Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hervé Bazin, Vipère au poing (préparation du commentaire)

Texte : cliquer sur le lien

Les registres : 

Argumentatif : au début du texte, Frédie, le frère du narrateur enfant se vante d'avoir "pistolété" Folcoche pendant quatre minutes. "Brassebouillon" lui répond que ça n'est pas vrai, qu'il est le seul à l'avoir fait. 

Didactique : le narrateur corrige une faute de français : "Tu t'en rappelles ? Pardon ! Tu te le rappelles" (il rappelle que le verbe "se rappeler" est transitif indirect)... Plus loin, le narrateur dit "dans sa tête" à sa mère "qu'il ne l'aime pas" et qu'à l'image du "va je ne te hais point" de Chimène dans Le Cid de Corneille, cette "litote" est plus forte que "je te hais". L'enfant fait la leçon à sa mère "dans sa tête". L'emploi du registre didactique souligne la précocité psychologique et intellectuelle de l'enfant qui se veut l'égal de sa mère.

Lyrique : l'enfant exprime ses sentiments à la première personne du singulier. D'habitude, ce registre est employé pour exprimer le sentiment amoureux. Il est utilisé ici pour exprimer la passion inverse, la haine.

Polémique : Le registre polémique (du grec polemos = guerre) est employé pour dénoncer un adversaire en cherchant à le discréditer. Il se caractérise par l'emploi de la première personne, par des procédés de dépréciation (métaphores dépréciatives, antiphrases ironiques), des apostrophes, des provocations. 

Épidictique : Le registre épidictique est utilisé pour louer ou pour blâmer. Il se caractérise par l'emploi de la première personne et par des marques de jugement (modalisateurs)

Satirique : Le registre satirique est utilisé pour dénoncer le comportement d'une personne en se moquant d'elle. Il se caractérise par l'emploi d'antiphrases, la caricature, des figures de l'exagération (hyperboles), une naïveté feinte ou un éloge paradoxal, des allusions et des sous-entendus.

Épique : Le registre épique est utilisé pour évoquer la guerre. Le conflit entre la mère et le fils prend des dimensions "épiques", notamment à travers la référence à la mythologie grecque (L'enfant s'identifie à Héraclès dont la légende raconte qu'il étrangla deux serpents dans son berceau)

Dramatique : Le registre dramatique est utilisé pour évoquer une succession d'événements et de péripéties. Il est lié au "suspens". Le lecteur se demande comment la "pistolétade" va finir. 

Tragique : Le registre tragique est utilisé pour évoquer une situation conflictuelle sans issue ou dont l'issue est la mort ou la folie. Au XVIIème siècle, la tragédie devait respecter la règle des trois unités (unité de temps, de lieu et d'action). C'est le cas dans cet extrait. L'extrait ne se termine ni par la mort de l'enfant, ni par celle de la mère, mais l'enfant souhaite la mort de la mère, comme la mère celle de l'enfant.

La tragédie réside ici dans la perversion narcissique de la mère qui vole son enfance à "Brassebouillon" en l'obligeant à se comporter et à penser comme un adulte, dans la dénaturation (perverse) de l'amour maternel et dans le fait que la mère instaure et entretient la rivalité entre les trois frères, instaurant un conflit larvé permanent.

Elle réside également dans la mise hors circuit du masculin (la loi du père). Hervé Bazin a très bien vu les ravages d'un certain féminisme comme imitation de la "patria potestas". 

D'un point de vue psychiatrique, le comportement de la mère correspond à un désir de meurtre non de la personne physique, mais de l'âme de ses enfants (le surnom "Folcoche" désigne en Touraine une truie qui dévore ses enfants à la naissance) "Folcoche fait partie des "mères meurtrières".

A l'époque moderne, le tragique reste dans le cercle de la famille comme dans l'antiquité grecque (Médée), mais prend une dimension psychologique.

Le schéma actanciel de Greimas :

Axe du savoir : L'enfant et sa mère en savent autant sur l'autre l'un que l'autre. L'enfant prend au mot l'injonction de sa mère : "Je n'aime pas les regards faux. Regardez-moi dans les yeux. Je saurai ce que vous pensez."

Axe de la volonté : deux volontés de forces égales s'affrontent. La mère est momentanément vaincue.

Axe du pouvoir : La faiblesse de l'enfant réside dans le fait qu'il n'est qu'un enfant et que c'est sa mère, en tant qu'adulte qui détient l'autorité, d'où l'effort permanent (héroïque, stoïque) de l'enfant de penser et de se comporter comme un adulte.

La situation d'énonciation :

Qui parle ? : l'enfant - Comment ?  : "dans sa tête" - Où : à la table familiale - quand : pendant le repas du soir - pourquoi : pour faire plier sa mère

Le point de vue narratif :

Focalisation interne. Le narrateur évoque les pensées de l'enfant. 

Les types de textes :

Le texte rapporte un discours intérieur qui comporte des aspects descriptifs et narratifs.

