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Douglas Allen, Mircea Eliade et le phénomène religieux
Douglas Allen, Mircea Eliade et le phénomène religieux

Douglas Allen, Mircea Eliade et le phénomène religieux, traduit de l'américain par Constantin N. Grigoresco, préface de Micea Eliade, Payot, 1982

Table des matières : Préface par Micea Eliade - Avant-propos - Aperçu biographique et bibliographique sur Mircea Eliade - Chapitre I. Eliade et l'Histoire des religions - Chapitre II. Le sacré face au réductionnisme - Chapitre III. La dialectique du sacré - Chapitre IV. Le symbolisme religieux et son interprétation - Chapitre V. La "tension" historico-phénoménologique - Chapitre VI. Evaluations descriptives et niveaux de signification - Chapitre VII. Jugements normatifs, ontologie et orientations nouvelles - Bibliographie - Index des noms cités

Né en 1907 à Bucarest (Roumanie), Mircea Eliade a vécu aux Indes de 1928 à 1932, a préparé une thèse sur le yoga, a enseigné la philosophie à l'université de Bucarest de 1933 à 1940. Attaché culturel à Londres, puis à Lisbonne, il devient, à partir de 1945, professeur à l'Ecole des hautes Etudes à Paris et commence alors à écrire directement en français. Il enseigne ensuite à la Sorbonne, dans diverses universités européennes et, de 1957 jusqu'à sa mort, en 1986, il est titulaire à la chaire d'Histoire des religions à l'université de Chicago. Ses ouvrages font autorité : Forêt interdite, Le sacre et le profane,La nostalgie des origines. Mais Mircea Eliade est aussi le romancier de La nuit bengali, Le vieil homme et l'officier, Noces au paradis. Enfin, il a publié des fragments de son Journal intime.

Douglas Allen est professeur de philosophie à l'Université du Maine. 

"Mircea Eliade est l'une des figures dominantes de notre siècle, à la fois comme spécialiste de l'histoire des religions et comme écrivain, dont le talent s'est exercé dans les domaines les plus divers : anthropologie, sociologie, psychologie, littérature, herméneutique, philosophie du langage, esthétique, phénoménologie, philosophie religieuse, philosophie de l'histoire, anthropologie philosophique et bien d'autres disciplines sont largement tributaires de sa pensée.

Il est généralement considéré comme le plus écouté des historiens des religions et son autorité en matière d'interprétation des mythes et des symboles et universellement reconnue.

Si de nombreux travaux ou articles spécialisés ont été consacrés à tel ou tel aspect de l'oeuvre d'Eliade, il manquait à ce jour la synthèse que propose aujourd'hui Douglas Allen. Son livre nous aide à mieux situer Eliade dans le contexte de l'histoire générale des religions. Mais surtout, il s'attache à démontrer la cohérence de la méthodologie adoptée par Eliade et qui a produit tant d'ouvrages qui font désormais autorité : une démarche phénoménologique solidement ancrée dans la façon dont Eliade conçoit le symbolisme religieux. La plupart de ses interprétations se fondent en effet sur la structure du phénomène religieux, lequel ne trouve sa pleine signification qu'après avoir été réintégré dans le réseau d'associations symboliques auquel il appartient organiquement.

Pour Eliade, seule une nouvelle anthropologie philosophique, qui ferait sa juste place à l’inconscient et à l'imaginaire, peut assurer à l'homme la plénitude de ses facultés créatrices et lui redonner le sens de son authenticité et de son intégralité."

Organisation de l'ouvrage (avant-propos de l'auteur) :

Le Chapitre I. "Eliade et l'Histoire des religions" a pour but de procurer au lecteur les éléments nécessaires à une meilleure compréhension de l'oeuvre d'Eliade, de préciser ce qu'il retient - ou récuse - de l'oeuvre de ses devanciers des XIXème et XXème siècles, et également de présenter les problèmes majeurs que posent à l'herméneutique contemporaine ses interprétations du phénomène religieux.

