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Question de corpus sur la relation mère-enfant (J. Vallès, H. Bazin, M. Duras)

Objet d'étude : le personnage de roman du XVIIIème siècle à nos jours

Texte A : Jules Vallès, L'Enfant, incipit (1878)

Texte B : Hervé Bazin, Vipère au poing (1948)

texte C : Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, première partie, chapitre 7 (1950)

Vous répondrez à la question posée en vous appuyant sur les textes du corpus :  Quel est le rapport mère/enfant (s) dans ces trois textes ? (J'attends un peu avant de proposer un corrigé)

Texte A :

"Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait ? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit; je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisoté ; j'ai été beaucoup fouetté. 

Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures. Mlle Balandreau m'y met du suif.

C'est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de nous. D'abord elle était contente : comme elle n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure. "Vlin ! Vlan ! Zon ! Zon ! - voilà le petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café au lait."

Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop, et que je prenais l'air entre deux portes, elle m'a vu ; mon derrière lui a fait pitié. 

Elle voulait d'abord le montrer à tout le monde, ameuter les voisins autour ; mais elle a pensé que ce n'était par le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.

Lorsqu'elle entend ma mère me dire: " Jacques, je vais te fouetter ! 
            - Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire ça pour vous. 
              - Oh ! Chère demoiselle, vous êtes trop bonne !"

Mlle Balandreau m'emmène ; mais, au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains ; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

"A votre service", répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.

Mon premier souvenir date donc d'une fessée. Mon second est plein d'étonnement et de larmes."

Texte B : 

"Ainsi tu t’es toi-même prêtée à notre jeu. Tu ne pouvais pas ne plus t’y prêter. Et puis, ça ne te déplaît pas, ma tendre mère ! Au dîner, en silence, voilà le bon moment. Rien à dire. Tu ne me prendras pas en défaut. J’ai les mains sur la table. Mon dos n’offense pas la chaise. Je suis terriblement correct. Aucune faille légale dans mon attitude. Je peux te regarder fixement. Folcoche, c’est mon droit. Je te fixe donc, je te fixe éperdument. Je ne fais que cela de te fixer. Et je te parle en moi. Je te parle et tu ne m’entends pas. Je te dis : « Folcoche ! regarde-moi donc, Folcoche, je te cause ! » Alors ton regard se lève de dessus tes nouilles à l’eau, ton regard se lève comme une vipère et se balance, indécis, cherchant l’endroit faible qui n’existe pas. Non, tu ne mordras pas, Folcoche ! Les vipères, ça me connaît. Je m’en fous, des vipères. Tu as dit toi-même, un jour, devant moi, que, tout enfant, j’en avais étranglé une... « Une faute impardonnable de ma belle-mère, sifflais-tu, un manque inouï de surveillance ! Cet enfant a été l’objet d’une grande grâce ! » Et, ce disant, le ton de ta voix reprochait cette grâce au Ciel.

Mais ton regard est entré dans le mien et ton jeu est entré dans mon jeu. Toujours en silence, toujours infiniment correct comme il convient, je te provoque avec une grande satisfaction. Je te cause, Folcoche, m’entends-tu ? Oui, tu m’entends. Alors je vais te dire : « T’es moche ! Tu as les cheveux secs, le menton mal foutu, les oreilles trop grandes. T’es moche, ma mère. Et si tu savais comme je ne t’aime pas ! Je te le dis avec la même sincérité que le "va, je ne te hais point" de Chimène, dont nous étudions en ce moment le cornélien caractère. Moi, je ne t’aime pas. Je pourrais te dire que je te hais, mais ça serait moins fort. Oh ! tu peux durcir ton vert de prunelle, ton vert-de-gris de poison de regard. Moi, je ne baisserai pas les yeux. D’abord, parce que ça t’emmerde.

Tu vois, Folcoche, que j’ai mille raisons de tenir le coup, la paupière haute et ne daignant même pas ciller. Tu vois que je suis toujours en face de toi, mon regard tendu vers ta vipère de regard à toi, tendu comme une main et serrant, serrant tout doucement, serrant jusqu’à ce qu’elle en crève. Hélas ! pure illusion d’optique. Façon de parler. Tu ne crèveras pas. Tu siffleras encore. Mais ça ne fait rien. Frédie, par de minuscules coups d’ongle sur la table, vient de m’annoncer que j’ai battu le record, que j’ai tenu plus de huit minutes la pistolétade. Huit minutes, Folcoche ! et je continue... Ah ! Folcoche de mon coeur ! Par les yeux, je te crache au nez. Je te crache au front, je te crache..."

Texte C : 

"Pourquoi, de la voir sourire, fit qu'elle recommença à frapper ? Elle se leva, se jeta sur elle et la renversa.

- Je n'en peux plus, je devrais être au lit...

Suzanne releva la tête et la regarda.

- J'ai couché avec lui, dit-elle, et il me l'a donnée.

La mère s'affala dans son fauteuil. "Elle va me tuer, pensa Suzanne, et même Joseph pourra pas l'empêcher." Mais la mère fixa Suzanne, les deux bras levés, comme prête à bondit, puis, elle laissa retomber ses bras, elle dit :

- C'est pas vrai. Tu es une menteuse.

Joseph s'était levé et s'était approché de la mère.

- Si tu y touches encore, lui dit-il doucement, une seule fois, je fous le camp avec elle à Ram. Tu es une vieille cinglée. Maintenant, j'en suis tout à fait sûr.

La mère regarda Joseph. Peut-être que s'il avait ri, elle aurait ri avec lui. Mais il ne riait pas. Alors, elle resta dans son fauteuil, hébétée, méconnaissable de tristesse. Suzanne, allongée de tout son long à côté du fauteuil de Joseph, pleurait. Pourquoi avait-elle recommencé ? Peut-être qu'elle était folle. La vie était terrible et la mère était aussi terrible que la vie. Joseph s'était rassis et c'était elle, Suzanne, qu'il regardait maintenant. La seule douceur de la vie, c'était lui, Joseph. Ayant découvert cette douceur-là, si réservée, enfouie sous tant de dureté, Suzanne découvrit du même coup, tout ce qu'il avait fallu de coups et de patience, tout ce qu'il en faudrait encore sans doute pour la forcer à se montrer. Et alors elle pleura."

 

 

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