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Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société

Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société, Editions Gallimard

Van Gogh le suicidé de la société est un essai d'Antonin Artaud. À l’occasion de l’exposition consacrée à Vincent van Gogh par le Musée de l'Orangerie en janvier-mars 1947, Antonin Artaud rédige cet essai dans lequel il remet en cause la folie de Vincent Van Gogh et rend hommage à son œuvre picturale. Cet écrit se présente sous une forme originale et nouvelle. Essai poétique et autobiographique, Antonin Artaud disloque les formes conventionnelles d’écriture afin de faire vaciller les certitudes de ses contemporains. Paru en 1947 chez K Éditeur, il reçoit le prix Sainte-Beuve en janvier 19481.

"Dans Van Gogh le suicidé de la société, publié en 1947, quelques mois avant sa mort, Antonin Artaud rend au peintre un éblouissant hommage. Non, Van Gogh n'était pas fou, martèle-t-il, ou alors il l'était au sens de cette authentique aliénation dont la société et les psychiatres ne veulent rien savoir.  Artaud fait de la violence de Van Gogh la réponse à l'obscénité haineuse du monde et des psychiatres, de sa folie, une réponse de l'âme à l’imbécillité universelle qui lui souffle "Vous délirez". Alors Van Gogh s'est tué parce qu'il ne pouvait pas tuer le psychiatre, le docteur Gachet. Il s'est tué parce qu'il ne pouvait plus supporter ce "délire" qu'on attachait à ses pas. Mais quelle garantie les aliénés évidents de ce monde ont-ils d'être soignés par d'authentiques vivants ?"  (source : éditions Gallimard)

Extraits : 

"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer."

"Je vois à l'heure où j'écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés, dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis-lazuli. Tout cela, au milieu d'un bombardement comme météorique d'atomes qui se feraient voir grain à grain, preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait, par le fait même, un formidable musicien."

"Elle s'introduisit donc dans son corps, cette société absoute, consacrée, sanctifiée et possédée, effaça en lui la conscience surnaturelle qu'il venait de prendre, et telle une inondation de corbeaux noirs dans les fibres de son arbre interne, le submergea d'un dernier ressaut, et, prenant sa place, le tua."

"Ce n'est pas un certain conformisme des mœurs que la peinture de Van Gogh attaque, mais celui des institutions. Et même la nature extérieure avec ses climats, ses marées et ses tempêtes d’équinoxe ne peut plus, après le passage de Van Gogh sur terre garder la même gravitation."

"Décrire un tableau de Van Gogh, à quoi bon ! Nulle description tentée par un autre ne pourra valoir le simple alignement d'objets naturels et de teintes auquel se livre Van Gogh lui-même..."

"Je ne supporterai plus sans commettre un crime de m'entendre dire : "Monsieur Artaud vous délirez", comme cela m'est souvent arrivé. Et Van Gogh se l'est entendu dire. Et c'est de quoi s'est tordu à sa gorge ce nœud de sang qui l'a tué."

"J'ai moi-même passé 9 ans dans un asile d'aliénés et je n'ai jamais eu l'obsession du suicide, mais je sais que chaque conversation avec un psychiatre, chaque matin au moment de sa visite m'a donné l'envie de me pendre en réalisant que je serais incapable de lui couper la gorge."

 

 

 

 

 

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