Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

George Steiner, Oeuvres
George Steiner, Oeuvres

George Steiner, Oeuvres, sous la direction de Pierre-Emmanuel Dauzat, Quarto Gallimard, 2013

L'acuité de l'intelligence, la virtuosité du style, l'ampleur de l'érudition - on ne sait ce que l'on doit admirer le plus chez George Steiner - font de ces textes réunis en un volume de 1203 pages des moments de pur bonheur !

Table des matières : Connaissez-vous George Steiner ? par Pierre-Emmanuel Dauzat - Tragique et Tragédie, suivi de Tragédie absolue - Une lecture contre Shakespeare - Dans le château de Barbe-Bleue - Le "Moïse et Aaron" de Schoenberg, La retraite du mot - Steiner et la destruction des Juifs : Le monologue de Lieber, Comment taire ? La longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah - La bénédiction de Babel : De la traduction comme "conditio humana", De la difficulté - Les Antigones - Le courage des grandes erreurs : errata, récit d'une pensée, Le clerc de la trahison, Invidia - Fragments un peu roussis : 1. Quand l'éclair parle il dit Ténèbre - 2. Amitié tueuse d'amour - 3. Il y a des lions, il y a des souris (où la virgule, avec son effet débilitant est un ajout moderne) - 4.Le Mal est - 5. A la déesse chante l'argent - 6. Réfute l'Olympe si tu peux - 7. Pourquoi je pleure quand Arion chante - 8. Mort amie

Né à Paris, le 23 avril 1929, George Steiner est un écrivain anglo-franco-américain. Spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction, il est plus connu du grand public comme essayiste, critique littéraire et philosophe. Il écrit généralement en anglais mais a aussi publié quelques œuvres en français. George Steiner est le fils d'Autrichiens exilés en France pour fuir l'antisémitisme qui régnait à Vienne dans les années 1920. Après être allé à l'école au lycée Janson-de-Sailly à Paris, il a émigré avec ses parents aux États-Unis en 1940 et a étudié au lycée français de New York, à l'université de Chicago et à l'université d'Harvard. Il a achevé ses études par un doctorat à l'université d'Oxford. Après avoir enseigné au Williams College (Massachusetts), à Innsbruck, à Cambridge et à Princeton, il est devenu professeur de littérature comparée à Genève en 1974, où il a enseigné jusqu'en 1994. Il a depuis lors donné de nombreuses conférences à travers le monde et enseigné quelque temps au St Anne's College d'Oxford (1994-1995) puis à Harvard (2001-2002). Gourmet de poésie, ardent défenseur de la culture classique gréco-latine, c'est un des penseurs européens contemporains à pouvoir lire dans le texte des œuvres écrites en de nombreuses langues (outre le grec et le latin, il maîtrise cinq langues vivantes). Il est l'archétype de l'intellectuel européen, au sens où il est pétri de plusieurs cultures de par son éducation trilingue (en allemand, français et anglais). Son universalisme culturel littéraire a amené certains à le comparer à Zweig, Montaigne ou Érasme. Dans Errata. Récit d'une pensée, il se déclare athée mais de culture et tradition juives. Il est hanté par la Shoah, qui transparaît dans presque toute son œuvre. Il a écrit de nombreux essais sur la théorie du langage, la théorie de la traduction, la philosophie de l'éducation, la philosophie politique, etc. Dans le monde anglophone, il est réputé pour ses critiques littéraires dans The New Yorker et le Times Literary Supplement. Il est membre de la British Academy. (source : babelio)

Quatrième de couverture : 

"Connaissez-vous George Steiner ? L'arpenteur de toutes nos cultures, présentes et passées, le philosophe qui nous convainc que penser c'est aussi dialoguer avec d'autres langues, d'autres cultures. Car pour Steiner, le don des langues dont il est doté c'est la jubilation de communiquer au lecteur le savoir le plus érudit mais c'est aussi le talent sans égal de raconter la pensée, de la mettre en scène, d'en faire un événement. Il est l'homme aussi bien de l'essai, du récit, de la critique que du roman – pour ce qui relève de la forme – ; quant à son «matériau», en définir les contours reviendrait à défier la Culture même. Pour celui qui «a commis l'indiscrétion d'être juif», le cœur de l'œuvre est habité par «la volonté d'être présent», dans tous les sens du terme, «après la Shoah». Est-ce à cet héritage talmudique que nous lui devons ce statut de maître de lecture ? Un maître qui nous fait la courte échelle pour gravir des sommets autrement inaccessibles."

Extrait de la préface : 

"Au XXème siècle, il n'est pas facile à un honnête homme d'être critique littéraire", ni au demeurant, d'être honnête : "Quand l'art est facile, la critique est difficile." Les premiers balbutiements du siècle neuf en sont une confirmation. La réunion en un volume de textes jalonnant une vie de pensée et de questionnements apporte la preuve que la chose n'est pas tout à fait impossible. Il suffit d'inverser la règle et de ne pas oublier, suivant le mot des scolastiques, que nous sommes des nains juchés sur des épaules de géant. Profitons qu'un professeur honoraire de Cambridge nous fasse la courte échelle pour gravir des sommets autrement inaccessibles. C'est là tout l'objet de ce Quarto qui ne prétend ni épuiser l'oeuvre, ni même en donner un tableau représentatif (tout l'aspect le plus philosophique de la réflexion en est absent). Une anthologie ou un Digest, comme disent les Anglo-Saxons, n'est pas un livre comme les autres. Mais quand il couvre cinquante ans et plus de réflexions et de polyglossie, il est autre chose qu'un livre de plus. Le choix des textes lui-même, fruit d'un dialogue entre auteur, éditeur et traducteur, s'est fait sans jamais perdre de vue deux contraintes : il ne fallait pas un livre en trop ni de trop, et il n'en fallait qu'un. "Un vieux dicton", dit-il dans Les Livres que je n'ai pas écrits, "une malédiction, peut-être - veut que l'on souhaite à son ennemi de devoir écrire un livre" (grands livres, grands maux - megala kaka). "Puisse-t-il en publier sept", souhaite maintenant Steiner. Sept péchés capitaux ? Il était déjà assez inhabituel qu'un écrivain, somme toute assez prolifique, écrive un livre pour se vanter de ne pas en avoir écrit sept autres. L'arithmétique des livres et de la lecture est plus proche de celle de Dostoïevski, pour qui jamais deux et deux ne se résoudront à faire quatre, que de celle des mathématiciens que Steiner admire tant. L'autre contrainte était que cet un ne soit ni une fausse addition, qui appelerait aussitôt ce mot d'une ironie mordante que Steiner ne se lasse jamais d'adresser à ses amis : "Tu as acheté encore un livre. Tu n'en avais pas déjà un ?"

Plus d'un demi-siècle après que sa réflexion a mûri, voici derechef Steiner sommé de rendre des comptes, de prouver à nouveau, au regard de l'histoire, la responsabilité de ses intuitions. Mais Steiner, citant Lukacs, n'a-t-il pas souligné que la responsabilité de l'enseignement, d'une lecture bien faite "perdure jusqu'à la fin des temps" (George Steiner, Maîtres et disciples, Gallimard, NRF Essais, 2003, p.106)

"La mort de la tragédie" :

George Steiner évoque l'histoire de la tragédie depuis les Tragiques grecs (Eschyle, Sophocle, Euripide) jusqu'à Ionesco et Beckett en passant par Shakespeare, Racine, Corneille et Victor Hugo et se demande pourquoi la grande tragédie s'est éteinte avec Racine. Il suggère l'hypothèse que l'existence réelle n'est pas devenue forcément plus "tragique" qu'auparavant, mais que les tragédies de théâtre ont pâti de la concurrence de la presse. Plus qu'une mutation de la réalité, il s'agit d'un changement de sensibilité et de mentalité.

George Steiner s'interroge également sur la question de la langue de la tragédie et de la "traductibilité" du théâtre français en alexandrins du XVIIème siècle, qui peut expliquer en partie le fait que le théâtre de Shakespeare ait conquis une célébrité internationale, alors que les tragédies de Racine, dont le génie est au moins égal à celui de Shakespeare (Steiner cite l'exemple de Phèdre) n'ont touché que le public français. 

Steiner souligne le fait que Racine écrivait des pièces de théâtre pour le public restreint de la cour de Versailles et non, comme Shakespeare pour un public beaucoup plus vaste et plus populaire et ne s'intéressait pas à la question de la représentation théâtrale.

Par ailleurs, avec le thème du destin et du péché originel, la tragédie grecque et chrétienne, en particulier chez Racine,  véhicule une vision pessimiste de la condition humaine que rejette désormais la sensibilité romantique des années 1830, issue de Jean-Jacques Rousseau ("l'homme naît bon, la société le corrompt") et de la philosophie des Lumières basée sur la notion de progrès et de perfectibilité.

Si, selon Steiner, le théâtre anglais n'a pas vraiment réussi à survivre à Shakespeare, c'est en Allemagne, avec Goethe et Schiller que le surgeon de la tradition du théâtre élisabéthain a refleuri avec un certain bonheur.La greffe shakespearienne réussit également en Russie avec Boris Goudounov (Pouchkine) et dans les opéras de Verdi.

C'est Lessing qui a montré que la rupture de la tradition tragique qui va d'Eschyle à Racine ne s'est pas produite avec Shakespeare, mais qu'il y a eu, à de nombreux égard, malgré les différences géographiques, historiques, religieuses et culturelles, continuité entre Eschyle et Shakespeare, la rupture étant intervenu avec le classicisme. Le respect ou le nom respect de la fameuse "règles des trois unités" explicitées par Aristote dans sa Poétique à partir de l'Œdipe Roi de Sophocle n'étant pas un caractère essentiel de la tragédie comme le croyaient les classiques.

Steiner estime que le théâtre romantique français (Hugo) à l'exception du Lorenzacio d'Alfred de Musset, n'a jamais réussi à égaler celui de Shakespeare.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :