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Yann Kassile, Penseurs japonais, dialogues du commencement
Yann Kassile, Penseurs japonais, dialogues du commencement

Ce film est l’histoire d’un voyageur qui séjourne au Japon, parcourt ce pays, observe comment les gens vivent, rencontre des penseurs japonais. Il mène avec eux des entretiens sur des questions permanentes de la philosophie : sur quoi s’appuyer dans la pensée lorsqu’on décide de penser vraiment ? Qu’en est-il de l’idée de progrès ? A quoi un individu peut-il référer sa propre existence ? 

L'intégralité de ce film (75 mn) est disponible (accompagné du livret de la continuité) :

http://www.collection-opus.fr/produit.php?id_produit=3&id_rubrique=10 

La mise en récit de l'intégralité des entretiens est, elle, parue sous le titre : Penseurs japonais, dialogues du commencement, "philosophie imaginaire", Editions de l'éclat, 2006

Table : Dialogue 1. ISHIDA Hidetaka et MINATO Chichiro - Dialogue 2.  NISHITANI Osamu et UNO Kuniichi - Dialogue 3. NAKAZAWA Shinichi - Dialogue 4. KAYAMA  Rika - Dialogue 5. YOSHIMOTO Takaaki - Dialogue 6. KOBAYASHI Yasuo - Dialogue 7. UNO Kuniichi - Dialogue 8. SHINGU Kazushige - Dialogue 9. NISHITANI Osamu - Dialogue 10. UKAI Satochi - Dialogue 11. UKAI Satochi - Dialogue 12. ISHIDA Hidekata - Dialogue 13. MATSURA  Shoichi - Dialogue 14. NISHITANI Osamu - Dialogue 15. YOSHIMASU Gozo - Dialogue 16. YONEMAYA Masaru - Dialogue 17. WASHIDA Kiyokazu - Dialogue 18. FUKUI Atsushi - Dialogue 19. MINATO Chihiro - Dialogue 20. MATSUURA Hisaki - Dialogue 21. TAGA Shigeru - Dialogue 22. SHINGU Kazushige - Notes

Quatrième de couverture :

"Nous, occidentaux, que connaissons-nous de la pensée au Japon ? Savons-nous qui sont les penseurs contemporains japonais, ce qu'ils pensent ?

De quelle manière intègrent-ils l'histoire des idées de la civilisation occidentale et celle de la civilisation japonaise ? Avec quel art, en eux, confrontent-ils et vivent-ils ces deux héritages ?

D'un voyage au Japon sont rapportés vingt-deux dialogues avec des philosophes, psychiatres, poètes." (Yann Kassile)

Extrait de la préface : 

"Nos regards et nos pensées sont faits de notre histoire. Que nous en ayons conscience ou non, occidentaux, nous voyons le monde avec les yeux de Platon, Aristote, Épicure, Descartes, Spinoza, Rousseau, Hegel, Nietzsche et de tous ceux qui ont modelé notre histoire des idées. Nous le voyons aussi avec les yeux de Claude Lorrain, Rembrandt, David, Delacroix et de tous les grands  peintres. Les idées et les visions traversent les individus. Nous regardons, pensons, ressentons les choses et les situations en étant traversés par cette histoire des idées et des visions. 

Mais comment un penseur japonais intègre-t-il cette histoire occidentale des idées à celle de la civilisation japonaise et plus largement asiatique. dans laquelle son développement intellectuel, affectif, perceptif a pris racine ? Avec quel art confronte-t-il ces deux histoires et les fait-il vivre en lui ? 

Telle était l'enquête que Jean d'Istria partit mener durant une demi-année au Japon avec l'objectif d'en faire un film. Il mena ainsi une expérience de dialogue avec une vingtaine de gens de pensée japonais, professeurs, philosophes, psychiatres, poètes.

Il avait établi ce constat premier : "La philosophie au Japon. Quasiment aucun livre, et strictement pas le moindre documentaire n'existe en français pour nous indiquer ce qu'il en est de la pensée actuelle au Japon ; l'opinion cultivée européenne ne sait ni qui sont les penseurs japonais contemporains, ni, encore moins, ce qu'ils pensent, ni même s'il y en a. Il y a là une carence, un manquement, que le film que je projette contribuera, à sa manière, à réduire un peu."

Ce qui l'intéressait était d'approcher et de faire connaître d'autres points de vue - des points de vue issus d'une autre histoire des idées - sur quelques-unes des questions essentielles de la philosophie. Ils voulait entendre ce que pensent des penseurs ignorés en Occident, sur la question de savoir  par quoi l'on commence dans la pensée lorsqu'on décide de penser vraiment. Il voulait les entendre sur quelques-unes de ces questions centrales de la philosophie : sur le temps, l'infini, l'éternité ; sur la réalité, sur la meilleure existence possible, sur la mort ; sur le progrès, la rationnalité ; sur la pratique même de la pensée, sur ses exigences premières. Evidemment, aucune intention d'exhaustivité n'avait lieu d'être. Mais simplement, il avait l'ambition de "donner une idée", de lever un voile, de dé-couvrir le fait qu'il existe des penseurs japonais, de véritables penseurs originaux que la culture européenne néglige, de montrer ces penseurs, et, en quelque sorte, de les montrer en acte.