Les champs lexicaux et les concepts-clés : 

La faiblesse : "faibles" (paupières faibles), "vaincue" - "sensible", "faiblement", "peur", s'exposer"

Le regard : "pistoléter", "regards", "regarder", "fixer", "fixement", "surveillance", "yeux", "battement de cil", "baisser les paupières"

La correction : "rien à dire", "défaut", "ne pas offenser", "terriblement correct", "aucune faille", "droit", "correct"

Les ophidiens : "vipère", "se balancer", "chercher l'endroit faible", "siffler", vert de prunelle", "vert de gris de poison de regard", "cracher"

Le corps : "cheveux", "menton", "oreilles", "cils"

Les figures de style : 

Néologismes : "pistolétade"

Antiphrases : "ma tendre mère", "Folcoche de mon coeur"

Comparaisons : "Ton regard se lève comme une vipère", mon regard tendu comme une main et serrant"

Métaphores filées : "Ta vipère de regard à toi", "Tu ne crèveras pas", "Tu siffleras encore", "Par les yeux, je te crache au nez. Je te crache au front, je te crache...".

La "pistolétade" est comparée à un combat entre deux vipères. A la fin, l'enfant se transforme en héros mythologique (Hercule) et étrangle symboliquement sa vipère de mère.

Litotes : "Et si tu savais comme je ne t'aime pas ! Je te le dis avec la même sincérité que le "va, je ne te hais point" de Chimène, dont nous étudions en ce moment le cornélien caractère. Moi, je ne t'aime pas. Je pourrais te dire que je te hais, mais ça serait moins fort."

Hyperboles : "un manque inouï de surveillance"

Oxymores : "terriblement correct"

Hypallages : "vertueuses paupières" (ce ne sont pas ses paupières qui sont vertueuses)

Niveaux de langue :

Soutenu, courant, familier

soutenu : "Mon dos n'offense pas la chaise", "Je suis terriblement correct", "aucune faille légale dans mon attitude", "je te fixe éperdument", "une faute impardonnable"; "un manque inouï de surveillance", "le ton de ta voix reprochait cette grâce au Ciel", "infiniment correct", "le va, je ne te hais point de Chimène dont nous étudions en ce moment le cornélien caractère", "il est bon qu'il réfléchisse aux inconvénients auxquels ils s'expose", "pure illusion d'optique", "par de minuscules coups d'ongles sur la table, tu viens de m'annoncer que j'ai battu le record", "l'héritier présomptif tu le gratifies d'un coup de fourchette, pointes en avant, et, moi-même, tu me gratifies d'un rapide battement de tes cils trop courts...", 'tu te venges en réitérant le coup de fourchette", "à la jointure des doigts", "quatre petites perles de sang apparaissent", "Papa proteste faiblement", "l'abbé, outré, baisse ses vertueuses paupières". L'emploi du registre soutenu souligne la précocité intellectuelle de l'enfant, mais il est difficile de distinguer entre la voix de l'enfant et celle du narrateur adulte (polyphonie énonciative).

familier : "je te cause", "les vipères ça me connaît, je m'en fous des vipères", "parce que ça t'emmerde", "t'es moche", "le menton mal foutu", "et je serai bientôt assez fort pour lui casser sa sale petite gueule", "Ah ! Folcoche de mon cœur !", "petit crétin"

Les temps et les modes des verbes et leurs valeurs d'aspect :

Système du présent (énoncé ancré dans la situation d'énonciation) : présent, passé composé, futur de l'indicatif, ainsi que l'imparfait,  commun aux systèmes du présent et du passé. On relève également l'emploi de l'impératif : "Folcoche ! regarde-moi donc, Folcoche..."

Présents d'énonciation : "Je te dis"

Présents de caractérisation (jouent le rôle dans le système du présent de l'imparfait de description dans le système du passé) : "Et puis ça ne te déplaît pas, ma tendre mère"

L'emploi du passé composé, du présent et du futur traduisent la détermination de l'enfant, la volonté de "tenir bon", de maîtriser le temps.

Les connecteurs :

"Et puis", "Alors", "Et", "Mais", "Toujours", "D'abord", "Ensuite", "parce que", "car", "Mais", "parce que", "maintenant"

Types de phrases :

Phrases déclaratives : ""Ainsi tu t'es toi-même prêtée à notre jeu."

Phrases interrogatives : "Tu t'en rappelles ?"

Phrases exclamatives : "Et puis, ça ne te déplaît pas, ma tendre mère !"

On note la présence d'un grand nombre de phrases exclamatives.

La structure des phrases :

On note une majorité de phrases simples (propositions indépendantes juxtaposées en asyndète ou coordonnées) + quelques phrases complexes (principale + subordonnée relative ou conjonctive)

Les modalisateurs : 

"déplaire", "défaut", "offenses", "terriblement", "aucune", "fixement", "droit", "éperdument", "vipère", "qui n'existe pas", "je m'en fous", "impardonnable", "inouï", "grande", "infiniment", "moche, "sec", "mal foutu", "pas", "sincérité", "poison", "emmerder", "mille", "illusion"

La forte modalisation du texte (implication de la subjectivité du narrateur dans l'énoncé), notamment le grand nombre de termes négatifs et dépréciatifs  caractérise l'emploi du registre épidictique, du registre polémique et du registre satirique.

Jeu sur le sonorités :

allitération sur la sifflante : "serrant, serrant tout doucement, serrant... 

allitération sur le c dur : ""jusqu'à ce qu'elle en crève"

combinaison des deux procédés : "Tu ne crèveras pas. Tu siffleras encore."

allitération sur les sons "c" et ch" : "Par les yeux, je te crache au nez. Je te crache au front, je te crache..."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :