », la conscience s'y apparaît sous la forme d'une conscience fondamentalement naturée. Merleau-Ponty donne ainsi à voir ce qui pourrait être son anthropologie, et qui restera l'un des présupposés les plus constants de toute l'œuvre à venir. Mais c'est d'une authentique anthropologie « d'un point de vue philosophique » qu'il faudrait parler ici : la description du phénomène humain y est en effet inséparable d'une redéfinition en profondeur du point de vue transcendantal, et d'une intégration au discours philosophique des acquis de la psychologie de l'époque — psychologie de la forme, psychologie de l'enfant, psychanalyse. C'est dire tout à la fois la richesse du matériau descriptif que Merleau-Ponty mobilise, et l'ampleur de la réforme actuelle qu'il annonce, pour dire philosophiquement le mystère que nous sommes. (source : ellipses)

Le texte :

"On distingue traditionnellement des réactions inférieures ou mécaniques, fonction, comme un événement physique, de conditions antérieures et qui se déroulent donc dans l'espace et le temps objectifs, - et des réactions "supérieures" qui ne dépendent pas des stimuli matériellement pris, mais plutôt du sens de la situation, qui paraissent donc supposer une "vue" de cette situation, une prospection, et n'appartiennent plus à l'ordre de l'en soi, mais à l'ordre du pour soi. 

L'un et l'autre de ces deux ordres est transparent pour l'intelligence, le premier pour la pensée physique et comme l'ordre de l'extérieur où les événements se commandent l'un l'autre du dehors, le second pour la réflexion et comme l'ordre de l'intérieur où ce qui se produit dépend toujours d'une intention.

Le comportement, en tant qu'il a une structure, ne prend place dans aucun de ces deux ordres. Il ne se déroule pas dans le temps et dans l'espace objectifs, comme une série d'événements physiques, chaque moment n'y occupe pas un point et un seul du temps, mais, au moment décisif de l'apprentissage, un "maintenant" sort de la série des "maintenant", acquiert une valeur particulière, résume les tâtonnements qui l'ont précédé comme il engage et anticipe l'avenir du comportement, transforme la situation singulière de l'expérience en une situation typique et la réaction effective en une aptitude.

A partir de ce moment, le comportement se détache de l'ordre de l'en soi et devient la projection hors de l'organisme d'une possibilité qui lui est intérieure.

Le monde, en tant qu'il porte des êtres vivants, cesse d'être une matière pleine de parties juxtaposées, il se creuse à l'endroit où apparaissent des comportements.

Il ne servirait à rien de dire que c'est nous, spectateurs, qui réunissons par la pensée les éléments de la situation auxquels le comportement s'adresse, pour en faire un sens, que c'est nous qui  projetons vers l'extérieur les intentions de notre pensée, puisqu'il resterait à savoir sur quoi, sur quel phénomène s'appuie cette Einfühlung, quel signe nous invite à l'anthropomorphisme.

Il ne servirait à rien non plus de dire que le comportement "est conscient" et qu'il nous révèle comme son envers un être pour soi caché derrière le corps visible. Les gestes du comportement, les intentions qu'il trace dans l'espace autour de l'animal ne visent pas le monde vrai ou l'être pur, mais l'être-pour-l'animal, c'est-à-dire un certain milieu caractéristique de l'espèce, ils ne laissent pas transparaître une conscience, c'est-à-dire un être dont toute l'essence est de connaître, mais une certaine manière de traiter le monde, "d'être au monde" ou "d'exister".

(Merleau-Ponty, La structure du comportement, PUF, pp.135-136)

Questions sur le texte :

1. En quoi consiste la distinction traditionnelle entre les réactions inférieures et les réactions supérieures ? A quoi se ramène-t-elle ? Montrez qu'elle consiste à séparer radicalement le fonctionnement, qui n'a pas de sens, et la pensée, qui seule saisit le sens. Expliquez les deux expressions : en soi, pour soi.

2. En quoi l'un et l'autre de ces deux ordres est-il transparent pour l'intelligence? Pourquoi faut-il renoncer à l'exercice de la pure intelligence pour comprendre le comportement ?

3. Expliquez, d'après l'exemple de l'apprentissage, - Merleau-Ponty pense ici à l'acquisition d'une habitude motrice par un animal, - pourquoi le comportement ne se déroule pas dans le temps et dans l'espace objectifs. Pourquoi, en particulier, la réduction du comportement au fonctionnement mécanique ne permettrait-elle pas de comprendre que l'acquisition de l'apprentissage résume les tâtonnements qui l'ont précédée ?

4. Comment s'explique, lorsqu'il s'agit du comportement animal, l'erreur de l'anthropomorphisme ? Montrez que cette erreur se fonde sur la distinction radicale du fonctionnement mécanique et de la pensée. 

Pourquoi le comportement, même animal, a-t-il un sens ? Pouvons-nous saisir ce sens par projection de notre propre pensée, c'est-à-dire par Einfühlung, sur la gesticulation de l'animal ? Expliquez l'expression : l'être-pour-l'animal.

(source : Les philosophes par les textes, de Platon à Merleau-Ponty, par un groupe de professeurs, classes terminales A,B,C,D,E,F11, Fernand Nathan, 1974)

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