Il supposait que la manière dont les penseurs japonais lisent les auteurs de la tradition philosophique occidentale pouvait être un apport. Il pressentait que ces penseurs, avec leur regard propre, pouvaient subtilement indiquer des points d'approche légèrement décalés par rapport à ceux auxquels la pensée occidentale est habituée par son histoire. Il voulait vérifier cette hypothèse, voir si ces points de vue pouvaient offrir effectivement des perspectives renouvelées.

En outre, les questions qu'il se posait, il voulait savoir en quels termes d'autres se les posaient, comment elles s'agencent et s'organisent pour eux.

Il voulait interroger ses interlocuteurs pour que soit transmise l'énergie qui les anime dans leur pensée. Les interroger donc sur des questions essentielles afin de recueillir non pas tant des réponses, mais des forces.

"Je n'ai plus qu'une occupation, me refaire." D'Istria avait toujours cette phrase d'Artaud à l'esprit. Souterrainement, elle était connectée à toutes ses pensées et questions. Et elle le fut plus encore lors de son voyage au Japon.

Citations : 

Uno - "Je prononce "moi,je", etc., mais ça désigne quoi finalement ? Ma conscience ? mon corps ? mon être ? Mon être, c'est quoi ? La philosophie m'a beaucoup appris pour me situer, pour penser ce que c'est que moi parmi d'autres, en face des autres, à côté des autres, avec les autres ; "Je suis un autre" comme disait Rimbaud, je suis né avec les autres, ce sont les autres qui m'ont fait, qui m'ont crée. Mais après toutes ces réflexions, je partage aussi ce sentiment avec Artaud que "ja na pas a papa mama. Je ne crois à ni père ni mère", et que je suis né tout seul, que je suis responsable de mon être."

Ishida : "Ce n'est pas la langue qui compte. Je veux dire qu'à côté de l'approche qui essentialise la langue, une autre approche est possible, plus pragmatique, c'est celle de Wittgenstein par exemple, qui rapporte le sens du mot à l'usage, c'est-à-dire que ce n'est pas la langue qui fait le sens, mais c'est l'usage qui fait le sens. Il n'y a pas de signification essentielle de tel ou tel vocable, ça dépend des usages historiques et sociaux de ces vocables." (p.17)

Uno : "je crois que le problème de construire un nouveau type de collectif, de liaison humaine, un nouveau type de communauté, cela a été longtemps l'enjeu de la philosophie ou de la pensée sociale, y compris du communisme. Cette recherche de la communauté inavouable, comme dit Blanchot, cela a été quelque chose de très concret et en même temps ce problème n'a pas du tout été posé par le régime socialiste, ni par le régime capitaliste. Il y a des problèmes de cette communauté inavouable qui sont laissés complètement de côté. Il reste à chercher, à penser toujours. Même maintenant." (p.29)

Nishitani : "Sakai Naoki a écrit que j'avais une forte sensibilité par rapport aux gens ordinaires. Donc de temps en temps on me prend pour un conservateur parce que la population ordinaire est souvent conservatrice. (il rit) Mais les gens ordinaires ne perdent pas la sensibilité de vivre dans les conditions concrètes de la vie." (p.32)

Nakazawa : "je ne place pas la souveraineté ni la transcendance au plus haut de l'échelle des valeurs. La pensée zen, par exemple, consiste à considérer que le plus important n'est pas de parler de la vérité. beaucoup plus importantes sont la manière de marcher. la façon de manger, la manière de faire pipi. La pensée zen consiste à imprégner de vérité les choses censées être placées au plus bas de l'échelle des valeurs humaines. Placer la philosophie au plus ne me semble pas du tout une bonne façon de penser." (p.45)

Nakazawa : "Chaque individu réalise un potentiel de l'existence. Pour reprendre un peu la conception de Spinoza, on peut dire que chaque individu exprime un potentiel de Dieu ou de la Substance. Le niveau et le mode d'expression diffèrent en chacun de nous ; mais nous sommes tous égaux en tant qu'expression de Dieu ou de la Substance. Bien sûr, certaines existences atteignent un haut degré de développement du potentiel. Leur devoir est alors d'aider ceux dont le développement est moindre. Les différences de capacité réalisées des individus ne doivent pas déterminer une hiérarchie sociale. Il y a une égalité fondamentale, nous sommes tous l'expression de la réalité. Quant à la différence de niveaux, je considère que c'est l'une des plus belles choses au monde." (p.45)

 

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