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Ranpo Edogawa, La proie et l'ombre
Ranpo Edogawa, La proie et l'ombre

Ranpo Edogawa, La proie et l'ombre, roman policier traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier, Editions Philippe Picquier, 1994

"Flânerie au bord du fleuve Edo", telle est la traduction littérale des idéogrammes utilisés pour composer ce nom de Edogawa Ranpo (anagramme approximatif de Edgar Allan Poe), reconnu au Japon comme le maître-fondateur de la littérature policière japonaise (1894-1965)

Dès 1922, il écrit sur le modèle de Poe ou de Conan Doyle qu'il admire et conquiert rapidement la célébrité.

Ecrivain prolifique, malgré sa légendaire tendance à fuir ses éditeurs : quarante-quatre nouvelles et trente-et-un romans ; puis autant après 1935 de récits pour enfants.

Mishima Yukio, qui appréciait son oeuvre, adapta et joua un rôle dans la pièce qu'il tira d'un de ses romans, Le lézard noir.

Dans La proie et l'ombre, drame subtil noué de soie et de sang, le narrateur, Ranpo lui-même, tenu sous le charme de l'épouse de la victime, s'attache à élucider le meurtre commis par un autre auteur de romans policiers. Subjugué par la trop belle victime - mais comment ne pas lui pardonner de s'être laissé prendre au piège de la belle Shizuko ! - il va se perdre dans le miroir de ses habiles déductions de romancier, sans vraiment trouver la sortie de ce labyrinthe envoûtant et poisseux où l'érotisme et le crime se rejoignent dans la même exigence esthétique.

Intrigue conduite, comme dans ses autres romans, par une logique implacable, de subtils rebondissements et des mises en scène d'un goût morbide, obsessionnelles même, Edogawa Ranpo apposait à côté de sa signature : "le monde visible est chimère, la réalité se trouve dans les rêves de la nuit". On aimerait citer Edgar Allan Poe lui-même écrivant : "Je n'ai pu aimer que là où la mort mêlait son souffle à celui de la beauté".

Extrait : 

"Je m'interroge assez souvent sur la nature de mon métier.

Je crois qu'au fond, il existe deux types d'auteurs de romans policiers : ceux qui sont du côté du "criminel" et ceux qui sont du côté de "l'enquêteur". Les premiers, même s'ils sont capables de mener une intrigue serrée, ne trouvent leur bonheur que dans la description de la cruauté pathologique du criminel, tandis que les seconds, au contraire, n'y attachent aucune importance ; seule compte à leurs yeux la finesse de la démarche intellectuelle de l'enquêteur.

Shundei Oe, l'homme qui va être au centre de mon récit, est un auteur qui appartient à la  première école ; quant à moi, je me considère plutôt comme un représentant de la seconde.

Certes, j'ai fait du récit du crime mon métier, mais cela n'implique pas que j'éprouve une attirance particulière pour le mal. Ce sont les déductions quasi scientifiques de l'enquêteur qui m'intéressent, et, d'une certaine manière, il n'y a pas plus moraliste que moi. C'est d'ailleurs sans doute, ce trait de mon caractère qui m'a valu au départ d'être entraîné malgré moi dans cette affaire. Si j'avais eu un peu moins de respect aveugle pour les valeurs de la morale  et si j'avais montré  quelque disposition pour le crime, je ne serais pas comme aujourd'hui plongé dans ce gouffre affreux d'incertitude et de regrets. Peut-être même, au contraire, me serais-je marié et coulerais-je maintenant des jours heureux aux côtés de ma très belle épouse en profitant de sa fortune.

Plusieurs mois se sont écoulés déjà sans que le mystère se soit éclairci. La réalité vivante des événements s'estompe pour ne survivre que dans ma mémoire. C'est pour cette raison que l'envie m'est venue de consigner les faits par écrit, d'autant plus qu'il me semble qu'il y a là la matière toute prête pour un bon roman..." (p.7-8)

Mon avis sur le roman : 

Ranpo Edogawa nous propose au moins trois interprétations différentes, chacune parfaitement logique et cohérente, du même crime et des faits qui l'ont précédé. Le roman, d'une subtilité "orientale", baigne dans un climat d'érotisme pervers. Le narrateur, auteur de romans policiers et détective amateur comprend, mais un peu tard, que le bonheur n'est pas toujours compatible avec la vérité et  pourquoi il est déconseillé aux enfants comme aux adultes de démonter leurs jouets pour savoir ce qu'il y a à l'intérieur. 

 

 

 

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