Le chapitre II, "Le sacré face au réductionnisme", met en lumière l'antiréductionnisme foncier d'Eliade, sa conviction profonde en l'irréductibilité du sacré, et sa thèse, maintes fois affirmée, selon laquelle toute religion révèle des structures de transcendance dans chacune des manifestations du sacré qui en constituent la substance. On peut voir, dans le principe éliadien de l'irréductibilité du sacré une variante de l'épochè phénoménologique (Husserl)

Le chapitre III, "La dialectique du sacré", a pour but de définir l'une des deux notions-clefs qui, pour Eliade, dominent toute la phénoménologie des religions. La dialectique du sacré est pour lui une structure universelle grâce à laquelle peut se faire le partage entre phénomènes religieux et phénomènes non religieux. Nous avons été amené à reconsidérer nos interprétations précédentes de cette même dialectique, telles que nous les avions formulées dans Journal of Religion et Structures and Creativity in Religion, et nous les avons complétées par d'autres structures, en particulier le "mouvement dialectique" et "occultation et camouflage".

Le chapitre IV, "Le symbolisme religieux et son interprétation", se propose de définir la seconde de ces deux notions-clefs : le symbolisme religieux. Nous y traiterons également des associations de systèmes symboliques structurés, cohérents, autonomes et universels, sur lesquels Eliade fonde son interprétation des phénomènes religieux. Très sommairement, on peut dire de ces structures symboliques qu'elles constituent la base herméneutique de sa méthodologie.

Le chapitre V, qui a pour titre "La "tension" historico-phénoménologique", nous passons en revue les grandes controverses méthodologiques en rapport avec cette "tension" qui, pour des auteurs tels que Pettazzoni et Eliade, mais également pour d'autres, caractérise de nos jours la Religionswissenschaft. Plus précisément, nous y examinerons les divers apports méthodologiques de la philosophie et de la phénoménologie philosophique, et la façon dont ils éclairent d'une lumière nouvelle les problèmes que posent l'histoire et la phénoménologie des religions. C'est ainsi que, pour répondre à certaines critiques dont Eliade a fait l'objet en raison de généralisations considérées comme subjectives et dépourvues d'esprit critique, nous proposons de substituer une "induction phénoménologique" aux très classiques méthodes d'induction utilisées par John Stuart Mill et de nombreux empiristes contemporains.

Dans le chapitre VI, "Evaluations descriptives et niveaux de signification", nous remettons en question la nette distinction qu'il est traditionnel d'établir entre le descriptif et le normatif, et nous avançons que les appréciations portées par Eliade sur certains phénomènes religieux, tenus par lui comme "plus vrais" ou plus "authentiques", sont en fait des "évaluations descriptives". Nous estimons d'autre part parfaitement justifié le statut privilégié qu'il confère aux structures atemporelles et anhistoriques sur lesquelles il fonde sa propre phénoménologie. Enfin, nous indiquons la hiérarchie "verticale" qu'Eliade établit entre les différents niveaux où se manifestent les phénomènes religieux, auxquels il attribue certains degrés de "hauteur" ou "d'élévation", et nous insistons sur l'importance de leur signification spirituelle au regard de l'ensemble de sa méthodologie.

Au cours du chapitre VII, "Jugements normatifs, ontologie, et orientations nouvelles", nous sommes amené à reconnaître qu'Eliade a effectivement émis certains jugements normatifs qui l'ont entraîné au-delà du simple domaine du constat descriptif auquel certains auteurs veulent limiter l'histoire et la phénoménologie des religions. Nous y montrons la place que tient l'ontologie dans sa pensée, de même que les différents niveaux de généralisation de ses analyses, ce qui nous amène à suggérer une méthode de vérification de ces jugements, même lorsqu'ils sont de nature ontologique et que la généralisation y est poussée à l'extrême. Les principales critiques dont l'oeuvre d'Eliade a été l'objet, du fait des jugements normatifs qu'elle contient et de l'ontologie qu'elle suppose, sont examinées, et notamment son prétendu "anti-historicisme", ou la préférence qu'il marquerait envers les religions archaïques ou le christianisme. Enfin, nous y analyserons l'importance que revêt la "créativité" aux yeux d'Eliade, et son ardent désir de voir s'instaurer de nouvelles anthropologies philosophiques en lieu et place des "modes d'être", contemporains et occidentaux dont il dénonce le caractère provincial et parcellaire.

 

 

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