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(Devoir d'élève)

Introduction :

Ce texte est extrait de Vipère au poing, roman autobiographique d'Hervé Bazin. L'auteur y décrit sa mère qu'il surnomme "Folcoche" (folle cochonne) comme une affreuse marâtre. Dans cet extrait, le narrateur enfant joue à défier sa mère du regard pendant le dîner.

Comment se traduit dans ce texte le rapport entre le narrateur et sa mère ? Nous étudierons dans une première partie le "jeu" entre le narrateur et sa mère, puis dans une seconde partie le discours au style direct et enfin la haine du narrateur envers sa mère.

I. Le jeu

1. Des règles strictes

Le narrateur, devenu adulte, évoque dans cet extrait le jeu auquel sa mère et lui se livraient autour de la table familiale, pendant le dîner. Ce jeu, comme tous les jeux, a ses règles. Il est plus pervers qu'amusant. Il se déroule dans un cadre spatio-temporel précis : la table familiale, le soir pendant le dîner. l'enfant se conforme à des règles également précises : son dos doit être droit, il ne doit pas être appuyé sur le dossier de la chaise, ses mains doivent reposer sur la table, règles qui ont été définies par sa mère et auxquelles il se conforme. Le narrateur précise que sa mère participe à ce jeu ("tu t'es toi-même prêtée au jeu, ça ne te déplaît pas.")

2. Le thème du regard

Le jeu consiste pour l'enfant à regarder fixement sa mère le plus longtemps possible, tout en lui parlant "dans sa tête". le mère, de son côté, doit répondre à ce regard : "ton regard se lève comme une vipère". C'est à celui qui baissera les yeux le premier. Il s'agit donc moins d'un jeu que d'un duel et d'un duel plus psychologique que physique. La mère et le fils sont des adversaires et l'enjeu du combat est de faire plier l'autre, de faire prévaloir sa volonté et de sa ténacité. L'enfant sort victorieux de ce duel puisque son frère le prévient "par de minuscules coups d'ongles sur la table" qu'il a battu son record en tenant "plus de huit minutes". Le narrateur emploie le néologisme "pistolétade" pour qualifier ce jeu qui ressemble en effet à un duel à mort, les yeux des deux protagonistes faisant office de pistolets.

II. Le discours au style direct

1. La situation d'énonciation

Le texte se présente comme un discours au style direct. Devenu adulte, le narrateur rapporte au présent d'énonciation, au passé composé et au futur simple de l'indicatif les pensées silencieuses qu'il forme dans sa tête à l'égard de sa mère. La situation d'énonciation est paradoxale puisque les deux personnages, le "locuteur" et la "destinataire" n’échangent aucune parole explicite ne se parlent pas vraiment. Il s'agit d'un discours silencieux et à sens unique.

2. La métaphore du serpent

Le monologue de l'enfant comporte de très nombreuses figures de style qui surprennent chez une personne si jeune. Des métaphores : le combat silencieux entre la mère et le fils est comparé à un jeu. Des hyperboles : "terriblement correct" et de nombreuses anaphores qui ont une valeur d'insistance, notamment le verbe "fixer" répété plusieurs fois, ainsi que le mot "serpent", valeur d'insistance soulignée par la ponctuation expressive.

La figure de style la plus remarquable est une métaphore filée qui repose sur la comparaison entre le regard de sa mère et celui d'une vipère. Cette métaphore culmine dans le verbe "cracher". L'enfant crache au visage de la mère comme la vipère crache son venin. 

III. L'expression de la haine

1. Une haine réciproque

La métaphore du serpent venimeux est l'une des manières dont la haine, s'exprime dans le texte. Cette haine est réciproque. La mère déteste autant son fils que son fils déteste sa mère. C'est surtout la haine du fils envers sa mère qui s'exprime ici, mais le fils évoque aussi la haine de sa mère à son égard, au point de souhaiter sa mort : "Cet enfant a été l'objet d'une grande grâce ! et, ce disant, le ton de ta voix reprochait cette grâce au ciel". Le lecteur comprend que la haine du fils n'est qu'une réponse au rejet que lui manifeste sa mère.

2. Les manifestations de la haine

La haine de l'enfant se manifeste par des insultes concernant le physique de sa mère : "t'es moche ! Tu as les cheveux secs, le menton mal foutu, les oreilles trop grandes. T'es moche... Une litote : "Moi, je ne t'aime pas" qui reprend la phrase que Chimène adresse à Rodrigue dans Le Cid : "Je ne te hais point", la haine de l'enfant se nourrissant de ce qu'il apprend en classe. Elle se traduit par le fantasme de serrer le regard (ou le cou) de sa mère identifiée à une vipère "jusqu’à ce qu'elle crève". Elle culmine dans la dernière phrase du texte : "Ah ! Folcoche de mon coeur ! Par les yeux, je te crache au nez. Je te crache au front, je te crache...", l'expression "Folcoche de mon cœur" étant évidemment ironique.

Conclusion :

La haine entre la mère et le fils s'exprime dans ce texte par un duel silencieux autour de la table familiale qui consiste à se fixer du regard et par un discours au style direct qui traduit les pensées de l'enfant. Ce discours exprime la haine du fils vis-à-vis de sa mère qui n'est qu'une réponse à la haine que sa mère éprouve envers lui. Ce ne sont plus deux êtres humains qui s'affrontent, mais deux serpents venimeux.

Vipère au poing atteste une triste réalité dont l'actualité se fait parfois l’écho : la maltraitance parentale dont témoigne un autre écrivain, Jules Vallès dans le premier volume de sa trilogie, L'Enfant.

 

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