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Vassili Semionovitch Grossmann, Vie et Destin
Vassili Semionovitch Grossmann, Vie et Destin

Vassili Grossmann, Vie et Destin, Le Livre de Poche, 2005

L'auteur : 

"Né le 18 décembre 1905 à Berditchev et mort à Moscou le 15 décembre 1964, Vassili Semionovitch Grossmann  (en russe : Василий Семёнович Гроссман) est un écrivain russe. Sa famille est d'origine juive assimilée, non croyante et ne parlant pas yiddish. Il étudie à Kiev, puis à Moscou où il écrit ses premiers textes et obtient son diplôme d'ingénieur chimiste en 1929. Il s'installe alors dans la région du Donbass avec sa femme, qu'il a épousée en 1928. Puis il revient à Moscou et divorce en 1932. Il abandonne son travail d'ingénieur pour se consacrer à l'écriture avec les encouragements de Gorki. Il passe au travers des purges massives de 1937, contrairement à certains de ses proches amis.  Lorsque la guerre éclate en URSS en 1941, il se porte volontaire pour le front, devient journaliste dans l'Armée rouge et participe aux principales confrontations avec l'armée allemande. Il est bouleversé par les massacres massifs de civils juifs, en particulier en Ukraine, et réunit des éléments qui donneront naissance au "Livre noir". Il participe activement à la bataille de Stalingrad, et ses récits du front en font un héros soviétique . Il suit l'Armée rouge dans son offensive vers l'Allemagne. Il est ainsi le premier homme à écrire sur les camps d'extermination nazis en entrant à Treblinka en juillet 1944. Son récit "L'enfer de Treblinka" a servi de témoignage lors du procès de Nuremberg. Il est aussi le premier journaliste à entrer dans Berlin en 1945. Il apprend que sa mère, restée en Ukraine, a été assassinée à Berditchev avec plusieurs milliers de Juifs soviétiques. Après la guerre, il prend ses distances avec le régime. Il écrit des romans très critiques sur Staline et sur le sort réservé aux minorités, écrits qui sont dénigrés par la presse officielle. Il est aussi profondément marqué par le complot des blouses blanches qui est pour lui la démonstration du parallèle entre les régimes nazis et soviétiques qui finalement se retrouvent dans l'antisémitisme. Avec la mort de Staline, les choses s’améliorent pour Vassili Grossmann. En 1954, Pour une juste cause est réédité en livre, alors qu’il continue de travailler sur Vie et Destin qu’il achève en 1960. Mais la publication de ce livre se solde par la saisie immédiate des copies par le KGB." (source : wikipedia et babelio) 

Résumé :

Voici l'un des plus grands livres du siècle. Son auteur, juif russe né en 1905, fut pendant longtemps un écrivain et un journaliste communiste d'une orthodoxie absolue. Il suivit l'Armée rouge jusqu'à Treblinka, où fumaient encore les cendres des victimes du génocide nazi.

Mais lorsqu'il entreprend, en 1952, cette fresque consacrée à la bataille de Stalingrad, Vassili Grossman n'est plus le même homme. Il a assisté au déchaînement de l'antisémitisme dans son propre pays, entendu les procès, analysé le stalinisme. Frappé par la convergence de deux systèmes politiques opposés qui aboutissent à créer des camps de concentration, il décide de repenser l'histoire du siècle après avoir contemplé les deux côtés de l'enfer.

Saisi par le KGB, disparu pendant vingt ans, ce livre n'a survécu que par miracle. Salué comme le "Guerre et paix" du XXe siècle, ce chef-d'oeuvre est une épopée de la survie humaine et le premier grand cri de délivrance russe.

Jugements sur le roman : 

"Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et PaixVassili Grossman (1905-1964) fait revivre l’URSS en guerre à travers le destin d’une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu’à Treblinka sur les pas de l’Armée rouge. Au-delà de ces destins souvent tragiques, il s’interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu’ils s’affrontent sans merci.

Radicalement iconoclaste en son temps – le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu’une copie parvenait clandestinement en Occident –, ce livre pose sur l’histoire du xxe siècle une question que philosophes et historiens n’ont cessé d’explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d’une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d’humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

"Construit sur le modèle de Guerre et paix de Tolstoï, le livre retrace le destin d’une famille pendant la guerre. De Moscou aux ruines de Stalingrad, des ghettos ukrainiens au goulag, c’est une grande épopée russe écrite à hauteur d’hommes, peuplée de héros ordinaires et de tyrans, de personnages historiques et d’anonymes.

Grossman, qui fut longtemps un écrivain zélé au service de la construction de l’homme soviétique, témoigne dans son grand oeuvre des heures les plus sombres du stalinisme, marquées par la dékoulakisation ou les grandes purges de 1937. Il expose les rouages de l’implacable machine totalitaire et dénonce la perversion de l’idéal de 1917.

En établissant un parallèle entre nazisme et stalinisme, Grossman va plus loin qu’aucun autre écrivain soviétique avant lui. C’est également le roman d’un homme qui a redécouvert sa judéité après l’assassinat de sa mère par les Einsatzgruppen, et qui livre quelques-unes des pages les plus bouleversantes jamais écrites sur la Shoah." 

Alain Finkielkraut (Un coeur intelligent), lecteur de Tout passe de Vassili Grossmann :

Plus dérangeante encore, si possible (mais où est l'intérêt d'une littérature qui ne "dérange" rien ?) est la méditation de Vassili Grossman dans Tout passe sur les "délateurs" et sur la vengeance. Grossman a choisi le point de vue de Hamlet et non celui du comte de Monte-Cristo. Ivan Grigoriévitch, le "héros" de Tout passe retrouve par hasard celui qui l'a dénoncé et l'a fait envoyer au bagne ; il pourrait se venger, mais il ne le fait pas ; il se contente de le regarder "avec une curiosité mêlée de tristesse"... "Il n'y a pas d'Ithaque pour l'homme des camps. "Tout passe", aucun site, aucun séjour, aucun chez soi ne déroge à la loi du temps." La vengeance n'est pas un plat qui se mange froid (il est trop tard et à quoi bon ?) et "Judas" est un homme comme un autre : "Grossman ne fait pas office d'Edmond Dantès, il déçoit, au contraire, et même affole notre désir de vengeance. Au lieu de simplifier romanesquement la vie, il transforme en casse-tête les situations apparemment les plus limpides : "Condamner un homme est une chose redoutable, même s'il s'agit du plus redoutable des hommes."

Avant Tout passe, explique Alain Finkelkraut, Vassili Grossman demeurait un "écrivain soviétique". Il croyait encore en une différence "essentielle" entre le nazisme et le communisme, mais "le Mal ne procède pas de l'élan originel. Le Mal est dans l'élan lui-même, dans le fait de localiser le Mal, de lui découvrir une adresse (le Koulak, le Bourgeois, le Juif... "l'Autre") et de se vouer avec une ardeur rédemptrice à son anéantissement." C'est cela qu'a compris Ivan Grigoriévitch au fin fond de son goulag et c'est la raison profonde (qui n'est ni la lâcheté, ni l'impuissance, ni la résignation) pour laquelle il ne cherche pas à se venger. Se venger, ce n'est pas supprimer le mal, c'est en rajouter.
 

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