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Chamfort, Maximes et pensées, Caractères et anecdotes

Chamfort, Produits de la Civilisation perfectionnée, Maximes et pensées, Caractères et anecdotes, préface d'Albert Camus, notices et notes de Geneviève Renaux, Editions Gallimard, 1970

Sébastien-Roch Nicolas est un poète, journaliste et moraliste français né à Clermont-Ferrand le 6 avril 1741 et mort à Paris le 13 avril 1794. À partir de 1750. Il prit en entrant dans le monde le nom de « Chamfort », à la place, du simple nom de Nicolas.Il se fit de bonne heure connaître par des prix de poésie remportés à l'Académie, donna au Théâtre-Français quelques comédies qui réussirent, et s'attacha pour vivre à diverses entreprises littéraires. Sa réputation le fit choisir par le prince de Condé pour être secrétaire de ses commandements ; il devint ensuite en 1784 secrétaire ordinaire et du Cabinet de Madame Elisabeth, sœur du roi Louis XVI. Avant la Révolution, il fut un des écrivains les plus appréciés par les salons parisiens, brillant et spirituel, il écrivit des pièces de théâtre. Initié à la Franc-maçonnerie en 1778, il fut élu à l'Académie française en 1781 au fauteuil n°6. Il contracta très tôt  une maladie vénérienne dont il ne guérit jamais véritablement et qui le tint dans un état valétudinaire tout le reste de sa vie. L'œuvre la plus célèbre de Chamfort Maximes et pensées. Caractères et anecdotes, a été publiée en 1795 par son ami Pierre Louis Ginguéné. L'amertume de ces écrits annonce déjà Ambrose Bierce ou George Bernard Shaw. Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort souhaitait les publier sous le nom de Produits de la civilisation perfectionnéeAccueillant avec enthousiasme la venue de la Révolution française, il suivit les États généraux à Versailles. Engagé par Mirabeau comme rédacteur anonyme de son journal, il assista au serment du Jeu de Paume et applaudit à la prise de la Bastille. Éminence grise de Talleyrand et de Mirabeau, dont il rédigeait partiellement les discours et les rapports, il entra avec lui au Club des Trente. Lié à Sieyès, il trouva le titre de sa brochure : Qu'est-ce que le tiers état ? Par ailleurs, plusieurs journaux l'accueillaient dans leurs colonnes, en particulier le Mercure de France. Dénoncé et emprisonné pour avoir critiqué Marat et la politique de la Terreur, il fut libéréré, mais essaya de se suicider, le 14 novembre pour échapper une deuxième fois à la prison,  et fut sauvé par une intervention chirurgicale. (source : babelio et wikipedia)

Extrait de la préface d'Albert Camus :

"Car le métier de moraliste ne peut aller sans désordres, sans fureurs ou sans artifices - ou alors il n'est qu'une feinte odieuse. C'est pour cela que Chamfort m'apparaît comme un de nos rares grands moralistes : la morale, ce grand tourment des hommes, lui est une passion personnelle, et il en a poussé la cohérence jusqu'à la mort. J'ai lu de tous côtés qu'on lui reprochait sonamertume. Mais, en vérité, j'aime mieux cette amertume tout entière éclairée par cette grande idée de l'homme que la philosophie sèche du grand seigneur qui a écrit cette maxime impardonnable : "Le travail du corps délivre des peines de l'esprit et c'est ce qui rend les pauvres heureux." (La Rochefoucault). Même dans ses plus extrêmes négations, Chamfort n'a pas cessé de prendre le parti des vaincus. Il n'a nui vraiment qu'à lui-même et pour des raisons supérieures. Certes, je vois bien où sa pensée fléchit. Il a cru que le caractère se définissait par le refus et il estdes cas où le caractère doit savoir dire oui. Comment imaginer une supériorité qui se sépare des hommes ? C'est pourtant celle que Chamfort et, après lui, Nietzsche qui l'aimait tant, ont choisi. Mais lui et Nietzsche ont payé ce qu'il fallait pour cela, faisant la preuve que l'aventure d'une intelligence en quête de justice profonde peut être aussi sanglante que les plus grandes conquêtes. C'est une idée qui force le respect. C'est aussi une idée qui porte son enseignement pour nous et notre monde. Je rappelle ici que Chanfort est un écrivain classique. mais si la cohérence, le goût du raisonnement, la logique même mortelle, l'exigence obstinée de la morale sont des vertus classiques, on peut bien dire que la façon que Chanfort a choisie d'être classique a été d'en mourir. Cela restitue à cette notion la démesure et le frémissement que nos grands siècles ont su lui donner et que nous avons à lui conserver." (Albert Camus, 1944)

Morceaux choisis :

"La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas ri."

"la plupart des folies ne viennent que de sottise."

"Apprendre à mourir et pourquoi ? on y réussit très bien la première fois."

"Vivre est une maladie, dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c'est un palliatif : la mort est un remède."

"On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que dans la solitude on pense aux choses, et que, dans le monde, on est forcé de penser aux hommes ?"

"Il y a deux choses auxquelles il faut se faire, sous peine de trouver la vie insupportable: ce sont les injures du temps et les injures des hommes."

"Il y a peu de vices qui empêchent un homme d'avoir beaucoup d'amis, autant que peuvent le faire de trop grandes qualités."

"La plupart des institutions sociales paraissent avoir pour objet de maintenir l'homme dans une médiocrité d'idées et de sentiments qui le rendent plus propre à gouverner ou à être gouverné."

"L'estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée, et l'honneur vaut mieux que la gloire."

"Il n'y a que l'inutilité du premier déluge qui empêche Dieu d'en envoyer un second."

"On ne joue pas aux échecs avec un bon coeur."

"Il faut être juste avant d'être généreux, comme on a des chemises avant d'avoir des dentelles."

 "Les gens les moins sensibles sont les plus heureux."

"Mes premiers sujets de chagrin m'ont servi de cuirasse contre les autres."

"On est heureux ou malheureux par une foule de choses qui ne paraissent pas, qu'on ne dit point et qu'on ne peut dire."

"Il faut que le coeur se brise ou se bronze."

"La meilleure philosophie par rapport au monde est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris."

Mlle de... petite fille de neuf ans, disait à sa mère, désolée d'avoir perdu une place à la cour : "Maman, quel plaisir trouvez-vous à mourir d'ennui ?" (1324)

" - Un petit garçon demandait des confitures à sa mère : donne m'en trop", lui dit-il. (1325)

"La facilité est le plus beau don de la nature, à condition qu'on n'en use jamais."

"La pire des mésalliances est celle du coeur."

"Quand on a été bien tourmenté, bien fatigué par sa propre sensibilité, on s'aperçoit qu'il faut vivre au jour le jour, oublier beaucoup, enfin éponger la vie à mesure qu'elle s'écoule."

 

 


 

 
 
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